Chapiteau trouvé à Mitjiène
dria, il n'avait point douté que ce couple de volutes, relié au fût par une transition quelconque, filets ou astragale, ne constituât à lui seul tout le chapiteau. Koldewey, à la suite des fouilles qu'il exécuta sur le site de l'ancienne ville, est arrivé à une conclusion toute différente. Il recueillit, sur l'emplacement du temple, beaucoup de feuilles taillées dans des morceaux de la roche volcanique, la liparite, dont étaient faits tambours et volutes. Les extrémités de ces feuilles avaient été détachées, par le ciseau, du bloc de forme cylindrique sur la surface duquel leur contour s'appliquait. En comparant et en rajustant entre eux tous ces fragments, Koldewey eut bientôt retrouvé la place et rétabli les profils du membre d'architecture dont ils étaient les débris. Deux collerettes de feuilles tombantes, posées sur une partie de quart de rond et encadrées entre d'étroites baguettes, décoraient le sommet du fût. Entre ces collerettes et leurs listels, il y avait, d'une colonne à l'autre, des difierences de détail, mais l'ensemble de la disposition était partout le même. Le motif rappelait celui de la portion inférieure du chapiteau de la colonne de Persépolis *. Or, dans celle-ci, des volutes se superposaient à un double motif où l'on a cru reconnaître l'imitation d'une forme végétale, des palmes terminales du dattier, les unes dressées, les
t. Histoire de VArt, t. V, fig. 312-317
LE MODE IONIQUE. 6â3
autres rabattues sur le tronc*. Pourquoi n'en aurait-il pas été de même daas le chapiteau de Néaadria? Ce qui confirma Koldewey dans la conjecture que suggérait cette analogie, ce fut la manière dont il avait compris le plan de l'édifice; selon lui, il n'y avait pas eu dans le temple d'autres supports que les sept colonnes qui partageaient la cella en deux nefs et qui en soutenaient le toit. Volutes et collerettes de feuilles n'avaient donc pu être que les éléments conjugués d'un même chapiteau, les feuilles servant à ménager une transition opportune entre la nudité du fût très mince et l'ample expansion de ces larges volutes. C'est ainsi que Koldewey a été amené à restaurer ce chapiteau tel que nous le reproduisons en perspective, d'après un des trois exemplaires qu'il en présente (pi. LU, 2). Nous nous sommes dispensé d'indiquer, dans ce dessin, les cassures qui montrent combien de menues pièces il a dû rapprocher pour arriver à rétablir cet ensemble.
Tout intéressant que soit ce type composite, il garde encore, dans une certaine mesure, un caractère hypothétique. Nulle part, ni à Néandria, ni à Lesbos, le bloc dans lequel sont ciselées les volutes n'a été retrouvé en place, monté sur le tambour enveloppé de feuilles. De ces feuilles, il n'a pas, que nous sachions, été recueilli de fragments à Lesbos, auprès des couples de volutes adossées. On a d'ailleurs la preuve que, dans certaines colonnes archaïques, des volutes qui ressemblent fort à celles de Néandria et dont la saillie est aussi forte, ont été posées directement sur le fût, avec un simple astragale dans le voisinage du point de jonction (pi. LUI, ^)^ Cependant l'hypothèse s'imposerait, s'il était démontré que tous les fragments de Néandria, feuilles et volutes, appartiennent à un seul et même ordre, celui de la cella; mais c'est justement ce que révoque en doute un autre observateur très compétent, Dœrpfeld, qui inclinerait à croire que le temple était périptère.Il y aurait eu, d'après lui, dans le temple de Néandria, deux ordres différents et, par suite, deux types distincts de chapiteau. Le chapiteau de l'ordre intérieur aurait été formé par le double collier de feuilles, qu'il dispose d'ailleurs autrement que ne l'a fait Koldewey. Des deux couronnes de feuillage, celle qu'il place au-dessus de l'autre,