Ibid., III, fig
660 LA GRËCE ARCHAÏQUE.
sorte d'évolution organique *? Il est difficile de se prononcer à ce sujet; mais, étant donnée la prédilection que Tornemaniste oriental avait pour cette forme de la volute, on ne saurait guère douter que ses exemples n'aient été pour beaucoup dans le parti que prit l'architecte, chez les Grecs d'Asie, quand il fit de ce motif le membre essentiel et comme l'enseigne du chapiteau de la colonne.
Des chapiteaux ioniques primitifs, celui de Néandria (pi. LU, 2) et celui de Naucratis (pi. LU, 4), nous ont offert un autre élément que la volute, le double collier de feuilles tombantes. Que ce collier ait à lui seul constitué un chapiteau ou bien qu'il ait été placé au-dessous d'un couple de volutes, toujours est- il que ce motif se rencontre, employé de la même manière, comme décoration terminale d'un fût cylindrique, dans plus d'un monument de l'art asiatique et notamment au sommet des montants d'un trône de bronze, tout assyrien de style, qui a été trouvé en Arménie^. Par l'exemple de ce meuble, on devine comment ont pu arriver jusqu'aux Ioniens tels ouvrages des artisans orientaux qui se prêtaient au transport à longue distance et où l'architecte trouvait d'utiles indications.
Ce n'est pas seulement par ce trait que la colonne ionique évoque le souvenir de ce que l'on peut appeler la colonne asiatique. Celle-ci, support indépendant ou simple pilastre, a presque toujours une base. En Assyrie, un gros tore, d'un aspect assez lourd, constitue à lui seul la base^ En Perse, le tore s'y superpose soit à une plinthe carrée, soit à une cloche que décorent des feuilles renversées^; mais partout apparaît le tore, l'élément principal de la base ionique. Dans celle-ci, audessous du tore, il y a une scotie ; or, elle aussi, cette moulure est comme esquissée dans une base assyrienne'. Nous retrouvons encore ce tore, formant à lui seul toute la base, dans les pilastres qui décorent les angles du caveau de l'une des plus belles et des plus anciennes tombes de la Phrygie du Sangarios, celle que nous avons appelée la tombe brisée; là un simple filet le sépare du fût*.
Les palais de la Perse sont, il est vrai, très postérieurs aux plus anciens monuments ioniques ; mais il n'en est pas moins certain que
M . On trouve la jonction opérée par une ligne droite dans un chapiteau assyrien {mstoire de VArt, t. II, fig. 77).