A Lyon
(î) A Ivry, l'armée de la Ligue comptait 42,000 fantassins, 4,000 chevaux, 4 canons.
RENAISSANCE DE I.'aRT.
Los armées de Maurice de Nassau ne sont pas fortes non plus. A Nieuport (1600), seule bataille qu’il ait livrée, il dispose d’une armée à peine plus nombreuse que celle de son adversaire l’archiduc Albert, qui commande à 12,000 fantassins et à 1,200 cavaliers.
Le duc d’Albe, qui appartient à cette période, ne se voit jamais non plus à la tête de grandes armées. Quand il se rend de Milan en Flandre (1567) avec les tercios disponibles, il ne réunit que 10,000 fantassins et 1,200 cavaliers. C’est ce même nombre de fantassins qu’il met en ligne à Gemingen (1568), mais en y joignant 3,000 chevaux. Il envahit le Portugal, en 1580, à la tête de 26,000 seulement. Ajoutons que ce grand guerrier compense le nombre par la qualité : il n’admet, en général, sous ses ordres que de bonnes et vieilles troupes, telles que l’Espagne en possédait alors.
Lors de leur projet d’expédition contre Alger, en 1572, les Espagnols composent leur armée de 30,000 fantassins, 600 cavaliers (1), 4,000 pionniers (gastadores) , 38 canons, 15 canons moyens, 6 coulevrines moyennes, 13 fauconneaux et 45 pièces plus petites (2).
Il se produit dans celte période un singulier fait relativement au recrutement des armées. En 1587, pour secourir le roi de Navarre et les protestants français, les princes allemands ordonnent des levées. Ces levées devaient être commandées en second par un Prussien, le baron d’Onau ; mais au moment où elles allaient se mettre en route, l'empereur Rodolphe II écrit à celui-ci que, les levées ayant été faites
(t ) S00 tanças et 400 cavaliers légers.
(ï) Coniinuacion del Infor ai en rl arckivo de Simancot , par le colonel Apahici , p. 4Î3.
HISTOIRE DE L’ART DE LA Gl'ERRE.
sans sa permission , il fallait les licencier. Le baron d’Onau répond à l’édit impérial : « Mon dessein n’est ni contre l'empereur ni contre la France, mais seulement de secourir les alliés des princes protestants ; la nation allemande ayant toujours eu la liberté d’aller à la solde de qui bon lui semblait, pourvu que ce ne fût ni contre l’empereur ni dans les terres de sa juridiction, je ne me sens obligé ni de rompre mon dessein , ni de licencier mes troupes ; mais , sans offenser en aucune sorte l’autorité de l’empereur, je désire continuer ce que j’ai commencé par commission de ses princes (1). » A cette réponse , Rodolphe II ne répliqua ni par actes, ni par écrit, ni par parole. Ainsi, la liberté fièrement invoquée existait. Que dire d’une société dont les membres sont libres de combattre pour n’importe qui (excepté contre elle) , sans qu’elle puisse les en empêcher !
Dans chaque pays, le recensement des troupes régulières s'opérait au moyen de l’engagement volontaire avec primes, pour un temps convenu et assez court (2) , des chefs recevant commission de lever une compagnie, une bande ou un régiment, et ordonnant alors de sonner le tambourin pour faire leurs offres. Ce mode présentait des inconvénients : celui, entre autres, de l’amour du lucre chez les chefs , qui volaient aux soldats levés une partie du salaire promis (3).
(tj Davila, //ii». des guerres civiles de France, livre vill, trad. Baudoin,
(2) Trait mois, par exemple. N'oublions pas pourtant qu’on pouvait demeurer absent de cbez soi plusieurs année» pour services militaires : Marti» Guerre, cet boinmc d’Andnye dont un sosie prit entièrement la place, était éloigné de scs foyers depuis on» uni, quand il revint, fut reconnu et Ht pendre (1560) l'audacieux qui avait réussi A tromper sa femme et sa famille.
(3) Les chefs chargés de recruter en Italie s’adonnèrent surtout & cette voleric. Consultez Hetation de l’ambassadeur vénitien Mariao Cavalti en 4646. Tome I,r de ces Relations, p. 307.
RENAISSANCE DE L’ART
Uutre les troupes régulières, qu’elles fussent permanentes ou non, l’on comptait alors dans les armées, au moins dans celles de France, l’arrière-ban et des volontaires.
L’arrière-ban ne constituait plus déjà qu’un rouage usé et peu utile. Politiquement parlant, les monarques faisaient bien de le convoquer de loin en loin , parce que cela rappelait aux seigneurs leurs obligations en vue desquelles ils étaient exempts de tailles, et les tenait en bride contre toute velléité de révolte ; mais , militairement parlant , ils gênaient plus qu’ils ne servaient; prompts, en effet, à prendre l’alarme et adonnés à des habitudes trop casanières (1), ils se regimbaient quand il fallait former des postes et se garder (2). D’ailleurs, la grande quantité de fiefs possédés par des roturiers rendait moins importante la force des troupes fournies par l’arrière-ban.
Quant aux volontaires, dont le nombre dans une armée approchait parfois de 1,000, ils rendaient de bons sei’vices un jour de bataille et dans quelques coups de main ; mais hors de là , leur élan , leur volonté d’être partout les premiers embarrassaient et risquaient d’amener une imprudence ou un faux mouvement.
L’a\ancement cesse dans cette période d’être entièrement donné à la naissance. Ainsi , l’intention est officiellement annoncée par le gouvernement français (3) de ne donner le commandement des compagnies de gendarmes qu’à des gentilshommes signalés , âgés au moins de 23 ans et ayaut six années de services militaires.
(4) J'emprunte ce mot à Vincent Carloix, qui parle au chnp. 40 du livre IV des Mémoires de Vieille cille « des arrière- bans de la noblesse casanière du royaume ».
(5) Tax.msmaht des Beaux, Historiette de flacon, nu 87.
(3) Ordonnance de mai 4579, art. 286.
1UST0IHK DK L’ART DK I.A GUERBK.
Le mélange fies soldats étrangers avec les soldats nationaux amenait des jalousies et des rixes. 11 suffit, à ce sujet, de rappeler la dispute arrivée en 1512 dans la Guyenne entre les lansquenets et les Gascons, lutte qui coûta la vie à 500 hommes (1).
En outre, la discipline manquait entièrement et chez les soldats français et chez les soldats étrangers ; cela provenait, non d’un mouvement de colère ou de jalousie comme les rixes, mais d’une démoralisation profonde. Les exemples abondent pour prouver celte indiscipline, plus marquée encore dans les troupes étrangères que dans les troupes françaises.
A la prise de Thionville (1 558), le duc de Guise, malgré sa sévérité, abandonne aux gens de guerre français « le pillage de la ville pour vingt-quatre heures seulement, pour les requipper de toutes leurs nécessités (2) ». On voit par là que ce chef de guerre se croit obligé de contenter les siens en quelque chose (3), quoique cette latitude lui permît et de défendre le viol, sous peine de mort, et de réprimer tout excès après ces vingt-quatre heures.
Le brave de la Noue nous indique dans ses Discours comment la discipline se maintint à l'origine dans les
(1) Mém, de Fleurange, chap. 33.
(2) Hem. de Claude Ualont chap. 58, p. 69.
(3) Ajoutons qu’il leur avilit promit, comme à Calais , cette satisfaction pendant les travaux du siège, « ponr Us mieux encourager à faire service au roi a.
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troupes protestantes commandées par le prince de Condé, et comment elle s’y altéra. Le premier désordre eu lieu, dit-il, à la prise de Beaugency. Les prises de ville sont en effet des sources de tentations plus grandes qu’une bataille livrée en rase campagne. L’exemple de ce désordre devint funeste; les Gascons, puis le régiment de M. d’ivoy, voulurent renchérir par amour-propre : « Ainsi s’ensuivit la procréation de mademoiselle la Picorée (1) , écrit la Noue, qui depuis est si bien accrue en dignité qu’on l’appelle maintenant madame ; et si la guerre civile continue encore, je ne doute point qu'elle ne devienne princesse (2). »
Plusieurs causes expliquent, sans les justifier, l’indiscipline des gens de guerre et les maux qui en étaient la suite :
L’improvisation même de la plupart des soldats qui passaient ainsi tout d’un coup de la sujétion (car c’étaient pour la plupart des paysans) « à la liberté et à la licence de la guerre (3) » ;
Le défaut de paye, car on soldait fort mal les troupes, et cela dans les deux partis; ce défaut, non-seulement poussait les soldats au vol et à tous les excès, mais invitait les chefs à tolérer leurs déprédations, car avant tout il faut, afin qu’on puisse combattre, que les combattants vivent, et vivent assez bien pour entretenir leurs forces.
L’abondance régnait dans les campagnes au début de la lutte et, faisant ressortir la pauvreté des gens de guerre, les incitait à s’emparer de ce qui pouvait paraître un
(4) On trouve ce mot écrit pigorée dan* divers auteurs contemporains.
(2) Discourt politiques et milit. du seigneur de I.à Noue, XXVIe discours, ou observations sur plusieurs choses survenues aux troubles, Premiers troubles, 6e cliap., p. 573 (cotée par faute d’impression 575) de l’édition de 4597.
(3) Cette observation appartient à François Giustiniaho et remonte à 4537. (Voy. Relations des ambassadeurs vénitiens , t. 1er, p. 485.
superflu. Claude Ilaton(l) est très-explicite à ce sujet : «Faut noter, écrit-il sous le millésime de 1562, que les gens des villages furent plus cause que les gens d’armes les rançonnèrent que ne furent lesdits gens d’armes de les rançonner ; car pour le commencement de cette guerre, les gens des villages étaient si riches et pleins de tons biens, si bien meublez en leurs maisons de tous meubles, si pleins de vollailes et bestail, que c’était une noblesse (2). »
En outre, on licencia souvent des soldats, suivant que le parti tenait le haut ou le bas sur la roue de la fortune. Ces soldats dépourvus d’emploi et impropres à reprendre une occupation sérieuse, surtout au milieu d’une société agitée, adoptaient le métier le plus facile ; ils se mettaient à voler, ou tout au moins à arrêter les passants et à en exiger rançon (3).
Soit en agissant en leur propre nom, soit sous la responsabilité de leurs chefs alors qu’ils étaient officiellement enrôlés, les soldats, par malheur, allaient souvent jusqu’à la férocité (4). Les voyez-vous, par exemple, quand ils se sont emparés (1576) de Marigny, n’y laisser vivant « ni homme, ni compagnon âgé en suffisance pour porter armes, excepté deux, ainsi que l’ai ouï dire (c’est Claude llalon qui parle) plusieurs fois aux femmes dudit Marigny ».
On connaît bien d’autres cruautés des guerres civiles, et
(<) Mémoires, p. 279.
(2) Ou reconnaît là ce beau pays de France, qui Dourrit si bien ses enfants qu’ils ne veulent plus le quitter.
(3) J/cm. de Claude Halon, p. 932.
(4) Cette férocité semble faire rétrograder le caractère humain revêtu par la guerre depuis l’invention de le pendre et signalé précédemment dans ce volume (g 2 du chap. 4*r) ; mais elle n'est que momentanée, partielle et tient à des discordes civiles, non à la guerre en elle-même.
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il suffit à ce sujet de rappeler les noms stigmatisés du baron des Adrets et de Monlluc.
Si quelques causes peuvent expliquer l’indiscipline du temps, il en est d’autres qu’il faut blâmer sans réserve.
Pourquoi tant de luxe dans les armées? Palma Cayet-ne nous montre-t-il pas les casaques de l’armée qui combat à Ivry contre Henri IV couvertes et or et d argent (1) ? En 1580, quand il envahit le Portugal, le duc d’Albe n’enmène-t-il pas 8,000 voitures pour une armée de 26,000 hommes? Les courtisanes n’encombrent-l-elles pas les rangs, puisque Strozzi, après des avertissements sans nombre, prend le parti extrême d’en faire jeter 800 à l’eau quand il passe sur le pont de Cé, ce qui manque de causer une rébellion parmi ses troupes (2) ?
Pour entretenir ce luxe, il fallait beaucoup d’écus, et le soldat, gâté par de douces habitudes, se procurait ces écus par tous les moyens quand on ne les lui donnait pas.
N’oublions pas de dire que des efforts furent tentés pour maintenir la discipline. Les plus efficaces (3) furent ceux du maréchal deBrissac. Un gentilhomme quitte l'armée sans congé : il le déclare, par- devant sa compagnie, privé donnes, d 'honneur et de condition taillablc , et tient tête au roi, au milieu de toute sa cour, quand le monarque veut le gràcier, disant : « Si Votre Majesté trouve bon de faire ce tort à son service, force sera que je m’y accommode (4). »
(1 ) Chronologie noeenaire , livre II.
(?) Brantôme, Vie de Slrojti.
(3) « Quand il revenait, dit i.A Nous (xnip discours), quelques capitaines et soldats en France qui avaient été deux an» on garnison es villes de Piémont, on les prisait beaucoup, les voyant si civils, courtois, nullement injurieux, et si bien parlants de l'exercice des armes. »
(i) Mien de Boyt in du Villare, 1606, p. 479, 480.
Le même chef, pour réprimer les duels, ordonne que les combats singuliers aient lieu sur un pont, et que le vaincu soit jeté à l’eau, sans que le vainqueur puisse lui donner la vie. Une répression remarquable est encore celle du duc de Mayenne, lequel, en 1576, n’hésite pas à jeter sa cavalerie sur des compagnies d’infanterie qui refusaient de marcher, incommodées qu’elles étaient par la neige et la pluie durant une expédition de nuit, et à faire main basse sur les soldats récalcitrants (1). L’amiral chez les protestants, le connétable chez les catholiques punirent aussi sévèrement les fautes des soldats : « Dieu nous garde, disaient-ils entre eux, de la patenôtre du connétable et du cure-dent de l’amiral. »
Chez les Hollandais, Maurice de Nassau maintenait mieux la discipline. « Le 1" mars 1592, dit Groulard (2), il vint à Dieppe 2,000 Hollandais envoyés par ce prince qui vivaient avec une discipline qui n'est aucunement observée en France. »
Elle ne l’était que quand les soldats français se mêlaient eux-mêmes de la faire respecter, ce que tirent parfois les vieux corps pour ne pas souiller leurs enseignes ; exemple : les bandes de Picardie, au siège de Fontenay, en 1574, alors que les assiégés demandèrent à se rendre. Regrettons néanmoins sincèrement que la discipline n’ait pas à cette époque existé meilleure dans nos troupes, car ces troupes, suivant le témoignage d’un contemporain. « unies pour combattre, eussent porté la terreur dans le monde entier ; mais telles qu’elles étaient, au lieu d’épouvanter les autres peuples, elles ne faisaient que du mal à la France (3) ».
(1) Davila, Hui. des guerre » civile s de France f livre vi , trad. Buudoiu, 4657, t. I", p. 3*8.
(2) Mémoire chap. 3.
(3) Relation » de $ ambassadeurs vénitiens , t. JJ, p. 151 , Relation de Jean Correro (1569).
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