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EXERCICES ET MARCHES

Pendant la féodalité pure, les nobles s’exercent avec soin et persévérance au métier des armes, qui les maintient au sommet de la hiérarchie sociale et leur assure la conservation de leurs vastes propriétés. Lors de l’établissement des communes, les bourgeois commencent à se livrer aux exercices militaires et, appuyés autant sur leurs armes rotu~ rières que sur les richesses, produit du trafic de l’épargne, réclament et obtiennent des droits politiques, puis les défendent. Dans la seconde moitié du xvi' siècle, ce sont toutes les classes de la société qui , obligées par la guerre civile de fournir des soldats et de combattre, s’adonnent aux exercices. Cette assertion est tellement vraie que les prêtres euxmêmes se façonnent aux travaux guerriers ! Il faut le conclure des mémoires de Claude Haton , qui , prêtre à Provins, se trouvait incorporé dans la milice bourgeoise de cette ville et y occupait le grade de capitaine d’une compagnie de 50 hommes d’armes; à voir Haton « fort habile et adextrc de son corps » au maniement des armes, suivant ses expressions, on peut admettre, avec son éditeur, qu’il avait rempli précédemment à la cour une fonction militaire; mais cela seul ne suffit pas pour justifier Sa présence dans les rangs des combattants; ce qui la justifie, c’est la coutume ou nécessité de l’époque, puisque, d’après son propre témoignage, plusieurs moines et prêtres séculiers quittèrent alors leur bréviaire pour aller à la guerre (1).

(I) Mémoires de Claude Haton, publié» par M. BoURQUELOT Hans la Documente inédits sur i histoire de France, 1857, t. Ier, p. XXVI, XXIX, XXXVI.

(Quoique toutes les classes de la société se livrassent en ce temps aux exercices militaires , on y dressait spécialement les jeunes gentilhommes : au moins voyons- nous Henri 11 attacher une grande importance à ce que ses pages fussent adroits et façonnés, et « se baigner d’aise , au dire pittoresque de Brantôme, quand il entendait de leurs prouesses, vaillances et exploits, disant aussitôt que c’était de ses nourritures (1) ». Cette disposition rentre bien dans le caractère de ce monarque, qui avait de l’activité et aimait la guerre et ses images. Divers seigneurs donnaient d’ailleurs l’exemple aux simples gentilhommes : « J’ai vu, dit la Noue, monsieur . le comte de Charni (qui est l’un des plus honnêtes et vertueux seigneurs de ce royaume) porter le corselet et entrer en garde, comme les simples soldats, et ce en temps de paix (2). »

La manière d'effectuer les marches ne ressort pas clairement des historiens du temps.

On voit, en 1558, le duc de Guise marcher de son camp de Châlons sur Thionville, qu’il veut assiéger, à grandes journées, c'est-à-dire à raison de 6 lieues (24 kilomètres) par jour,

« sans s’arrêter dans un logis plus d’une nuit; » pour faciliter son mouvement, il avait fait jalonner à l’avance la route qu’il suivait par des approvisionnements (3) répartis de 3 lieues en 3 lieues (4).

Pendant les guerres civiles, l’amiral de Coligny cheminait d’une façon fort dangereuse et qui s’explique uniquement par le petit nombre des troupes adverses et l’appui tacite

(1 ) Bejlntome , Homme s illustra, discours lxi, sur Henri II.

(2) Discourt poliln/ues et militaires, xill° discours.

(3) On nommait ces approvisionnements des étapes : c'est le premier sens du mot ftape.

(4) Mém. de Claude Haton, t. Ier, p. 66, 67.

RENAISSANCE DE L’ART

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d’une partie des habitants : « Il donnait, écrit Carrion- Nisas (1), rendez-vous à toutes ses troupes, à une certaine heure, au lieu qu’on jugeait le plus commode pour la distribution des logis ; de sorte qu’allant ainsi par divers chemins, on pouvait faire grande diligence sans beaucoup de surprises , mais non satis quantité de fausses alarmes. » On diminuait ces fausses alarmes en se ralliant au moyen de signaux ; malheureusement, dans la guerre d’exlerminalion que l’on faisait, on mettait quelquefois le feu à des villages pour former ces signaux.

Ce défaut dans la manière d’effectuer les marches coûta cher aux protestants, sans leur enseigner à se mieux garder, car, surpris en chemin à Dreux et à Moncontour par les catholiques, ils y furent battus.

(Juant à l’ordre des troupes pendant la marche, nous n'avons pas rencontré d’autre indication que celle-ci, qui se rapporte à une armée marchant ensemble sur une seule colonne : en tête la cavalerie et 3 bataillons d’infanterie menant le canon, puis la bataille ou gros de l’armée, en queue 1 escadron et 2 bataillons (2), et sur les côtés les chariots de bagage (3) ; il s’agit de l’année espagnole amenée en 1597 au secours d’Amiens.

On mettait une trop grande distance entre l’avant-garde et le corps de bataille, quelquefois même entre ce dernier et l’arrière-garde, habitude défectueuse qui ne permettait pas au chef de l’armée d’être instruit à temps de ce qui se

(1) Esta i sur l'histoir e de l’art militaire, t. I*r, p. 503.

(î) Davila dit deux lerses ou terciot ; le root espagnol lercio est souvent employé comme synonyme de régiment, mois il signifio plutôt bataillon formant corps.

(3) Davila, Hixt, i les guerres c itilee de France, livre XV , traduction Baudoin, t. U, p. 569.

HISTOIRE DE l’âRT DE LA GUERRE.

passait sur les divers points de sa colonne, et l'empêchait souvent de porter secours là où le danger pressait.

On s’éclairait par des espions (1), et aussi au moyen de reconnaissances (2); ces dernières s’effectuaient surtout en vue de constater l’état des chemins et de les réparer (3), et aussi avant les batailles, afin de s’assurer des dispositions de l’ennemi, comme le firent le duc d’Anjou et Tavannes au début de la journée de Moncontour. Henri IV s’exposait trop dans les reconnaissances : Biron le lui reprocha une fois vertement, au dire de Palma Cayet.

L’administration jouissait de peu d’autorité dans la période qui fait l'objet du précédent chapitre , puisque François 1", après la bataille de Pavie, se plaignit fort de l’abus des passevolants, qui était tel parmi ses troupes italiennes qu’il avait éprouvé un grand mécompte relativement à leur effectif. Elle se relève un peu dans la deuxième moitié du xvi' siècle.

L’amiral de Coligny y attache de l’importance, et chef de parti, en effet, d’un parti en minorité, il avait besoin de

(t) Brantôme, Hommes illustres , discours LV, sur M. de Langeny.

(S) Rabelais, qui écrivait au début de la période traitée en ce chapitre, ne manque pas, avant de mettre une nrmée en marche, d'envoyer # 300 chevau legiers sons la conduite du capitaine Engoulevent, pour deac uvrir le pays et savoir si embusclie aucune estoit par la contrée ». Gargantua et Pantagruel, livre l*r, chep. 26.

(3) Aussi adjoignait-on souvent un comramissaire de l’artillerie et des pionniers au « personnage entendu a chargé de les faire Maxime* du maniement de la guerre, par André DE Bodrdkille (frère de Brantôme), chapitre Du logement de l'armée.

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recourir à une rigide économie (1) : il possède des commissaires des guerres, et entretient un boulanger auprès de chaque compagnie (2).

Dans les troupes royales, il existait des contrôleurs des guerres; quelques-uns se conduisaient mal (3). Leur autorité ne parait pas très-grande puisqu’il ne peuvent empêcher les reitres d’avoir plus d’un cheval de bagage par 20 hommes, comme dans leur pays, et que cet excédant d’animaux de trait sert de point de mire aux arquebusiers protestants à la bataille de Moncontour.

Jusqu’à la pacification des troubles religieux, l’administration de l’armée royale laisse à désirer; ainsi, en 1577, la moitié des chevau-légers n’est pas montée faute de pouvoir entretenir un cheval (4).

La régularité de la paye des gens de guerre fut des deux côtés une difficulté pour l’administration militaire durant ces temps de troubles et de misère générale. On ne la rencontre que par exception : au siège de la Fère, par exemple, en 1580, le maréchal de Matignon, qui le dirige, trouve moyen de faire solder ses troupes de mois en mois et de leur faire amener des vivres en abondance telle qu’il en résulte un bon marché réel tout à leur avantage.

C’est avec la deuxième moitié du xvi' siècle que débute la chirurgie militaire. Ambroise Paré, médecin de Henri II,

(t) On trouve trace do cette économie jusque dans les fl étalions. Quand d’AubionK rapporte que la reine d’Angleterre, en <569, envoie au* réformé» un prêt d’argent et six canons, il a soin d’ajouter a l’égard de ces derniers : o avec Ce qu’il faUait pour leur donner à manger. » fiisl. universelle , par d'Adbioné, <616, livre v, chap. <0.

(1) Cahhion-N'ibab, Essai sur ihisl. de l'art militaire, t Ier, p. 504.

(3) Voy. Jfe'm. de Claude Haton, année <556, t. I*r, p. 3Î, clinp. 50.

(4) Helahons des ambassadeurs vénitiens, t. II, p. 6H.

auteur d’un ouvrage sur la manière de traiter les plaies faites par arquebuses (1), donne l’élan, et ce sont ses élèves qui secondent les vues humaines et bienfaisantes de Henri IV pour les soldats. Mais sous Henri II il existe encore fort peu de chirurgiens militaires, puisque nous voyons en 1562 le roi de Navarre tué au siège de Rouen, fort pleuré et regretté des soldats à cause des soins qu’il prenait des blessés, les visitant, leur envoyant ses chirurgiens et médecins, les aidant de sa bourse.

Pendant les guerres de religion, les armées s’amoindrissent et se dissolvent : leurs éléments disparaissent sous la multiplicité des corps isolés, sous la faiblesse des ressources du pouvoir; mais la tactique et la stratégie se perfectionnent.

La profondeur de l’infanterie diminue, en d’autres termes l’ordonnance s’amincit, nous l’avons indiqué au § 1" de ce chapitre : cet amincissement constitue un progrès tactique.

On comprend qu’il faut grouper ses forces, au lieu de les fractionner, de les éparpiller sans cesse, comme le montre le projet, conçu en 1569 par Coligny, de faire h peu près le tour de la France et de paraître sous les murs de Paris avec les protestants de chaque province ralliés ensemble ; c’est un second progrès tactique.

Le troisième progrès tactique appartenant à cette époque consiste dans l’emploi des réserves. Les Espagnols en avaient

(1) Cet ouvrage date de <545.

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RENAISSANCE DE L’ART

usé aux batailles de Pavie et de Cerisoles, et même on voit les Vénitiens en posséder précédemment deux à la bataille de Fornoue (1); mais durant les luttes religieuses, ni le duc de Guise, ni l’amiral de Coligny n'en étaient partisans, et c’est pourquoi elles disparaissent (2); Henri IV en fait revivre l’emploi à la bataille d’Ivry.

Tout en amincissant l’infanterie dans les combats ordinaires, on avait soin de lui conserver la formation carrée pour résister à la cavalerie : la Noue est formel à ce sujet, et même il combine, en vue de cette éventualité, deux carrés ensemble, «afin, dit-il, qu’ils s’entrefavorisent l’un l’autre;» ces deux carrés, dont il trace la figure, sont de 1,250 corselets et 750 arquebusiers chacun, et placés à 80 pas de distance de laçon à se flanquer mutuellement (4).

On faisait alors régulièrement la guerre. «Jamais, rapporte Brantôme de Henri II, jamais il n'a dressé armée sur la frontière, qu’il ne l’ait menée toujours des premiers, commençant en mars aussitôt que le beau printemps arrivait, et finissant au commencement d’octobre ; c’était une chose ordinaire. »

II y eut pourtant dans la seconde moitié du xvi" siècle de

(4) Paul Jovk, livre II.

(2) Brantôme dit nettement, au début de son Discours sur le maréchal deGié, que ces deux généraux n’en firent jamais usage; puis il ajoute : « Ktnnt l'opinion du dit monsieur de Guise , qu’il faut que tout le monde combatte ce jour solennel de bataille, et que nul ne le chôme , sans uvoir les mains liées. » On croyait alors que la réserve fuirait au premier revers, tandis qu’elle se porte aussitôt en avant dans le fait qu’il raconte. Bakdin fait observer que, dans ce dédain pour une réserve, il doit s’agir d'une reterre d'infanterie plutôt que d'une réserve de cavalerie : s'il a raison, l'opinion de Guise et de Coligny tient encore à un restant d’idées féodales et A l'infériorité dans laquelle l'infanterie s’était longtemps trouvée vis-à-vis de la cavalerie,

(3) Voyez le § 9 qui suit.

(4) Discours politiques et militaires, xvme discours, 8e paradoxe.

HISTOIRE DE i/ART DE EA G VERRE.

grandes opérations stratégiques, ce qui ne saurait étonner d’une époque où l’on posait ce principe : « Il y a un grand avantage à faire la guerre dans le pays de l’ennemi, parce que l’on conserve le sien et que l’on détruit celui d’autrui (1). »

La plus belle est la marche exécutée en 1 567 par le duc d’Albe, de Milan jusqu’en Flandre, sans entamer le territoire français, ce qui augmentait la difficulté, et malgré la faiblesse de son armée qui comptait à peine 12,000 hommes : il se dirigea par le mont Cénis, traversa la Savoie, côtoya les frontières de Bourgogne et de Lorraine; grâce à ses mesures pour assurer par avance aux siens des chemins en état et des vivres aux lieux d’arrêt, grâce à la discipline sévère qu’il excellait à entretenir, rien ne l’arrêta dans ce long parcours.

La Noue (2) fait ressortir le mérite de la marche exécutée en 1568 par le duc de Deux-Ponts, depuis les bords du Rhin jusqu’en Aquitaine, pour venir joindre l’armée des protestants, sans que, durant cet immense trajet, les royalistes trouvent occasion de l’entamer. Il mène ainsi 5,000 lansquenets et 6,000 reîtres à ses coreligionnaires; 2,000 Français protestants l’accompagnent durant sa marche, qui s’elfectue en réalité avec une petite armée de 13,000 hommes de troupes.

(t) L'Idea de I librn de gorerni di slalo et di guerra , DI Girolamo Fra- CHKTTA, Venise, 1592, folio 26. — l.e mémo écrivain ajoute au verso du même feuillet : « Des armée* qui ont obtenu beaucoup de victoire» sont formidable». »

(2) Discours, Obserralions sur les troisièmes troubles, du mémorable passage du duc de Deux-Ponts.

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Suivant Maizeroy l’on conservait encore dans l’action l’infanterie mêlée à la cavalerie, « et ce que l’on a pris pour un effet de l’art n’était sûrement que celui d’une vieille habitude (1) »; Malgré cette opinion, il existait alors plus d’arrangement pour l’action et plus de dextérité dans les manœuvres, puisque les historiens du temjis nous montrent, au milieu d’une armée rangée en bataille, « toutes les compagnies pouvant aller à la charge ensemble ou séparément, avancer ou reculer à toutes mains sans s’empêcher. »

Ces progrès dans l’arrangement eussent dû stimuler les combattants, leur donndr plus de confiance, et pourtant, au dire de Machiavel, il était loin d’en être alors ainsi. Lisez plutôt : « Si les hommes, écrit-il (2), ne font plus de preuves particulières de courage, ce n’est point à l’artillerie qu’il faut l’attribuer, mais au déplorable système de guerre que l’on suit, à la lâcheté des armées, qui, en masse, dépourvues de courage, ne peuvent en déployer dans les individus qui les composent. » L’écrivain florentin a surtout en vue, dans ce passage, les batailles livrées parles condottieri, qui en étaient arrivés, pour ne pas se nuire et ménager mutuellement leurs hommes d’armes dont ils trafiquaient, à transformer les actions en simulacres et en parades, et à ne se tuer personne ; justice une fois faite de ces déplorables jeux , il

(I) Tactique île Maizkroy, t. IV, p. 359.

(4) Üitcoure eur Tile-Liee, II, 17.

faut reconnaître (1) que d’autres luttes ont été sérieuses à Tépoque qui nous occupe, et qu’au milieu de ces luttes plusieurs batailles méritent notre attention.

Sur combien de lignes rangeait-on une armée en bataille ? C’est avant tout un point à examiner.

On commence à la ranger sur deux lignes (2), ou du moins l’usage d’une réserve apparaît déjà. Ainsi, en 1543, si près de la fin de la période précédente que le fait appartient plus à celle traitée dans ce chapitre , en allant faire le siège de Landrecies, le roi ordonne « à une tierce partie de l’armée de se tenir à l’écart prête et fraîche pour secourir les autres, et servir de triaires à la manière des Romains (3) » . Cette portion fraîche qui doit faire fonctions de triaires est bien une réserve : toutefois l’emploi d’une réserve n’ayant jamais enlièrement disparu (4), ce fait ne semble pas concluant en faveur de notre assertion relative à l’adoption de la disposition sur deux lignes. Mais les principales batailles du temps viennent à notre appui ; on y retrouve l’usage d’une ligne et d’une réserve, ou de deux lignes avec ou sans réserve; exemples : Moncontour, Coutras, Arques; à Ivry il n’y avait qu’une ligne. Parlons un peu de chacune de ces journées.

(1) Si telle n’a pua été l’intention de Machiavel, c'est qu’ici encore, comme en politique (voy. Machiavel , juge des révolutions , par M. Ferrari, p. 74, 75), ce grand écrivain a mal apprécié son époque.

(2) D’après les Études sur t‘ artillerie , t. Ier. p. 169, 170, on rangea les armées sur trois lignes pendant le moyen âg:*, et généralement sur un# seule ligne de François 1er a Louis XIII. La question ue nous parait pas aussi simple, et le mot bataille , souvent employé pour ligne , empêche de la débrouiller sûrement.

(3) Chronique de Jean du Tillel , 1587, verso du folio 102.

(4) Nous 1* avons cité nu § 11 du cliap. vi du Ier volume, à propos de la bataille de Tagliacozzo (1268}. M. Ch. Giraud traite de cette journée dans le fragment de son Hisl de Rodolphe de Habsburg , qu’il a lu le 1 4 août 1858 ii lu réunion des cinq Académies de l'Institut. Nous avons aussi parlé d’une réserve à propos de la bataille d’Auray (1364) au § 11 du chap. 1er de ce volume.

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A Moncontour (1 569) , la réserve , composée des troupes des maréchaux de Biron et de Tavannes , se trouve postée en arrière du centre de l’armée. L’armée, divisée en trois corps, ne forme qu’une ligne; l’artillerie et les enfants perdus s’étendent en avant. Du côté des protestants, qui ont adopté l’usage des camisades et dont les fantassins portent la chemise par-dessus le vêtement afin de se mieux reconnaître dans la mêlée (1), l’artillerie occupe le plateau de Douron, en arrière de la ligne de bataille, etcela, sans doute, parce qu’ils battent en retraite au moment où il leur faut livrer bataille ; le corps principal est en arrière et à gauche de l’avant-garde , ce qui donne presque deux lignes , ou plutôt une brisure marquée de la ligne de bataille, et par suite une disposition vers l’oblique (2) ; il y a un petit corps de réserve commandé par un maréchal de camp (3). Relatons que Coligny a entremêlé des arquebusiers de choix entre ses compagnies de cavalerie française et allemande qui sont accouplées , quoique les unes combattent avec la lance, d’autres aves des armes à feu. Ce mélange ne lui réussit pas au début : le maréchal de Biron le charge vigoureusement et tue près de 200 arquebusiers et 50 cavaliers, et, « sans un passage qui par bonheur se trouva qui retint les catholiques, où ne pouvaient passer plus de 20 chevaux de front,

(t) Dès 1562, suivant le Journal de t'Estoite , la reine mère Catherine do Médicia remarque, A l’entrevue de Beaugency, les casaques blanches de l’entourage du prince de Condé : ainsi le blanc semble déjA former signe de ralliement pour les protestants.

(2) Mémoire militaire sur la bataille de Moncontour, livrée le 3 octobre 1 569, avec un plan, par Fulgexce Jàsin, sous lieutenant nu 43* de ligne, Brest, 1844, p 43 A 48.

(3) Histoire de l’art militaire, par C'arriok-Nisas, t. Ier, p. 505. L’auteur précédent, » sa page 34, nie que l'amiral eût formé une réserve et l’en blâme.

HISTOIRE DE L’aRT DE LA GUERRE.

toute l’armée protestante était comme en déroute par cette première rencontre (1). »

. A Contras (1587), les catholiques se rangent sur deux lignes : en première ligne, la gendarmerie appuyée sur chaque aile par un bataillon; en deuxième ligne, les chevaulégers el le gros de l’infanterie. Le roi de Navarre (Henri 1Y) a le talent de placer ses canons sur une éminence qui domine la plaine.

A Arques (1589), Henri IV couvre par des retranchements sa faible armée (2), déjà placée dans un vallon étroit (3) qui atténue sa faiblesse numérique, et met de l’artillerie dans le château d'Arqites, en position d’atteindre tous les points du lieu choisi pour champ de bataille. Un troisième avantage du terrain le favorise : la nature fangeuse de la prairie du côté d’Archelles (4), qui empêche la cavalerie de la Ligue de passer de ce côté el de tourner ainsi l’extrémité gauche de son camp (5). Dans cette bataille, le roi de France combat réellement sur deux lignes el une réserve ; ses adversaires sont entassés sur quatre et cinq ligues (6).

Dans la journée d’Ivry (1 590^ , chacune des armées adopte l’ordre de bataille sur une seule ligne légèrement con-

(1 ) La Noue, Discours politiques et militaires, discours xxvj, ou Obsécrations, 3*‘ troubles, sur la bataille de Moncontour.

(2) 7,000 hommes contre 28,000.

(3) Large au plus de 150 mètres.

(i) Aux grande* marées, l’eau de la mer couvrait cette prairie et la détrempait tellement que les chevaux des Ligueurs (lesquels ne s'étaient pas renseignés sur cette circonstance) enfoncèrent jusqu'au ventre.

(5) Relation de la bataille d’ Arques, tirée 'du Dépôt de la guerre, avec une carte de la vallée d’Arques, levée en 1708 et signée du capitaine du génie Saint-Léger , relation insérée au Journal militaire, partie non officielle, nov. 1818.

(6) Voyez le Cours d’art et d'histoire militaires de RocquanOOUHt, t. I rf, p. 388 à 390 et la planche 3.

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cave (1). Le caractère de l’action, c’est que le roi réussit à avoir le soleil à dos, et que, des deux parts, l’infanterie et la cavalerie se trouvent mêlées par régiment.

Ajoutons qu'à la bataille de Nieuport (1600) les Espagnols se rangent sur trois lignes et ont la plus grande partie de leur cavalerie sur l’aile droite de la première ligne. Ce u’est pas en raison de leur nombre, car leur effectif ne sort pas des proportions du temps (2) , mais par disposition préméditée. Cela montre qu’un ordre de bataille sur une ligne, comme à lvry, ne leur paraissait pas suffisant, et confirme leur usage connu d’une réserve dès les premières années du xvi* siècle. Dans la journée de Nieuport, Maurice de Nassau range également son armée sur trois lignes.

Six ans avant la journée de Nieuport, les Hollandais, adversaires des Espagnols, avaient adopté, sur les landes de Monker, un ordre de bataille comprenant 1,800 chevaux en première ligne et 25 compagnies d’arquebusiers en deuxième ligne; il est vrai que 10 autres compagnies d’arquebusiers occupaient un retranchement construit en avant du front, ce qui formait un point fixe et un appui rapproché de l’adversaire. Malgré cette disposition exceptionnelle qui sépare les deux armes dans des lignes différentes, malgré la tendance à mêler encore l’infanterie et la cavalerie dans la même ligne comme à Moncontour, on en revient néanmoins, vei^s la fin de cette période, à l’ordre de bataille des

(1) Ainsi pas Je «serre à lvry. Biron demeura ferme A sa place sans bouger, et forma de la sorte uns rtpice de réterre , mais il était dans la ligne de bataille : cette circonstance a fait dire A Brantôme que Henri IV nsa d’une réserve à lvry par l'atit du maréchal de Biron , sorte d’excuse dans sa bouche, car il n'approuvait pas cet usage emprunté aux Espagnols, plus réfléchis alors que nous en fuit d'art militaire, et qui l'avuienl suivi à Ceriseles et à Pavie.

(î) Voyez le JJ 4 ci-dessus.

anciens, el l’on commence à ranger dans chaque ligne l'infanterie au centre et la cavalerie aux ailes.

Pour terminer ce paragraphe, disons que l’on ne sait pas à cette époque profiter de la victoire; après le combat de la Roche-Abeille (1569), les huguenots s’épuisent au siège de Poitiers; après la bataille de Monconfour, le duc d’Anjou s’acharne au siège de Saint-Jean-d’Angély, et laisse à ses adversaires le temps de se relever.

La fortification bastionnée ou moderne a pris naissance en Italie, les premiers bastions, tels que nous entendons ce mol aujourd’hui (1), ayant été construits à Vérone, vers 1527, par San-Micheli (2); mais la forme n’est pas tout dans ce nouveau système de places fortes : il y a également à tenir compte de l’abaissement des remparts et du terrassement des murs déjà peu élevés, condition essentielle qui soustrait les maçonnerie* aux feux d’artillerie de l’assiégeant el change l’aspect des nouvelles forteresses, (’ette condition paraît d'origine moins italienne que le tracé même, puisque Machiavel montre les Français apprenant à ses compatriotes à mieux faire leurs murailles et créneaux (3), et que Michel Suriano remarque dès 1561 combien les Français emploient de terre (4) et de bois dans leurs fortifications, ce qui coûte

(!) Reportez-vous nu § 1î (Fortification) du chapitre précédent.

(i) Hietoire de la fortification permanente , par M. le général DE ZasTEOW, p. 71 du t. I“r de ma traduction (1856).

(3) Art de la guerre, VII, I.

(4) Il fallait que la terre fût bien tassée, Binon un gros boulet pouvait eu traverser une épaisseur do 1 2 brasses.

RENAISSANCE DE L’ART

moins, se fait plus vite, résiste mieux à l’artillerie, et se modifie plus facilement suivant les exigences de l’attaque (1).

Depuis San-.Vlicheli , la fortification bastionnée réalisa des progrès, en 1538, à la construction de Turin; mais il n’y eut pas sur cette fortification d’emplacement permettant à l’artillerie de battre la campagne en passant par-dessus les remparts. Peu à peu les tours s’agrandirent, on éleva à l’intérieur des montagnes de terre ou cavaliers, cl les canons eurent la possibilité de jouer et de flanquer. Au sujet du flanquement, n’oublions pas de dire qu’on le basait alors sur des feux obliques, ce qui ne se fait plus aujourd’hui, puisque les projectiles partis du milieu de la courtine étaient censés atteindre l'assaillant vers la pointe du bastion (2).

En 1557, on rencontre trace de l’art de se défiler par les traverses que Coligny fait construire au siège de Saint- Quentin le long d’une courtine atteinte d’enfilade par les batteries de l’assiégeant (3). Pendant toute la période comprise en ce chapitre, les traverses servent dans ce but, mais non contre le tir à ricochet, qui n’était pas encore connu.

Tout en améliorant la fortification, certains guerriers ne se faisaient pas illusion sur son caractère inanimé (4) et, par conséquent, sur sa faiblesse innée; tel est Davila, qui écrit : « C’est l’erreur universelle des hommes de se fier plus

(4 j Relation s det ambassadeurs ccntliens lur tes a/Jaires de France au xvi e siècle, publiées par M. Tommabeo, 4838, t. Ier, p. 4'7.

(2) Voyez la Hgure du reclo du feuillet 421 des Diecorsi intorno le forletxe, par Euobxio Gebtilim, Venise, 4644.

(3) Mémoires de mesure Gaspard de Colligny, p. 225.

(4) Voyez oi-uprès, § 42, l'opinion de Machiavel sur les dangers des citadelles et réduits.

HISTOIRE DE I.’aRT DE LA (il ERRE.

aux fortifications des villes qu’en la valeur et au nombre des gens de guerre mis pour les défendre (1). »

On fortifiait encore les camps : celui pris par le duc de Panne, entre Claye et Fresnc, peu après la bataille d’Ivrv, en 1590, était entouré d’une tranchée avec fortins et demilunes (2).

Les soldats travaillaient à la construction des fortifications. Pour les retranchements ou ouvrages de fortification passagère, cela va sans dire, et pourtant, en 1576, quand 300 arquebusiers, troupe bourgeoise de Provins, vont s’opposer au passage de la Seine par les reitres, et qu’il faut les mettre en sûreté par des tranchées et fossés creusés sur le rivage , ce sont « les bonnes gens des villages, des paroisses voisines qui font office de castadours et pionniers (3)», mais ce fait peut marquer une exception, et d’ailleurs il ne s’agit pas de soldats permanents. Pour les travaux de fortification permanente, soit dans la création de places neuves, soit dans les sièges alors si lents, les soldats ne se portent pas volontairement à manier la pioche , nous l’avons fait voir dans notre biographie de Montluc. Pourtant, on les voit se pliera cette nécessité; au moins, c’est par leurs mains (4) que se construit une partie du nouvel lfesdin ou d'IIesdinfert, où ils « portent la hotte durant deux mois (5) ». Il y avait, d'ailleurs, dans les armées de ce temps des sol-

(1) Mist. des guerres civiles de France, traduction Biudoin, t JI, p. 526.

(2) Mit. d'Alex. Farnète , 1692, Amsterdam, iu-16, p. 293.

(3) J/cm. de Claude Union , p. 837. Il faudrait a gastadours ».

(4) Ce sont des soldats espagnols, rappelons-lc : ceux que Montluc co i trahit à travailler au siège de Boulogne sont français.

(5) Fondation d'Hesdinfert, conseils à la princesse Maris, régente des Pays- Pan , publication de la Société des antiquaires de la Morinie , avec une introduction par M. Vihcent, de l'Académie des inscriptions, Saint-Omer, 1857, brochure de xv-34 pages, accompagnée do plans héliographiques, p. ix et x.

RENAISSANCE DE L ART

dats spécialement chaînés des travaux de terrassement , et divers chefs en faisaient grand cas pour fortifier les villes ou les assiéger, et aussi pour faire les tranchées nécessaires dans un camp; mais André de Bourdeille leur préfère dans ce but de vrais soldats, par exemple, des lansquenets, auxquels on donne quelque argent en récompense de la besogne et de la fatigue particulière qu’on leur impose ainsi (1).

§ 11. ATTAQl’E ET DÉFENSE DES PLACES.

Dans cette période de guerres civiles, les surprises sont fréquentes; ainsi Puygaillard surprend Joigny (1575) au moyen de faux prisonniers amenés dans des charrettes et en apparence garrottés ; ainsi les Espagnols surprennent Amiens (1597), en faisant entrer, et en arrêtant sous la herse du pont-levis, des chariots conduits par des soldats déguisés en paysans. Néanmoins il y a plusieurs sièges réguliers, et l’on peut en déduire les procédés du temps dans l’art d’attaquer et de défendre les places.

Les arrière-coings de Montluc appartiennent à cette époque. On sait ce dont il s'agit. Au siège de Thionville (1558), ce guerrier imagine de prolonger la tranchée à gauche et à droite, ou au moins d'un côté, et de former ainsi un retour, ou place d’armes de laquelle un poste d’une douzaine de soldats pût soutenir les travailleurs (2). « Dans cette invention, a dit M. le major Blesson, se trouve la grande idée qui

(1) Fin de» Maxime s et avis du maniement de la guerre.

(2) Voyez la brochure Biographie et maximes de Montluc, p. 25.

devait plus tard procurer à l’assiégeant une si importante supériorité (1) sur le défenseur. »

Le siège de Rouen (1562) par les catholiques nous ofTre l’exemple d’une estacade formée avec des barques chargées de sable et de cailloux, enfoncées dans la rivière et reliées par des chaînes; cette estacade terme le passage de la rivière et empêche les bateaux anglais de donner du secours à la ville (2).

L’emploi du pétard , dans la guerre de siège, remonte à nos luttes religieuses. A la prise de Cahors par Henri IV (1 580), trois portes furent ainsi, non enfoncées, mais percées et les trous obtenus agrandis à coups de hache. Les deux pétardiers disposaient de 10 soldats déterminés : un détachement de 50 hommes les appuyait à une faible distance.

Les défenseurs, à la fin de la défense, semaient sur la rampe de la brèche le plus d’obstacles possible, tables plantées de clous, herses, ferrures de toute espèce, cbaussetrapes; on vit môme, à Sancerre (1573), les catholiques chercher à s’en garantir en mettant des semelles en fer au fond de leurs souliers (4).

(1) Ta vanne» (Hémoires, année <552) signale en effet « que les assaillant* ont gagné le dessus et que la défende «les ville» est tellement affaiblie que, «an» secours, elle» ne peuvent subsister ».

(2) Oeschichle der llelagerungslirieges oder der offensiven Befesligungen ,

eine floue von Louis Blesson, Berlin, 1836, p. 183, 184. Le» science» militaire» déplorent la perte récente (1861) de M. le major LoutS Bi.esso», écrivain consciencieux et rempli de talent. L’auteur de VHiitoin de l'arl de la guerre, qui avait ou le plaisir de nouer avec lui de fugitives relations, se platt à rendre ici hommage à sa mémoire, et engage le lecteur à recourir à ses ouvrages. Ce regrettable auteur porte un nom français ; il était 61s d’un maître d’hôtel du grand Frédéric. Le commandement de la garde nationale de Berlin, en 1818, attache son nom a l’histoire contemporaine, et de la façon la plus honorable.

(3) Davila, Hist. des guerres civiles, t. l,r, p. 113.

(4) Relation du siégé de Sancerre, chap. 9.

RENAISSANCE DE L’ART

A ce dernier moment, et môme dès que l’ennemi se trouve logé sur un ouvrage, les contre-mines préparées à l’avance peuvent jouer un rôle utile, comme la voûte basse ménagée dans les fondations par Tavannes (1).

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