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PROFONDEUR

Les peuples d’Asie , avons-nous déjà vu dans notre chapitre I", avaient adopté un ordre très-profond. Les Grecs diminuèrent cet ordre, puisque la profondeur indiquée par la théorie pour la phalange montait à 16 rangs, et qu’elle se pouvait facilement dédoubler. A Marathon, les Grecs étaient, suivant le terrain, sur 8 ou 12 de profondeur. —

(1) Poi-tbe, livre xvm, fragment 1.

(2) Plutarque, Vit de Cléumine.

GRECS

Les Lacédémoniens ne se rangeaient jamais sur plus de t2, et la phalange instituée par Lycurgue n’avait que 8 rangs. On y observait si bien la discipline que cette profondeur suffisait, et que cette phalange restait supérieure à celles des autres peuples voisins (1). Au-dessous de 8 rangs, les Grecs considéraient l’ordre de bataille comme peu susceptible de résistance (2). — Les Thébains préférèrent, de tout temps, l’ordre profond. A la bataille de Cçronée (393 avant J.-C.), ils ne voulurent pas se mettre, comme les autres combattants, sur 16 de profondeur; cette profondeur leur paraissait insuffisante; à celle de Délie, ils se mirent sur 25 rangs, tandis que les Athéniens n’étaient que sur 8. Épaminondns, dont le génie sut les porter si rapidement à un haut degré de puissance, avait rendu, par des manœuvres habiles, l’ordre profond très-mobile ; à la bataille de Leuctres (372 avant J.-C.), il porta jusqu’à 50 rangs la hauteur des files de son aile gauche par laquelle il attaqua (3); ses adversaires, les Lacédémoniens, n'étaient que sur 12 rangs.

Dans l’origine, les Grecs entretinrent peu de cavalerie; ils y suppléaient par des armés à la légère ; cela se conçoit : la cavalerie est une arme coûteuse, et les Grecs étaient- pau-r vres. D'ailleurs, quelques contrées de la Grèce, l’Attique par exemple, se trouvant dénuées de pâturages, ne se prêtaient guère à l’entretien de la cavalerie. Pourtant, après la

(1) Le* Lacédémonien* pouvaient combattre sur un ordre plus mince que le* autres Grecs, parce qu'ils valaient plus individuellement.

(2) Reportez-vous h la Tactique d’AuuiHN.

(3) Pour nous ce serait attaquer en colonne.

48 HISTOIRE DE L’ART DE LA Cl' ERRE.

bataille de Platée, les Grecs, très-raallraités, quoique vainqueurs, par la cavalerie perse, décidèrent que leur cavalerie serait le onzième de l’infanterie. Nous avons vu dans le § 3 que l’effectif de la cavalerie demandé par les tacticiens atteignait le sixième de l’infanterie tant pesante que légère ; cette proportion fut rarement suivie , on se décidait suivant la nature du pays où- l’on devait combattre. Ce fut néanmoins celle adoptée par Alexandre le Grand , lors de son passage en Asie : sur 35,000 hommes, il avait 5,000 cavaliers.

Les Grecs employèrent trôis espèces de cavalerie : la cataphracte, cavalerie pesante dont ils firent un faible usage; la grecque, cavalerie moyenne; et la tàrentine, cavalerie légère, qui caracolait sûr les flancs de l’ennemi et lançait le javelot; ils utilisèrent aussi des archers à cheval.

La division élémentaire était l’ile (1), compagnie de 64 chevaux ; 4 iles formaient la tarentinarchic, 4 tarentinarchies l’ephipparchie , et 4 ephipparchies l'épigtame de 4,096 chevaux. — L’ilc prit d’abord une ordonnance sur

4 rangs ; la cavalerie instituée par Lycurgue se plaçait sur

5 rangs. Plus tard, on porta cette hauteur à 8 rangs, pour la cavalerie pesante comme pour la cavalerie légère, ce qui açeusait utfe faute : une aussi grande hauteur ne pouvant que nuire à la cavalerie légère (2). Les Thessaliens, les meilleurs cavaliers de l’Hellade, adoptèrent cette hauteur, qui donnait à l’ilc la forme carrée (3) qu’affectionnaient

(I ) L’ilo ao subdivisait quelquefois en pelotons do 32 cavaliers ; Épaminondas le fractionna encore et établit des pelotons de 1 6 cavaliers, rangés sur 4 de front et 4 de hauteur.

(2) Essai historique et militaire sur l'art de la guerre, par d'Ecrammevillk,

1789, tome I", p. 44.

(3) Quant au nombre, c’est- à- dire 8 de front sur 8 de profondeur, et non en figure géométrique, puisque le cheval est trois fois plus long que large.

GRECS

les Grecs; les Lacédémoniens seuls l’augmentèrent, mais ils s’entendirenl toujours très-mal à la cavalerie (1).

On laissait entre les escadrons des intervalles presque égaux à leur front; les Thessaliens rangeaient leurs escadrons en losange , comme le montre la figure ci -contre, dans laquelle les chefs sont indiqués par des o; les Thraces en coin , le coin étant la moitié du losange et dirigeant sa pointe vers l'ennemi ; les autres Grecs en carré ou plutôt en rectangle. Cette dernière disposition semble préférable , parce que , dans le carré , tous les chefs de file occupant le môme rang choquent ensemble ; souvent les huit rangs ne chargeaient pas simultanément, les quatre premiers se détachaient pour le choc , puis , en cas de rupture, se retiraient par les intervalles pour se rallier, tandis que les autres chargeaient à leur tour.

La théorie ne fixait pas le poste de la cavalerie, c’était l'assiette du terrain ainsi que la disposition de l’enneqii qui devaient la déterminer (2). La tarentine, à laquelle on rné-

LOSANGE THESSALtEN. ->

c c c c c c c ccccccccc ccccccccccc ccccccc cccccc OcccccccccccccO c c c.c c c c c c c c c c ccccccccccc ccccccccc c c c

(t ) Ainsi qu’à la marine et à l’art des siégea : cela tenait à ce qu'ils négligeaient la cuilure des sciences et des arts. Voyez l’Introduction du présent chapitre.

(î) Tactique d’ARRIEX.

IliSTOIRF. DE l’art DE LA G VERRE.

lait avec succès des pelotons d’armés à la légère, se plaçait en avant de la grecque ou sur les ailes.

Après la cavalerie thessalienne vient, comme cavalerie la plus renommée, celle des Étoliens, qui rendit tant de services aux Romains dans leurs guerres contre la Macédoine au commencement du u* siècle avant J.-C. (an 197). Voici, suivant Polybe (1), en quoi ces deux cavaleries différaient: « La cavalerie thessalienne est invincible lorsqu’elle se bat par escadrons, mais si elle quitte son ordonnance, on n’en peut tirer aucun service ; c’est le contraire avec les Étoliens. »

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