‹ Histoire de l'art de la guerreChapitre 55 sur 127 · CARTHAGINOIS · texte numérisé non relu

CARTHAGINOIS

Cette organisation consiste à n’avoir que peu de troupes nationales, et à tirer les trois quarts de ses armées des peuples tributaires ou auxiliaires, principalement des Lybiens pour la grosse infanterie et la grosse cavalerie, des Numides pour la cavalerie légère. Les occupations commerciales captivent la plupart des Carthaginois, et les jeunes gens de famille destinés à l’exercice du commandement surmontent seuls l'aversion générale pour le métier des armes et se font soldats. Ainsi l’inconvénient est double : pour défendre la patrie, des troupes mercenaires (1), et à la tête de ces mercenaires, par une défiance légitime, des officiers qui leur, sont étrangers (2). Et quels mercenaires encore? Des mercenaires appartenant à une foule de nations, non-seulement aux Africains, mais encore aux Espagnols, aux Gaulois, aux Grecs, aux Italiens même (3); des mercenaires sans frein, sans discipline, dont une révolte (240 à 237 avant J. -C.) faillit engloutir Carthage aux abois, que le grand Anuibal « suivit souvent tout en paraissant les conduire (4). »

Les Carthaginois avaient adopté la lactique des Grecs et rangeaient leur infanterie sur une seule ligne en phalange (5); ce fut la méthode d'Annibal dans tous ses ordres de bataille, excepté à Zama. L’infanterie romaine, groupée vf‘ en légion, était donc supérieure à l’infanterie carthaginoise;

(4) Polybe (livre i", chnp. 45), tout en blilnruit partiellement les troupes mercenaires , avance un peu témérairement a qu'elles sont plus souples, pius soumises , et que les chefs ont moins de peine à s’en rendre maîtres ».

(2) Sauf quelques exceptions , entre autres le Lacédémonien Xantippe qui battit Kégulus, l'an 256 avant J.-C., prés de Tunis.

{3) Liguriens et Campanicns.^

(4) Michelet , Histoire romaine, République, tome II, p. 27.

(6) « A l'éclat resplendissant de leurs ormes, à la lenteur, au bon ordre de leur marche, on reconnaissait que c’étaient des hommes de. pied carthaginois. » (Plutarquç, Vit de TimoUon.)

un meilleur armement , un meilleur équipement, armement et équipement tels que, une fois en Italie, Annibal se hâte de les donner h ses soldats, viennent encore augmenter cette supériorité. L’inverse a lieu pour la cavalerie : la cavalerie carthaginoise déploie, plus d’agilité , saisit mieux l’à-propos que la cavalerie romaine; elle procure plus d'une victoire, mais , comme arme secondaire , ne peut assurer une prééminence permanente. ' .

Les armées de Carthage contiennent encore des, chais de guerre armés de faulx ; cet accessoire figure parmi elles en quantité prodigieuse, puisque, lors de l'expédition d’Agathoclès en Afrique , Carthage en envoie 2,000 contre lui (1), tandis qu’ordinàirement, chez les autres nations, leur chiffre ne dépassait pas 300 (2). >

Du reste , les Carthaginois abandonnent l’usage des chars de guerre juste au moment où ils prennent celui des éléphants , c’est-à-dire à l'affermissement de la dynastie des Lagides sur le trône d'Égypte, en l’année 301 avant J.-C (3). Un les voit en posséder jusqu’à 300, casernés dans les murailles de leur ville capitale , et sur ce nombre en attacher 140 à une seule armée, en faire figurer 100 sur un même champ de bataille (4). L’emploi de ces gigantesques combattants, véritables machines animées et intelligentes, quoique dans la mêlée la fureur les rendit indociles , augmenta lés forces des Carthaginois et prolongea leur résistance ; aussi • les Romains en exigèrent de leurs ennemis le sacrifice complet dès qu’ils purent dicter la loi.

(1) L'armée carthaginoise comptait alors 40,000 hommes; c’est un char pour 20 combattants.

(2) Joly de Maizehoy, Cour» de tactique, tome ICT, p. 16.

(3) Abjsandi , Hietoire militaire de» éléphant», p. 134.

(4) A Tunis, contré Régulas. '

CABTÜAGINOIS.

Nous venons d’ipdiquer que les éléphants tenaient garnison à Carthage ; cela était possible à cause . des immenses logements contenus dans l’enceinte fortifiée de cette villé, située dans le golfe de Tunis, à l’extrémité de la petite presqu’île méditerranéenne comprise entre les caps Quamard et Carthage; cette enceinte était triple du côté du continent où la largeur de l’isthme atteint 25 stades (3, 333“ 33); elle se composait de deux murailles couvertes en avant par une ligne en terre. La première muraille, celle placée contre la ville, avait 11” de hauteur et çleux étages; l’étage inférieur renfermait des écuries pour 300 éléphants et de vastes magasins pour leurs fourrages ; l’étage supérieur offrait place pour 4,000 chevaux ; les deux étages pouvaient encore recevoir 24,000 soldats. La seconde muraille n’avait qu’une hauteur médiocre, était plus faible, et ne contenait point de parties creuses. Chacune de ces murailles se trouvait llanquée de tours à quatre étages, construites à 60” de distance l’une de l’autre et disposées en saillie (1). La ligne en terre portait des palissades et avait un fossé (2).

(1 ) DubeaU de la Malle, Recherche» »<*r la topographie de Carthage.

(2) En 1859, M. le professeur Bculé a entrepris h ses frais des fouilles à Carthage, près de l'emplacement de la chapelle Saint-Louis , et mis à nu la partie inférieure, sur un tiers environ de la hauteur, des fondations do cette ville cachée sous uh lit de cendres épais d’un mètre. Ces ruines étaient en outre remplie» de fer miche, de bronze fondu, de débris de verre, de tessons de poterie.

Voici ce que M. Beule, aujourd'hui membre de l’Académie des inscriptions, écrivait h ce sujet & ladite Académie :

e Qu’on se tigure un mur de trente et un pieds d'épuisseur, dans l’intérieur duquel un passage et des salles ont été ménagés; au sommet auraient pu passer de front, non pas deux chevaux, comme n Babylone, mais quatre chars. La face qui regarde l’ennemi est pleine, compacte pendant deux mètres; elle protège un couloir large de 1 m 90 , qui ne devait avoir qu'une hauteur d’homme et au-dessus duquel le mur reprenait une force do 3n 90 et même de 30. En comptant le rang d’assises qui séparait le! salles intérieures et le couloir, il reste encore une épaisseur Me 5m 80 dans laquelle étaient évidées des chambres demi-circulaires; leur face droite ouvrait sur le cou-

HISTOIRE DE L’AnT DE LA Gl'ERRE.

Si les Carthaginois s’entendaient à fortifier les villes, ils avaient aussi porté fort loin, leur histoire. en fait foi, l'art d’attaquer et de défendre des places; cola se comprend : peuple commerçant, industrieux, ils connurent et perfectionnèrent les machines de jet (1) et couvrantes, les diverses chicanes offensives et défensives, les retranchements protecteurs, les mille moyens en un mot de cette science du génie • militaire qui recourt à tous les secrets de l’industrie humaine. Sans cela Carthage eût-elle pu soutenir un siège de trois ans contre les Romain^ ?

Les Carthaginois usaient d’une coutume prudente, d’autant plus utile pour eux qu’ils conquéraient par mer et pour étendre leur commerce : dès qu’ils débarquaient, ils con- . struisaienl un camp fortifié. Les fortifications de ce camp consistaient-elles uniquement en parapets de terre? 11 paraitrait que non, puisque nous voyons, au siège de Gela (405 avant J.-C.), Imilcon entourer son camp d’un large fossé et d’un mur pour se mettre à l’abri des tentatives d’une armée de secoure (2).

On a dit également, ce qui se rattache à l’art de l’ingénieur militaire chez les Carthaginois j que ce peuple employait à la guerre le vinaigre pour s’ouvrir des routes, en s’appuyant sur le fameux passage où Tile-Live (3). les représente arrosant les rochers brûlants des Alpes pour les

loir et leur cintre regardait du côté de Byrsn. Cbsqné salle avait 3m 30 de •largeur; elle était séparée de la salle voisine par un mur de 1*“ 12j àont les vastes assises étaient taillées de façon A former le cintre A droite et à gauche. a f Illustration du 20 août 1859.)

(t) Ils possédaient un grand nombre do ces machines. Mnitres de Carthage, les Romains y trouvèrent 120 grandes catapultes, 281 plus petites, 23 grandes balistcs et 52 de moindres dimensions nu total 476 machines de tir et de jet.

(2) Kacslba, KriegigetcUichlt aller Volker, 4825, tome 1", p. 442.

(3) xxi ,37. *

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