GOTHS
le faire en rase campagne sur les flancs et les derrières de leurs colonnes.
Leurs enseignes représentent des animaux connus dans le pays.
Tels sont les seuls renseignements positifs que l’on puisse donner sommairement sur l’art militaire d’un peuple qui a certes le plus contribué « a débiliter l’empire d’Occident, à l’énerver, à l’exténuer (1).» Ce résultat capital, obtenu par sa vigueur et sa persévérance , fait son éloge et sa gloire.
§ 2. GOTUS.
Je n’ai point à m’occuper de l’Origine des Goths, et puis les prendre établis siir la rive gauche du Danube, vers la fin du ui* siècle de notre ère.
Alors ce peuple, à la taille élevée, à la peau blanche, à la chevelure blonde, dont le coq était le symbole, avait une infanterie meilleure que sa cavalerie, et pourtant cette infanterie, inhabile à l’emploi des flèches et autres armes de jet, ne se servait bien que de l’épée; elle portait en armes défensives un bonnet de fer et un bouclier. Ses chefs savaient à la fois , ilans une bataille , mettre de leur côté les circonstances favorables et combattre vaillamment, témoin la journée d’Àdrianople (2) (9 août 378), qui épouvanta tellement les Romains d’Orient, les vaincus, qu’ils y répondirent par un massacre général des jeunes Goths élevés dans les villes de leur domination.
Ces cruelles représailles témoignent de la terreur inspirée
(1) SlOliAlS, Etpril militaire dei Ce rmai/ie, p. 444.
(2) Andrinople, si l'on [ réfère cette f nno
par la puissance militaire des Goths. Ils se divisèrent bientôt d’une manière définitive en Ostrogoths , ou Goths d’orient, et en Wisigoths, ou Goths d’occident, et sous ces deux noms aidèrent les empereurs,' puis leurs arrachèrent des provinces où ils se fixèrent.
Les Ostrogoths, même après avoir habilement conquis la Thessalie, ce qui mettait une solution de continuité entre les possessions européennes de l’empire, restaient misérables et affamés, parce que la culture de la terre leur était antipathique ; la passion des armes était encore leur seul mobile , et lenr roi Théodoric fut obligé de les jeter sur l’Italie comme sur une proie. Pour y arriver, ils exécutèrent, pendant l’hiver dç 488 à 489 , une belle marche de 140 myriainètres , accompagnés de leurs femmes logées sur leurs chariots, où elles vaquaient aux soins domestiques. La présence de ces impedimenta leur était, comme chez presque tous les peuples barbares, doublement utile, car les femmes les excitaient, les aidaient durant le combat, et Jes chariots formaient un accessoire défensif. Maître et souverain de la péninsule italique, Théodoric lit de la concession d’une portion dos terres, la solde permanente de ses troupes en temps de paix , et emprunta pour leur formation aux usages romains. Il divisa son infanterie à la mode légionnaire et l’arma du pilitm (1); il augmenta beaucoup sa cavalerie; il institua des vétérans, vieux soldats choisis parmi les plus braves, et auxquels il accordait sur son trésor une gratification annuelle jusqu’à leur congé définitif. 11 établit à Ravenuc, sa capitale, un gymnase où l’élite de la jeunesse s’exercait aux armes çoqs sa vigilante direction. Ce grand monarque préférait les
(1) Les Ostrogoths ne paraissent pas avoir jamais été habiles à manier cette arme île jet, puisqu’on les voit appeler leur secours, contre les Francs, les Gépiiles, renommés pour leur adresse à lancer des traits.
OOTHS.
petites années, pourvues de tout cl bien disciplinées; il dut
la victoire à ce sage système. Une de ses bis, en permettant aux Gothsde tester dans les camps , montre jusqu’où s’étend sa sollicitude pour les guerriers (1).
Les Wisigoths, qui fondèrent un État puissant dans In Gaule méridionale , eurent toujours peu de cavalerie (2) , ce qui étonne, puisqu'ils habitaient en partie un pays de plaine. Leur infanterie excellait dans l’emploi de l’épieu et de l'épée, se rapprochait dans sa formation de l’ordonnance romaine cl jouissait d’iftie grande réputation. Les Wisigoths armaient et emmenaient à la guerre le dixième de leurs esclaves, qui combattaient non en corps séparé, mais mêlés avec eux : cette coutume augmentait sans danger leurs armées. Us affectaient oqcore de .porter des habits faits de peaux (3); sur le champ de bataille ils relevaient leurs morts en chantant un hymne en l’honneur des victimes de la gloire de la patrie. Us avaient la prétention de descendre du dieu Mars comme les Romains. Leur indiscipliné, leur intempérance les exposaient parfois à des surprises : leur religion produisit le même effet à la journée de Pollenliu (4U3), où.Stilicon attaqua et battit le jour de la fête de Pâques leur roi Alaric, qui ignorait probablement l'exemple donné par les Machabéos (4).
(4) Do koriiK . Histoire de Theoduric le (jrund, roi d Italie , \ 846, tome I",
p. 306, 307, 334 et 397.
(î) M. le comte DE Clonabd, dans son Historiés de las armas 3s infanlena y caballeria, ouvrage cité' dan* le chapitre prétédont, dit & la p. 276 de son tome J" : a En campagne, la force principale des Goths était leur cavajerio ; » mais il parlé des Wisigoths installés en Espagne vers la tin du v* siècle do notre ère , c’est-à-dire d’une nation déjà organisée féodalement, et dont les usages militaires appartiennent au. chapitre suivant, qui traitera du Moyesi âge avant la poudre. .
(3) Dubos . Histoire de l'e'labtissemenl de la monarchie française dans Us Gaufes, livre il, chap. 10, édit, ito-12, 4742, tomcJI,.p. 442 et 4 4 3.
(4) Voyez ci-dessus, chap. 4,r, Juifs. ., -
Ostrogoths et Wlsigoths étaient fort inhabiles dans l’art des sièges , et n’avaieot aucune idéè des machines qu’on y employait. Ne les vit-on pas devant Rome (538) faire traîner à découvert leurs tours d’attaque par dos bœufs, que plusieurs traits de la défense eurent bientôt mis hors de combat, au lieu de leur .communiquer, suivant l’usage, le mouvement par un mécanisme intérieur confié aux bras de soldats cachés? ' ’