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CHAPITRE V

peupl.es barbares.

INTRODUCTION

L’antiquité proprement dite vient de finir dans le chapitre précédent, et pourtant nous ne pouvons atteindre immédiatement au moyen âge et décrire son organisation militaire de la féodalité. Pendant que Rome impériale subsiste à peine, aux mains d’un peuple jadis si grand, aujourd’hui énervé et pratiquant un art militaire en décadence complète, pendant que la science de la guerre antique expire (nous sommes en droit de nous exprimer ainsi puisque le peuple romain avait conquis, absorbé le monde. ancien), il surgit tout d’un coup, et contre Rome même , plusieurs nations nouvelles, inconnues,, qui se ruent sur l’Italie,. sur la Gaule, sur l’Espagne, sur Constantinople , et qui partout abattent l’aigle des Césars et s’implantent sur le sol.

Ces nations, ce sont les barbares. L’épithète vient des Romains eux-mêmes ; il ne faut , pour ce motif, l’adopter que sous bénéfice d’inventaire. Assurément, les conquérants de Rome jouissaient d’une civilisation moins avancée que

HISTOIRE DE l’art DE LA GUERRE.

les Romains ; le fait est palpable et connu de ehacun de nous par le seul souvenir des éludes classiques de sa jeunesse ; mais, en revanche, ces conquérants possédaient en général plusieurs qualités périmées chez les vaincus, de ce& qualités qui 11e sentent pas trop la rudesse et la violence d’un barbare; je veux nommer, par exemple, la justice et la chasteté (1).

Les peuples barbares mettaient en œuvre ime valeur qui est restée célèbre, Celle valeur est-elle la seule cause militaire de leurs victoires, la seule cause venant de leur part? La description de leurs procédés de guerre peut seule répondre à cette question intéressante ; passons donc à celte description pour les principaux de ces peuples.

De la sorte, le présent chapitre soudera, dans notre His- ' toire de l’art de la guerre, les temps et les précédés guerriers de l’antiquité aux tempéet aux procédés guerriers du moyen âge.

§ 1". GERMAINS

Quand un Germain mourait, on ensevelissait avec lui son cheval et ses armes, afin qu’il pût arriver en guerrier dans le Walhalla, paradis où combattre et manger étaient les principaux passe-temps.

Chez ce peuple, Montesquieu l’a remarqué (2), il n’existait que deux crimes capitaux et publics: la trahison, la lâcheté;

(1) Paul Obose (vu, 32, 41) on adresse dr'-jfi le reproche & ses contemporains. . ,

(2) Esprit des lois, livre xxx, cliap. 19 L’abandon du bouclier pour sauver sa vie constituait aux yeux des Germains la lâcheté la plus déshonorante. (Voyez Tacite, hlæurs de s Germain*, 12. J

GERMAINS

on pendait l’homme coupable du premier, on noyait celui qui s’était laissé aller au second. *

Dahs la famille germaine, « l’enfant ne comptait pas encore , le veiillard ne comptait plus , la femme ne s’appartenait pas(l). » Tous trois se trouvaient sous la tutelle de celui qui était fort, qui avait la fonction de se battre, qui devait, pour son honneur, les protéger, et qu’en revanche ils soldaient (2).

Ainsi la religion, la pénalité, l'organisation de la famille montrent que les Germains étaient surtout guerriers. Cette indication se retrouve dans la plupart des particularités qui • les concernent, témoin le fait qu’ils applaudissaient au sein '< d’une assemblée en agitant leurs framées.

Ils allaient au combat en chantant; plus le chant s’élevait . puissant et sonore, plus ils espéraient la victoire; ils augmentaient son intensité en le répercutant au moyen de leur bouclier jdaeé devant leur bouché (3), et souvent même ils frappaient le bouclier de l’épée (4).

Outre la gloire, ils aimaient dans la guerre le mouvement et Faction ; en temps de paix, au contraire, ils s'engourdissaient et sacrifiaient à l’indolence, à la bonne chère, au jeu, abandonnant à leur domesticité tontes les occupations, même celles concernant les terres et les troupeaux.

Pour traiter leurs affaires privées ou publiques, ils restent en armes, mais nul ne peut porter d’armes avant d’en

(t) Muïket , La Germanie, son introduction dans la société civilisée de l'Europe occidentale. (Mémoires historiques, 1834, p. 129.)

(î) On consacrait également nnx soin» domestiques les infirme» et les esclaves.

(3) C'révier, Histoire d(s empereurs romains, 1766, in-12, tome 1 ", p. 234. „

Plutarque, Vte de Marins. Voyci Tite-I.ive, xxviu, 29.

avoir été jugé capable, et de les avoir reçues en cérémonie publique, soit d’un chef, soit de sou père, soit d’un parent; de là , plus tard , chez les nations d’origine germanique , l’usage de faire la dégradation civique en ôtant au dégradé son épée et son bouclier.

Au moment d'entrer en lutte, le plus brave de la tribu ou de plusieurs tribus, suivant le cas, est élu pour général. Sous ce chef supérieur, chacun des chefs en sous ordre rassemble autour de lui un certain nombre de compagnons qui lui sont dévoués jusqu’à la mort , et qui partagent ses repas; plus il a de compagnons, plus il est honoré, élevé en dignité, et cet honneur, cette dignité, il les perpétue, les augmente en attirant, en enchaînant auprès de lui par des libéralités qu’entretient la guerre. Chef supérieur ou chef secondaire , il guide plutôt par l’exemple que par des ordres, car il ne peut infliger un châtiment, ce privilège ap|tarlcnanl aux seuls prêtres (1); aussi chez ce peuple, assez jaloux de sa liberté pour haïr l’autorité même bornée, la discipline militaire existe à peine.

En campagne, les Germains conservent à peu près leur organisation civile; ils sont fractionnés par centaines, par dizaines et chacune de ces fractions a un chef.-

Le guerrier germain, à moitié nu, portait primitivement peu d’annes défensives. Cavalier ou fantassin , il avait un bouclier allongé , parfois rond , formé d’osier entrelacé ou de planches jointes et couvertes (le couleurs éclatantes; le bouclier du cavalier était moindre que celui du fantassin. Pour le Germain, la cuirasse, le casque, constituaient une '■%r.

(1) Tacite, Merurs des Germains , 7. — Luden ( Histoire d'Allemagne , livre m, chap. <*) «'appuie sur le dire contraire de Cl'hab (Guerre des Gaules, vi, 23) pour soumettre an doute cette assertion do Tacite.

GERMAINS

rareté , malgré les dépouilles, des Romains tués ou faits prisonniers sur les bords ou au-delà du Rhin , malgré aussi les échanges commerciaux qui' s’exécutaient déjà entre sa patrie et l’Italie.

En armes offensives , le cavalier germain possédait uniquement la framée, espèce de demi-pique légère, garnie d’unè pointe de fer courte et aiguë, qui s’utilisait de près où se dardait de loin. Le fantassin était, outre sa framée, armé de javelots qu’il lançait à de grandes distances. L’épée, la lance se montraient peu communément ; cette dernière paraîtrait avoir consisté simplement, à l’origine, en un long bâton terminé par une pointe durcie au feu (1).

L’infanterie, voilà la force principale de ce peuple, et cela tient moins à ce qu’ils ont des chevaux médiocres et sont eux-mêmes des cavaliers inexercés, comme l’avance Tacite, qu’à la nature coupée de leur pays qui permet mieux les luttes à pied , et à cette circonstance que chaque Germain s’arme à ses frais et se trouve trop pauvre pour s’armer à cheval.

Du reste, leurs fantassins devenaient au besoin hommes de cheval pour remplacer les cavaliers (nés ou mis hors de combat sur le champ de bataille; inversement, leurs cavaliers, montés à cru, savaient laisser leurs montures en arrière èt lutter à pied, cas où ils visaient surtout à tuer les chevaux de leurs adversaires (2). Il ne faut donc pas s’étonner de cette troupe mixte de l’armée d’Arioviste , dont il est question dans César (3), troupe dans laquelle il figure autant

(4)" SlGRAis , Considération» fur l'esprit militaire des Germain», 4781, p. 40 et 41. — LvdeN( Htetoire d'Allemagne, livre lll.chàp. 6.

(2) Cesak, Guerre des , Gaule»/ îv, 42.

(3) Guerre de» Gaule», i, 48. '

de fantassins que de cavalierg; chaque espèce de combattants chargeait 1* ennemi séparément, mais de-manière à se protéger et à offrir aux. plus exposés un point de ralliement; pour marcher en avant ou se retirer, les fantassins s’aidaient de la crinière des chevaux et les égalaient en vitesse, ce qui prouve de leur part une légèreté hors ligne , acquise sans doute au prix d’un long exercice. Exécuté de cette manière, le mélange des armes devient très-propre à l’escarmouche.

La formation habituelle de l’infanterie des Germains semble être en phalange, c’est-à-dire serrée et compacte, si nous en croyons un mot du premier et du plus habile adversaire que Rome leur ait envoyé (1). Suivant le même auteur, celte infanterie connaissait et employait la manœuvre de la tortue formée avec les boucliers. Tacite (2) lui prête le coin pour ordre de bataille ; c’est évidemment un ordre de bataille accidentel.

Après une action, les Germains ont grand soin de retirer leurs morts.

Les chefs de guerre de ce peuple agissent avec réflexion et ne se fient pas toujours aveuglément à la force : voyez •plutôt Ariovistc déjouant, brisant l’ardeur gauloise en restant plusieurs mois , malgré les pièges qu’on lui tend , -enfermé au milieu de marais, dans une position inexpugnable.

Ces positions fortifiées par la nature, entourées d’eaux, de bois , de montagnes , sobI les seules places fortes des Germains; ils n’ont pour se défendre à l’intérieur, pour abriter leurs villages, ni enceinte maçonnée, ni retranchement; ils ne sauraient former autour de leurs habitations qu’un pourtour de chariots, comme on les voit quelquefois

* (1 ) « Ex conaucttidine ami. • (Ckaar, Guerre de» Gaulee, I, 52.)

, (î) Maure dee GlYmaine, 6. . *

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