DU CAPITAINE LA BARRE DUPARCQ
que l’auteur appartient à l’école dont les chefs sont Jomini et l’archiduc Charles, et qui compte comme historiens : Frédéric, Napoléon, Soult et Napier, c’est-à-dire l’école moderne dont l’origine remonte au xvue siècle, avec le duc d’Albe et Alexandre Farnèse et qui , après avoir traversé alternativement diverses phases de médiocrité et de progrès au xviie siècle , s’ètre subitement élevée au xviii” avec Frédéric Il , est restée quelque temps stationnaire et a reçu une nouvelle et énergique finpulsion dans les guerres de la Révolution, à cette école enfin dont les principes ont reçu une magnifique application, en 1814, dans la campagne de France que l’archiduc Charles a tant admirée et à propos de laquelle il disait, en 1819, à l’auteur de cet article : « Si un trône de- « vait être le prix d’une campagne, c’est alors que Napoléon « aurait dû y être élevé , et pourtant il le perdit ! » Dans cette prodigieuse campagne que l’illustre historien du Consulat et de l’Empire nous explique aujourd’hui dans son xvne volume, le moteur, pour continuer notre comparaison, n’avait plus qu’une machine dont les rouages étaient usés , car la fatigue cl le découragement avaient attiédi le zèle des soldats et éteint leur enthousiasme ; ses adversaires, au contraire , dont les forces morales étaient en pleine vigueur, avaient des armées supérieures en nombre, disciplinées et exaltées; pour ceux-ci, la lutte constituait la supériorité et non le succès, tandis que le vaincu, dont le génie était presque l’unique ressource , y acquérait plus de gloire que le vainqueur. Reprenant notre rôle de bibliographe, nous pou-
vons dire que c’est dans l’œuvre encore inédite du savant auteur sur l’art et la science de la guerre avant l’invention de la poudre qu’est expliqué ce que Gibbon disait de Charlemagne : « L’art de la guerre compromis parla guerre « elle-même renaît avec les arts de la paix. » 11 nous montre,
DES TRAVAUX
en cfTel, que dans la civilisation antique les arts de la paix et ceux de la guerre occupent le môme degré à l’échelle des connaissances humaines et disparaissent également lors de l’invasion des barbares ; puis il suit de nouveau leurs progrès lents, il est vrai, mais sensibles cependant, à travers la deuxième période du moyen fige, jusqu’à l’époque où l’intelligence semble sortir d’une longue léthargie et va bientôt trouver dans la renaissance de toutes les sciences l’emploi de ses facultés. Mais où ce point de vue est sans doute le [dus lumineusement exposé , c’est dans le mémoire récompensé par l’Académie des sciences morales, sur la question par elle mise au concours, des diverses modifications qu'a subies, en France, l’organisation de la force publique et de leur influence sur l’unité nationale, ou plus exactement sur l’ordre social tout entier, car l’unité ou la décomposition des États sont des effets de la diversité des mœurs et des coutumes; or celles-ci, naissant de besoins à satisfaire, ne peuvent pas avoir la môme forme si les besoins sont différents. L’appréciation de ce travail , au point de vue philosophique, par des juges compétents, prouvera à l’auteur, ce dont sa modestie lui faisait douter, qu’il peut sans crainte aborder ces hautes questions ; c’est dans le rapport qui , en séance publique, doit en justifier le mérite, qu’on trouvera le complément de cette analyse imparfaite et sa justification, c’està-dire que l’auteur, dans ses nombreux écrits, a voulu codifier tout ce qui concerne la science de la guerre et calculer l’influence des grands hommes sur les destinées du monde.
En terminant cet article bibliographique nous ne pouvons taire les impressions que nous laisse cette vie d’étude et de réflexions, toute vouée à l’accomplissement d’un grand devoir qui est de préparer une génération à faire avec joie le sacrifice do sa volonté et de son existence au profit de la