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ARTILLERIE

Le tir de l’artillerie s’améliorait, et l’on se servait déjà pour viser avec les pièces du secours d’un fil à plomb placé dans le prolongement de l’axe (2).

Henri II continua la réforme des calibres commencée par son père, et n’en conserva plus que 6 (au lieu de 8), variant de 33 livres à 1 livre. On tendait à une forme commune pour toutes les pièces, de façon à pouvoir y employer les mêmes

(1) xvm' discours, 1er paradoxe, p 311 de l'édition de 1597.

(2) l'rahcu di arliglieria, par Eugonio Gentimni, Venise, 1641 , feuillet 95, au recto.

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boulets et les mêmes roues , simplification fort utile dans la pratique. L’incrustation d’un grain de lumière en fer date aussi du règne de Henri II (1). Depuis le matériel de l’artillerie française varia peu, jusqu’à Louis XIV (2), ce qui s’explique, car les temps de trouble sont peu propices aux progrès industriels, et il faut de ces progrès pour l’amélioration des bouches à feu ; mais l’emploi de cette arme passa par diverses alternatives que nous devons signaler.

Avant les guerres de religion, on voit sous Henri II cet emploi assez restreint pour la guerre en rase campagne. Au combat de Renty (1554), les Espagnols font paraître 4 petites pièces montées sur avant-train, tirées par 2 chevaux et manœuvrant aux allures les plus vives ; ces pièces demeurent entre les mains des Français. Le connétable de Montmorency, dans la journée de Saint-Quentin (1557), place toutes ses pièces en avant quand il est contraint à la retraite, au lieu d’employer les plus légères à l’arrière-garde. L’année suivante, à la bataille de Gravelines, notre front contient 8 coulevrines et 3 fauconneaux, mais l’attaque a lieu de front, et ces pièces mal placées font moins d’effet que les navires anglais qui peuvent assaillir nos troupes d’écharpe. Le règne de Henri III offre diverses alternatives. A la bataille de Dreux (1562), le duc de Guise tire meilleur parti de son artillerie que ses adversaires et remporte la victoire. Au combat de Saint-Denis (1567), le dessus reste à ceux qui disposent du

(4) Relations des ambassadeurs vénitiens, publiées par M. Tommaseo, dans les Documents inédits sur l'histoire de France, 4838, t. Ier, p. 477. 478. Le passage relatif u nu dé de fer incrusté dans la lumière de la pièce ■> est d'autant plus curieux que les livres les plus modernes sur l’artillerie ne font pas remonter l’invention du grain de lumière avant 4600; or, la Relation invoquée, celle de Michel Suriann, date de 4561 , et le passage cité, sans parler d’un graiu visse dans un tarnudage pratiqué dans le bronze, est cependant formel.

(î) Études sur l'artillerie, t. I*r, p. 203, 265.

moindre nombre de troupes et de canons, ce qui indique plus d’arrangement tactique que d’habileté à se servir de l’artillerie ; à Moncontour, l'artillerie des catholiques prend de flanc l’infanterie des protestants dès qu’elle parait, et l’oblige à se coucher par terre afin de moins souffrir des projectiles (1). Néanmoins, elle ne jouit pas encore d’une assez grande mobilité quand elle poursuit sa victoire, en se retournant presque pour tirer quelques coups sur la masse de cavalerie ennemie (2) qui se retire. Henri de Bourbon , depuis Henri IV, regagne la supériorité en faveur du parti protestant ; l’un de ses moyens consiste dans un plus judicieux emploi de l’artillerie. Ainsi , à Coutras (1587), il place ses canons sur une éminence, obtient ainsi un tir dominant, et cause les plus grands ravages chez ses adversaires dont les coups viennent maladroitement se ficher en terre. Dans la journée d’Arques, il utilise l’artillerie du château (3) dès que le brouillard se dissipe, et fait un feu devant lequel l’ennemi ne peut tenir. A Ivry (1590), il exécute neuf décharges avant que son adversaire , qui tire trop bas, n’en ait effectué une. Malgré ses 20 canons [ce chiffre seul indique les progrès de sa puissance (4)], il ne peut paralyser les efforts de l’artillerie du duc de Parme à Caudebec, et les Espagnols repassent la Seine presque intacts ; mais il prend une revanche sous les murs d’Amiens (1597), en attendant, près de Long-Pré, les

(I ) Guerres civiles, par Dàyila, livre v.

(S) 4,000 chevaux.

(3) Elle ne comptait que 4 canons. Henri IV, à la mort de Henri III, n’avait pu retenir à sa sotdo que 12,000 soldats et 8 bouches i\ feu.

(4) De Henri II à Henri IV, l'artillerie s'atténua comme importance, et le nombre des canons figurant sur les champs de bataille devint minime, surtout en comparaison des 140 pièces emmenées par Charles VIII dans son expédition de Naplos : Sully, devenu grand maître de l’artillerie, releva cette arme.

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Espagnols et en les eanonnant à 400 mètres de distance, ce qui les débusqne de positions avantageuses et les empêche de ravitailler la place.

On ne garnissait pas les villes fortes d’un grand nombre de bouches à feu ; en Espagne, vers 1550, le chiffre maximum par place parait avoir été de 36 , puis de 56 quand on en eut fait venir d’Allemagne et de Flandre (1).

Si l’artillerie et surtout son emploi dans les batailles (on ne peut dire encore sa lactique, tant peu elle se mouvait) progressent dans cette période, il est une autre amélioration parallèle à signaler : nous voulons dire l’accroissement du nombre des armes h feu portatives. Cet accroissement, caractère des guerres de religion et qui s’accorde bien avec la puissance alors ardemment désirée des petites troupes, des détachements, se produit dans la cavalerie comme dans l’infanterie (2).

Dans la cavalerie, ce sont les rettres ou pistoliers qui attirent le plus l’attention : ces soldats allemands ont tous deux pistolets, pouvant tirer chacun 6 à 7 coups (3), et ils en font usage presque à bout portant, trouvant ainsi moyen de tuer les gendarmes malgré leur cuirasse (4).

Dans l’infanterie, les arquebusiers gagnent toujours en nombre. Eux aussi tirent de près : au combat de Saint-Denis, à 50 pas seulement, étant postés sur les flancs; mais la

(1) Conlinuacion del informe tobre lot adelantot de la comicion de hitloria en el archiva de Simancas, par la colonel don José Atarici T Garcia, Madrid, 1849, p. 111.

(2) Une des preuves, c’ost qne les auteurs du temps ont soin do dire : a Varefvtbvterie à pied » ou les « compagnie t d' arque but 1er t à cheval. »

(3) La Noük, discours xvm.

(4) A vingt pas le pistolet ne vaut plus rien : tout l’avantage résidait dons son feu à quatre pas. Cet avautage est tel que la Noub n’hésite pas A proclamer qu'un escadron de retires doit battre un escadron de lances.

moindre pluie paralyse leur action en éteignant leurs mèches, comme cela arrive, en 1569, à l’artillerie protestante au combat de la Roche-Abeille. Malgré cet inconvénient, l’effet de ces arquebusiers reste tel que, pour une colonne obligée à une grande mobilité, dans le but d’échapper à une poursuite, comme ce fut le cas souvent durant les guerres civiles, ils sont préférables et moins compromettants que des canons. On savait d’ailleurs, dans une bataille, les placer de manière à leur procurer l’avantage, et ils pouvaient couvrir un passage de rivière.

11 y a aussi des mousquetaires qui escarmouchent en dehors de l’ordonnance régulière : les piquiers ne forment plus qu’un noyau résistant.

En Angleterre, où la population résiste ü l’entretien d’une armée , où l’on décide que le peu de troupes sur pied ne sera jamais autorisé que pour un an par le pouvoir législatif, il n’existe pas d’armée permanente , et cette puissance fonde sa liberté en perdant le rang de puissance militaire telle qu’elle l’avait tenu au temps du roi Édouard III (1) et de son fils le Prince Noir. Mais, dans cette période, qui comprend la seconde moitié du xvi* siècle et le premier dixième du xvh* siècle , chacune des autres puissances européennes possède une armée constamment sur pied.

Sans les guerres de religion qui assombrirent ce temps de notre histoire , cette armée eût accompli en France de ra-

(1) De la dynastie normande.

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pides progrès. Ne les regrettons pas trop, puisqu’ils se réalisèrent plus tard et avec des soldats, des officiers d’un caractère plus énergiquement trempé par les dures nécessités de ces années d’épreuve nationale.

Au lieu de s'améliorer, l’année française rétrograda plutôt par rapport à ce qu’elle était sous Louis XII , François I"r et Henri II. Les éléments s’en désorganisèrent, s’en amoindrirent, et cela dès Charles IX (1), mais non le combattant pris isolément , mais non plus la tactique et la stratégie. Ce fait, bien constaté, tient aux bons généraux qui surgirent, comme cela se produit presque toujours dans les temps de trouble, et aussi à ce que, si mince d’effectif que fût devenue cette armée, on la tenait néanmoins dans un exercice continuel (2).

Après les luttes de François I" et de Charles- Quint, l’effectif des armées diminue, et l’on ne rencontre guère , comme àMarignan, d’armée active au-dessus de 30,000 hommes. En 1331, Henri II passe cependant en revue, sous les murs de Metz, une année de 32,000 fantassins, 1,000 gendarmes avec leurs suite d’archers, et 3,200 cavaliers légers. En 1354, le maréchal de Brissac marche sur Ivrée pour l’assiéger avec 17,000 fantassins, 1,200 chevaux , 12 canons et 4 coulevrines; son infanterie comprend 7,000 Français, 4,000 Suisses, 3,000 Allemands et 3,000 Italiens (3).

(1) Dès 1563, la troisième année du règne de ce monarque, l’ambassadeur «énitien Barliaro exprime qu’il faudrait pour la Frauce « mettre un peu plut d'ordre dans ses armées ».

(î) Helaliont du ambassade uri vénitien t, dans les Documents in édile sur l'histoire de France , 1 838 , t. II , p. 611 ; Relation de Jerome Lippomano, année 1577.

(3) Mémoires de Boy r in du Villart, in-4°, 4606, p. 306.

La force des années belligérantes pendant les guerres de religion ne fut jamais considérable; la nature de la guerre, qui consistait en escarmouches, en prises et reprises de postes, ne l’exigeait pas et la désunion générale ne le permettait plus.

A la bataille de Dreux (1562), l’armée royale compte

15.000 fantassins, 2,000 chevaux, 22 canons (1); l’armée protestante se compose de 7,000 hommes de pied, 4,500 chevaux et 7 canons.

Au combat de Saint-Denis (1567), le connétable de Montmorency commande à 16,000 fantassins et 2,000 cavaliers, secondés par un assez grand nombre de canons; tandis que ses adversaires disposent seulement de 2,000 arquebusiers,

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