‹ Histoire de l'art de la verrerie dans l'antiquitéChapitre 16 sur 30 · TOO A · texte numérisé non relu

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HISTOIRE DE L'ART DE LA VERRERIE DANS L'ANTIQUITÉ, 91 faire glisser et de ramener en place à volonté le miroir, la glace de la boutique de son pére, au moyen d'un contre-poids et de poulies cachées dans une rainure de bois.

Cette glace devait être placée contre ou dans la muraille : nos mécaniciens, qui font jouer ainsi des glaces, n'ont rien inventé,

Un vieux libertin de Rome, au temps d’Auguste, avait fait faire pour sa salle de bains, vérituble salle de débauche, des miroirs grossissants qui lui permettaient, à sa grande satisfaction, de voir sous un aspect amplifié dans la proportion du doigt au bras, toutes les nudités et tout ce qui s'y passait!.

Les verriers romains savaient combiner l'effet des miroirs, de façon à faire voir les objets en travers, à les multiplier, à les grossir extraordinairement ou à les rapetisser. C'est encore Sénèque qui nous l’apprend * :

Sénèque ne dit pas positivement si ces miroirs étaient de verre, mais tout porte à le croire : le verre élamé se prêtait bien mieux à ces divers effets que le métal.

On regarde comme une curiosité et comme une invention de nos jours ces lentilles de verre à facettes, répétant, multipliant un objet. I y a dix-huit cents ans qu'on en faisait autant à Rome. Sénèque va nous le dire :

« Il est de certains miroirs, d'un grand nombre de menues facettes, devant lesquels, si vous placez un seul homme, il apparait un peuple de cette même figure répétée sur toutes les facettes?. »

Ces miroirs à facettes étaient mentionnés plus anciennement encore par le poëte Lucrèce (laluscula speculorum).

Aucun des quelques auteurs de l'antiquité parvenus jusqu'à nous, qui se sont occupés de la question des miroirs, ne nous a fait connaître d’une manière particulière le procédé usité pour communiquer au verre la propriété de recevoir et de refléter les images.

Les anciens se servaient-ils comme nous, pour la lui donner, de l'application de feuilles d'étain à l’aide du mercure? Pline lui-même, qui a consacré, dans son ouvrage sur l'histoire uaturelle, un chapitre à l'étain ainsi qu'au mercure (argentum vivum), n'en parle point.

« L'étain », dit-il, en mentionnant l’étamage des métaux sans entrer dans les détails de l'opération, « leur procure une saveur plus agréable et arrête la décomposition de la rouille sans augmenter sensiblement leur poids. »

1 a Fecit specula imagines longè majores reddenlia, quibus digitue brachii mensuram ct longitudine et crassitudine » excederct. Hæc autem ita disponebat ut quûm verum pateretur adversus omnes admissarii molus in speculo videret, » ac deindé falsi magnitudine ipsius membri lanquäm vero gauderet. » (Naturæ quæstiones, lib. I, c. cxvi.)

2 « Sunt specula quæ faciem prospicientium obliquent. Suot quæ in infioitum augeant, et humaoum habitum excedant » modumque nos{rorum Ccorporum.

» Alicujus est speculi invicem talis est ut minuat. » (Naturæ quæstiones, lib. 1 )

3 « Sunt quædam specula ex multis minutis quæ (particulis) composita quibus si unum ostenderis hominem, populus » apparet unaquaque parle faciem suam exprimente. » (Naturæ questiones, lib. 1, c. v.)

4 « Stannum illisum æneis vasis saporem gratiorem facit et compescit virus ærugiuis mirumque pondus non augel. »

Ailleurs il nous apprend qu'on se servait du mereure pour la dorure du bronze :

«Es inaurari argento vivo aut certè hydrargyro legitum erat. »

Les anciens avaient-ils appliqué le même procédé aux miroirs de verre ? Aristote le donne à entendre : «Si les métaux, ditil, doivent être polis pour servir de miroirs, le verre et le

cristal ont besoin d'une feuille de métal pour rendre l'image de l'objet qu'on leur présente ».

ExsrRuMENTs D'oPriQuE. — De la question des miroirs nous sommes conduit à nous demander si Les anciens ont fait usage du verre pour apercevoir de loin les objets où pour les grossir, à la façon de nos instruments d'optique modernes, lorgnettes, longuevues, télescopes, loupes.

Cette question est restée jusqu'à ce jour extrêmement incertaine.

On ne saurait douter que les anciens n'aient eonnu les effets de la taille des matières translucides pour aider la vue. Pline, notre guide habituel, nous l'apprend :

« Lidem, dit-il, plerumque el concavi ut visum colligant. »

ILexiste, dans plusieurs cabinets, des pierres gravées antiques, dont les figures sont tellement fines et délicates, qu'il est impossible qu'elles aient été exécutées à l'œil nu. L'artiste a dû, de toute nécessité, se servir de verres grossissants.

Quelques-unes de ces pierres portent des noms qui sont en caractères si fins, si petits, que l'œil le plus exercé ne peut les déchiffrer. Il faut un verre grossissant, une loupe, pour les lire ; à plus forte raison en at-il fallu une pour les graver.

Pline raconte que Néron regardait les combats de gladiateurs à travers une émeraude : « Nero princeps gladiatorum pugnas spectabat smaragdo. »

Quel qu'ait été le motif qui ait fait adopter de préférence à Néron l’'émeraude, soit dans le but de ménager sa vue, qui était faible, au dire de Suétone (oculis hebetoribus), les combats de gladiateurs se livrant ordinairement en plein midi, sous un ciel ardent", soit qu'il jugeàt le verre une matière trop commune et indigne de lui, toujours est-il qu'il se servait, pour mieux voir et voir de loin, d'une pierre translucide qui avait dù être taillée en conséquence, et montée sous forme d'oculaire dans un tube, ou garnie d’un encadrement quelconque ayant quelque chose d’analogue*.

Si tel est l'emploi que Néron faisait de l'émeraude en plein eirque, aux yeux de tous, il est difficile d'admettre que parmi tant de spectateurs, un assez bon nombre, surtout de ceux qui approchaient le prince, consulaires, sénateurs, chevaliers, eourtisans, n'aient point utilisé, à son exemple, pour le même usage, telle ou telle pierre translucide, le cristal ou même le verre.

Au surplus, ils auraient été devancés, ainsi que Néron lui-même, si l'on interprétait dans son sens le plus direct et le plus naturel le passage suivant de Plante, où il fait dire à une jeune fille, en parlant d'un homme qui là courtise :

1 & Non alix gratior oculorum refeetio est ila viridi lenilate lassitudinem mulcent. » (PLINE.) > À l'appui de celte supposilion, rappelons que Strabon dit qu'à travers un tube l'objet parait plus grand.

« Mater mea pompam spectatum ducit. Düm redeo domum, conspicillo consecutus est » clanculüm me usque ad foris". »

« Ma mère me conduisit à la pompe du cirque. Comme je reprenaisle chemin de la maison, » il me suivit, comme à la dérobée, avec sa lorgnette, jusqu’à ce que je fusse dehors, »

Quelques latinistes, Noël entre autres dans son Dictionnaire français-latin, ont attaché le même sens que nous au mot conspicillum, qui n’est connu que par Plaute. Plusieurs autres latinistes le traduisent par un réduit, une cachette, une niche.

Si l'amoureux de la jeune fille eût été caché, enfermé dans un réduit quelconque (ce qui était difficile dans un lieu public et découvert comme étaient les cirques à Rome), comment la jeune fille eût-elle pu le voir et suivre et décrire ses mouvements?

Tout s'entend, tout s'explique parfaitement, si l’on donne au mot conspicillum le sens que nous y avons attaché ?, :

L'évidence serait complète, si l’on devait accepter la citation suivante d'un autre fragment de Plaute, que l'on trouve dans quelques dictionnaires :

Vitrum cedo : necesse est Conspicillo uti.

Quoi qu'il en soit, s’il avait pu rester quelque doute dans notre esprit sur la signification du mot, il eût été levé par la découverte si intéressante faite, il y a quelques années, dans un tombeau de la nécropole de Bérénice en Cyrénaïque. On trouva dans ce tombeau un petit disque de verre blanc le plus pur, de 8 centimètres de diamètre, taillé en plan convexe, véritable objectif d'un instrument d'optique à la façon de nos longuevues, qui a été jugé tel par les praticiens les plus habiles et comme réunissant toutes les conditions eten même temps toute la perfection désirables *.

Ajoutons que des disques semblables ont été trouvés à Pompéi.

Hipparque, le plus grand astronome de l'antiquité, avait cherché et inventé plusieurs instruments pour l'étude des astres, qu'il poussa si loin, que non-seulement il conquit l'admiration de ses contemporains, mais que les modernes eux-mêmes ont rendu hommage à son génie.

1 PLauTe, Fragmenta.

? Ce conspicillum serait-il sorti des mains d'un de ces ouvriers qu'une inscriplion anlique, découverte à Rome, qualifie

de faber ocularius, à moins qu'on ne voulût voir en lui un de ces artistes qui fabriquaient des yeux posliches pour les statues, Voici cetle inscription :

DIIS MANIBVS L. LICINIO . L. F. STATORIANO C. LICINIVS . L, L, PATROCLVS FABER OCVLARIVS FRAT. CARISS. F.

(GAUTER, p. DCXI.v.)

? Nous tenons ces détails de M. Riocreux, le savant conservateur du musée de la manufacture de Sèvres, où ce petit disque est conservé sous le n° 4170, et où nous avons pu le voir.

Les termes dont se sert Pline le Naturaliste en parlant des découvertes dues à ces instruments, donneraient à supposer qu'ils ne se bornaient pas au diope et à l'astrolabe, qu'on range parmi les inventions d'Hipparque, et qu'il était allé plus loin.

«Hipparque, dit Pline, qu'on ne louer: jamais assez, osa, ce qui eût été difficile à un dieu même, dresser le dénombrement des étoiles, et, au moyen d'instruments inventés par lui (organis excogilalis), put, ce qui lui devenait facile, discerner et indiquer la forme des astres, leur grandeur, leur distance, leurs phases, leurs mouvements dans l'espace *. »

Parlerait-on autrement d'un astronome armé d'un de nos instruments d'optique modernes ?

Hipparque s'est-il servi du verre pour ses découvertes? Le verre entrait-il dans la compo- +) P

silion des instruments qu'il avait inventés ? Peut-on s'autoriser de la découverte du tombeau

de la Cyrénaïque et de celle de Pompéi pour le supposer? L'antiquité est restée muette. On est réduit à des conjectures.

Démocrite avait reconnu que la voie lactée était un assemblage d'innombrables étoiles. A-{-il pu s'en assurer à l'œil nu ?

Si ces astronomes ont fait usage du verre, il est certain qu'ils n’ont pas poussé l'invention à ses dernières limites ; qu'ils n'ont pas eu à leur disposition des instruments de la grandeur et de la puissance de nos télescopes modernes. S'il en eût été ainsi, l'antiquité n'eût point manqué, dans son enthousiasme, de nous en instruire. Elle s’est tue.

On ne saurait douter, toutefois, que les anciens n'aient entrevu le parti qu'on peut ürer du verre pour aider la vue et pour en augmenter la portée, et qu'ils n'en aient fait quelques applications : nous croyons l'avoir démontré.

IL est reconnu que Ptolémée, qui avait marché sur les traces d’Hipparque et qui l'avait commenté, s'était servi du verre pour ses observations. L'illustre Delambre se plaisait à reconnaitre l'extrême exactitude des tables de la réfraction de la lumière à son entrée dans l'eau et dans le verre données par cet astronome.

Elait-ce un instrument du genre de nos télescopes, où un simple miroir de verre réflecteur (oitreum speculum), ainsi que le dit Benjamin de Tudèle, qu'on avait placé au sommet du phare d'Alexandrie, et qui permettait de distinguer et de reconnaitre à une grande distance les vaisseaux qui se dirigeaient vers la terre d'Egypte ?? On n'est point d'accord à cet égard : il est permis de se demander ce qu'un simple miroir pouvait ajouter de force à la

portée de la vue; tout plaide pour une longuevue.

Vurnes. — Descendant de ces hauteurs, et ramenant l’art de la verrerie aux usages domes-

tiques, examinons la question de savoir si les anciens ont appliqué le verre à l'éclairage des

1 Lib. I, €. xxvI.

® «In eujus fastigio vitreum fecit speculum ita ut naves omnes que illam e Grœcià vel Occidente oppugnalum ac læsum \ veniebant ubi diebus quinquagiala hine abessent, ex hoc speculo indigenæ conspicerent, et hoc pacto sibi ab illis » caverent,. »

fenêtres. Un assez grand nombre de ceux, parmi les modernes, qui l'ont traitée se sont prononcés pour la négative. Qu'il nous soit permis de l'aborder à notre our : c'est par là que nous terminerons la revue que nous nous sommes proposé de passer de l'histoire de Part de la verrerie dans l'antiquité. Si l’on devait embrasser le iv° siècle dans cette période, si l'on devait étendre jusque-là le cercle que nous nous sommes tracé, la question se trouverait résolue en quelques mots. Il nous suffirait pour cela de faire un appel à saint Augustin et à saint Jérôme, qui florissaient dans la seconde moitié du 1v° siècle,

Saint Augustin, décrivant les fenêtres qui étaient garnies d'un simple treillis de bois, parle, par comparaison, de celles qui étaient éclairées au moyen de la pierre spéculaire, où du verre : « Fenestræ crant factæ in modum retis, utnon speculari lapide, nec vitro, sed lignis » vermiculatis clauderentur !. »

Saint Jérôme est plus précis encore : « Les fenêtres, dit-il, qui étaient closes par du verre fondu en lames minces. » — « Fenestræ quæ vitro in tenues laminas fuso obductæ erant, » H est impossible d'être plus explicite.

Nous pourrions remonter même plus haut que saint Augustin et saint Jérôme.

Lactance, qui vivait sous Dioclétien, vers la fin du mr siècle, disait, en parlant du sens

de la vue : «Ce sens perçoit les objets à travers les membranes de l'œil, semblables à ces

fenêtres garnies de verre ou de pierre spéculaire, » — «Per eas membranas sensus ille » ea quæ sunt foris transpicit. — Per oculos ea quæ sunt opposita trauspicit quasi per

» fenestras vitro aut speculari lapide obductas ?. »

Voudrait-on nous ramener et nous circonscrire aux temps du Haut-Empire ? Soit, plaçonsnous sur ce terrain.

On à vu ci-dessus que les Romains, dès le temps de Sylla, garnissaient de plaques de verre les murailles de leurs théâtres,

Is s’en servirent, bientôt après, comme üGallage; puis, du pavé des appartements, ils les firent passer et les transportèrent aux plafonds et aux voûtes : |

« Pulsa deinde ex humo pavimenta, in cameras transiere à vitre. »

Pline, auquel nous devons ce renseignement, ne doutait pas que si cette invention eût été connue au temps d'Agrippa, il n'eût fait exécuter en verre les plafonds des salles de ses thermes : «Non dubiè vitreas facturus cameras si priûs id inventum fuisset. »

L'invention n'avait point tardé à se répandre. Sénèque disait que, de son temps, à Rome, on passait pour pauvre et pour intéressé, si l'on n'avait pas ses plafonds garnis de verre : « Pauper sibi videtur ac sordidus nisi vitro absconditur camera *.» Pour que cet usage fût devenu presque général à cette époque, il fallait qu'il datät déjà de quelque temps.

1 De verbis Domini, sermo V, cap. 11.

? De opificio Dei.

3 Lettre Lxxxvi®, à Lucilius.

Nous lisons dans Stace, qui écrivait sous Domitien :

« Les plafonds de l'appartement brillent de verre à divers reflets. Un grand jour pénètre à pleins rayons dans ces combles. »

Effulgent cameræ vario fasligia vitro.

Multus ubique dies radiis ubi eulmina totis Perforat !.

Ainsi, sous le Haut-Empire, au 1" siècle, on avait appliqué le verre à la décoration et à l'éclairage des plafonds des appartements. De là, à le porter aux ouvertures, à l'utiliser sous forme de vitres, il n’y avait qu'un pas. Fut-il franchi immédiatement ?

Laissant de côté Juvénal et Pline le Jeune, décrivant, l’un une litière ?, l’autre des galeries de sa maison du Laurentin® munies de vitraux (specularibus muniuntur), car on pourrait nous objecter qu'en se servant du mot specularibus, ils ont entendu parler de la pierre spéculaire ; afin d'éviter toute équivoque, dans le doute, passons des textes et des témoionages écrits aux faits matériels ; ce qui, en archéologie, comme en toute autre science, est le procédé le plus sûr et le plus certain.

IL existe au musée de Naples des plaques de verre absolument semblables à nos vitres modernes, si ce n'est que le verre en est un peu plus épais. Elles ont été apportées d'Herculanum, où elles garnissaient une fenêtre de la salle de bain de la maison dite de Diomède. Elles étaient au nombre de neuf, placées sur trois rangs. Sept étaient encore entières lors de la découverte.

La collection Campana a cédé au musée Napoléon III, au Louvre, une petite vitre du même genre, légèrement colorée (PL. CXIT, a), mesurant 25 centimètres de haut et 19 de large sur 4 ou 5 millimètres d'épaisseur. Il est à remarquer que deux de ses côtés, en d et f, sont lisses, tels qu'ils sont sortis du coulage, tandis que les deux autres, en c et e, ont été éraillés avec une pince, afin sans doute de ramener la vitre à la dimension nécessaire pour entrer dans l’encadrement de la fenêtre à laquelle elle était destinée.

De nos jours, en 1824, M. de Lagrange, visitant les ruines de Pompéi, trouva encore en place, enchâssé dans une bordure de bronze, un panneau de verre de 4 millimètres d'épaisseur, qui garnissait la devanture d’une petite boutique et qui servait à la clore et à l’éclairer *.

in 1831, les fouilles exécutées dans la même ville * mirent à découvert une habitation dont une des ouvertures était garnie de vitres ayant 30 centimètres de largeur sur

36 1/4 de hauteur. (PL. CXII, 8.)

1 Sylveæ, lib. [, ce. v.

Est ratio ulterior, magnæ si misit amicæ Quæ vehitur elauso latis specularibus antro.

3 «.…. egregium bhæ adversus tempestates receptaculum nam specularibus muniuntur. » 4 Bulletin archéologique, 1847, &. IV, n° 4.

5 Real museo Borbonico, t, VIIT.

L'attention de l'Académie des sciences de Paris était appelée, dans sa séance du 5 mai 1862, sur de grandes plaques de verre coulées, découvertes à Herculanum, n'ayant pas moins de 70 centimètres de haut sur 40 de large. I fut constaté que leur composition était

identique avec celle de nos vitres modernes. En voici le tableau comparatif :

Vitres antiques Vitres modernes.

MIS crivaserc 69 68 DOTE rare 17 17 CHAUX... 7 9 Alumine .. $ É) l Oxyde de fer. .... 1 »

Ces faits disent plus que toutes les citations que nous pourrions faire.

Tout le monde sait que c’est sous le règne de Titus que Pompéi et Herculanum furent ensevelis sous les cendres et les laves du Vésuve.

Ainsi, au temps du Haut-Empire, le verre était employé, sous Titus, à l'éclairage des fenêtres.

Mais il est possible de remonter plus haut. De Titus reportons-nous à Caligula : nous allons nous trouver à quarante années en decà.

Philon, faisant le récit de son entrevue avec Caligula, auprès duquel il avait été envoyé en ambassade par les Juifs d'Alexandrie, raconte que Caligula, impatienté, au lieu de lécouter, courait çà et là, donnant des ordres pour les changements et les améliorations à faire dans les appartements qu'il traversait. C'est ainsi qu'arrivé à une grande salle, il preserivit, dit Philon, qu’on en garnit toutes les fenêtres de verre blanc (vitro candido), que Philon a bien soin de distinguer de la pierre spéculaire, tout en les comparant ".

La question des vitres aux fenêtres ne se trouve-t-elle pas décidément tranchée.

Elle l'eût été plus tôt encore et dès Le temps de Jules César, si l’on admet que le poëte Lucrèce, qui écrivait à cette époque, ait entendu faire allusion au vitrage des fenêtres, dans ce passage de son poëme De rerum nalurd, où il ditque « la voix, lorsque nous parlons dans une pièce close, passe sans difficulté au dehors, tandis que la vue s'arrête comme inter rompue, à moins de se trouver en contact direct avec des pores, tels que ceux du verre, qui lui livrent un libre passage *. »

1 « Inspectans aulas, mandans quid mutari vellet meliùs..…., cursu se in magnam aulam proripuit, obambulansque » jussit cireumquaque fenestras claudi vilro candido, simili specularibus lapidibus quibus lux admittitur, ventus et sol » excluditur. » (Liber de legatione ad Caium.)

2 Quüm loquimur clausis foribus, quod sæpe videmus Nimirum quia vox per flexa foramina rerum incolumis transire potest; simulacra renutant, Perscinduntur enim, nisi recta foramina tranant : Qualia sunt vitri, species que travolat omnis.

(Lib. IV, v. 602-606.)

C’est ce que le poëte appelle aïlleurs « voyager à travers le verre », vitro meare.

Les anciens avaient cherché à expliquer ce voyage, cette transmission de la lumière à travers les pores du verre.

Aristote avait soulevé la question de savoir pourquoi le verre n'était pas flexible, sans pouvoir y répondre. Il s'était encore demandé pourquoi la lumière traversait le verre d'une lanterne : « C'est, disait-il, parce que ce qui a les pores les plus menus passe au travers de ce qui a les pores les plus larges.» Les physiciens modernes ne manqueront pas de dire qu'il

eût aussi bien fait de garder, comme la première fois, le silence.

Résuué. — Nous résumant en quelques mots, nous rappellerons au lecteur que, conformément au plan que nous nous étions tracé et que nous nous sommes efforcé de suivre religieusement, nous avons passé en revue, à partir des temps les plus reculés jusqu'à la chute de l'empire romain, l’art de la verrerie, dans toutes ses branches, dans toutes ses transformations, dans tous ses usages, tant publics que particuliers. Nous l’avons montré successivement chez les différents peuples : en Asie, en Égypte, en Grèce, en Italie, dans les Gaules, dans tous les lieux enfin où il a laissé d’éclatantes marques de son passage.

Ne nous bornant point aux détails dans lesquels nous sommes entré, nous avons mis sous les yeux du lecteur l’image des nombreuses verreries que nous nous sommes fait un devoir de signaler, nous souvenant de cet adage d’un des législateurs du Parnasse :

Segnids irritant animos demissa per aurem Quàm quæ sunt oculis subjecta fidelbus.

Puisse le lecteur nous teuir compte de nos efforts |

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