C. LVCIVS PHILOMVSVS AMPVLLARIVS
Sous le pied d’une ampoule à long col et à culot plat (PL. LAIT, c), nous lirons le nom du verrier PATRIMONYVS.
On pourrait supposer que c’est également le nom d’un artiste verrier GAT (GAIVS) que nous montre ce dessous d’un grand bocal carré, conservé au cabinet des antiques de la Bibliothèque impériale de Paris, dont nous donnons le dessin de grandeur naturelle (Pc. LXII, à); mais l'apparition du même nom, également abrégé, GAÏ, sur le cachet d'un oculiste #, inventeur d’un collyre à la rose (diarhodon), justifie suffisamment que ce grand bocal a servi à contenir la provision de collyre de maïtre Gaius et a fait partie de son officine.
1 Au cabinet des antiques de la Bibliothèque impériale.
2 Idem. — Les noms de LAVRO Oficina, de LAVRATVS, LAVRIC..., se retrouvent sur des pièces de poterie.
3 Au musée de Lyon.
4 Ce cachet a été découvert à Vieux, auprès de Caen. Les yeux gravés sur la panse du vase et le nom de Gaius répété sur son orifice ne laissent aucun doute sur sa destination : le nom du collyre, DIARHODON, se trouve tracé sur une des parois latérales du cachet. (Voy. PL. LXIT, ».)
HISTOIRE DE L'ART DE LA VERRERIE DANS L'ANTIQUITÉ. 53 S'il en est ainsi, les deux initiales, C. L. fracées, en regard, sous le pied du bocal (PL. LAIT, 4), pourraient s'entendre de Collyrium Lene, qui se lit fréquemment sur les formules d'oculistes. Resterait à interpréter les deux autres initiales T-T, quise correspondent. On pourrait peut-être se hasarder, en réunissant dans une même formule les quatre lettres T.T. C. L., à les traduire par :
TuTamen Contrà Lippitudinem.
« Préservatif contre la lippe. »
Les estampilles de potiers sont très-communes. Il n’en est pas de même de celles des artistes verriers, soit que les produits de leurs officines fussent moins nombreux que ceux des fabriques, en tout genre, de poteries, depuis la tuile et la brique jusqu'aux vases les plus fins; soit la difficulté comparative de tracer des noms et des figures sur le verre.
Ce qui est certain, c’est que l’on compte à peine soixante estampilles de verriers contre quatre mille et plus de potiers *.
Nous donnons, à la suite de ce mémoire, le tableau du petit nombre de noms et de marques d'artistes verriers qu'il nous a été possible de réunir.
Nous ferons remarquer, à cette occasion, que quelques-uns de ces noms se retrouvent sur des pièces de poterie, soit simple similitude de nom, soit que le même artiste aittravaillé le verre et la terre cuite. Voici ceux de cette catégorie que nous avons relevés : ALBinus, AMANDUS,
Dacaus, Firuus, Froxrnus, nus, Laurarus, Parricus.
SERVICE D'OFFICE. — Le verre était utilisé, indépendamment du vin, pour la conservation des autres liquides et des comestibles de table.
Columelle recommande, pour la conservation des fruits et des légumes, les bocaux de verre à large ouverture et droits, «ore palentiore el usque ad imum æquala », et plutôt en grand nombre que de forte dimension, « hæc vasa(vitrea) plura potius quâm ampla ».
Ce sont des bocaux de verre de ce genre qu'on trouva encore en place, dans une boutique à Pompéi, remplis de prunes, de figues, de châtaignes, de lentilles et autres légumes ?.
Les fruits passaient, des bocaux de verre, dans des coupes également de verre, pour être servis sur les tables : les peintures de Pompéi en font foi.
Néron, à ses repas, ne faisait usage que d’eau glacée, qui, préalablement, avait été bouillie au feu. C'est dans des vases de verre qu'on la faisait congeler *,
L'empereur Maximin faisait servir les verres à boire à un usage moins raffiné et moins
délicat. I y recueillait sa sueur : « Sudores sæpe suos excipiebal et in calices miltebat ‘. »
! Nous ayons pu relever 4500 estampilles de noms de potiers, que nous avons classés alphabétiquement.
2 Mazois, Ruines de Pompéi, t. II, p. 63.
8 C'est à cette boisson que Néron, à ses derniers moments, faisait allusion, se voyant forcé d'étancher sa soif à l'eau d'une mare : « Hœc est Neronis decocta ! »
4 Voriscus.
5h HISTOIRE DE L'ART DE LA VERRERIE DANS L'ANTIQUITÉ.
SERVICE DE PARFUMERIE, DE PHARMACIE. — Indépendamment du service de table, le verre était utilisé, sous forme de flacons, de fioles, de bouteilles, d'amphores, d’alambies, dans les officines de parfumerie et de pharmacie, soit pour la distillation, soit pour la conservation des parfums, des élixirs, des essences.
Fluere excussa cinnama fusa vitro, disait Martial.
Les tables de toilette en étaient garnies. Combien en fallait-il sur celle de cette beauté dont le mordant Juvénal nous dépeint le visage empâté, oint, parfumé de pommades, de graisses, de baumes, d’essences de toutes sortes; si bien qu'en la regardant, on se demandait si l’on voyait un visage ou un emplâtre "?
Suétone nous apprend qu'au temps de Galba, on renfermait quelquefois l'encens des sacrifices dans du verre *.
C'est dans des vases de verre qu'on faisait macérer la rose au soleil, dans l'huile ou dans le vin, pour lui donner de certaines propriélés médicales : « Aut oleo aut vino maceratur an sole vasis vitreis*. »
C'est dans le verre (èn vitreo vase) qu'on faisait oxyder des clous de fer destinés à la guérison de la chassie, contra lippiludinem *.
C'est dans des flacons de verre remplis de vinaigre qu'on faisait infuser une certaine plante pour rendre la gaieté aux gens moroses : « Ad recreandos defectus animo, in ampullas vitreas aceli dejectis. »
C'est dans du verre, nous dit encore Pline, qu'on devait conserver l'urine de sanglier, afin (libre à lui de le croire) de la rendre propre à guérir la douleur et les maux d'oreilles : « Aurium dolor et vitèis medetur urina apri in vitro servala. »
Columelle fait infuser dans du verre (in vitro) des ràpes mêlées à de la graine de moutarde, à du vinaigre et à du sel.
C'est encore dans un vase de verre (4x fideham vilream) qu'il mélange de lache, de l'oignon, du grain, de l'huile, du miel, du vinaigre, sans nous indiquer l'usage de cette composition”.
Ce n’est plus un vase, c’est un dohum, un tonneau de verre (in dolio vitreo), qu'il faut à Végèce pour contenir les trente-deux ingrédients d’un certain médicament, le quadrigarius pulvis, destiné aux chevaux, dont le bon Végèce se complait à donner l'énumération *. Ce n'était pas trop du dolium pour toute cette pharmacie.
1 Satire vi, vers 461-173.
>? «In catino vitreo thus. »