VITA TIBI
« La vie à toi. »
Sur un autre fragment, apparaissent les mots : VIVATIS IN DEO.
Bien que le mot BIBAS ait disparu de ces deux dernières inscriptions, ainsi que de celle
qui va suivre, elles se rattachent évidemment à la même pensée religieuse : HILARIS VIVAS CVM TVIS FELICITER SEMPER REFRIGERIS IN PACE DE.
Puisque nous venons de mettre le pied dans les catacombes de Rome, où ces verres ont été recueillis, explorons ce vaste ossuaire.
1 Molli, Plance, mero..….
.…..lævia massico Ciboria exple..….
2 Voyez aussi saint Augustin, De calice vitreo. 3 Catacombes de Rome, au cimetière de Saint-Saturnin.
32 HISTOIRE DE L'ART DE LA VERRERIE DANS L'ANTIQUITÉ. Remarquons d'abord ce fond de patère, sur lequel on voit représenté Jésus ressuscitant le Lazare (PL. XXIX, 4). On ne peut douter que ce ne soit R Jésus, dont le nom d’ailleurs
est inscrit au-dessus de sa tête :
lequel, de sa baguette, touche un mort qu'il rappelle à la vie. Mais est-il possible de recon— naître, dans ce petit enfant emmaillotté, Lazare, qui ne mourut qu’à l'âge de trente ans?
Sur un autre fond de patère ou coupe, également de verre (PL. XXIX, 8), sontles deux bustes en regard de saint Pierre et de saint Paul :
PETRVS — PAVLYS.
Entre leurs fronts apparaît une couronne, et, plus bas, entre leurs mentons barbus, un petit rouleau, ou plutôt un volumen, par allusion, sans doute, aux écrits de saint Paul.
La figure du bon Pasteur est souvent représentée sur les monuments et ustensiles chrétiens. C'est à un chrétien qu'a dù appartenir cette coupe de verre où le bon Pasteur est vu gardant sa brebis (PL. XXX, 5). Sur d'autres monuments, il porte la brebis sur ses épaules.
On est étonné de rencontrer dans les catacombes, au milieu des sépultures chrétiennes, et souvent mêlés à leurs ossements, des souvenirs du paganisme.
C'est ainsi qu'on y à exhumé ce fond de vase de verre incolore, où se dessinent, incrustées en feuilles d'or, les figures de deux lutteurs, ASELIVS et CONSTANTIVS. Derrière eux est le juge de la lutte, dont l'artiste verrier n'a pas omis de mentionner le nom, ILARVS. (PL. XXXK, à)
La petite palme placée entre les jambes d'ASELIVS semble indiquer qu'il est sorti rainqueur de la lutte.
IL est à remarquer que les figures, ainsi que les inscriptions des verreries analogues à ce médaillon, qui abondent dans les catacomhes, sont presque constamment, comme ici, en feuilles d'or retenues entre deux lames de verre et font corps avec elles *.
Sur un autre vase, également de verre à fond blane et avec figures d'or, apparaît un char trainé par quatre chevaux désignés par leurs noms :
NICEFORDYS BOTRACALES
AEROPETES ENIACCIATVS uoms tellement barbares, bien que nous eroyions reconnaître dans les deux premiers le Vainqueur, l Aérien, que nous n'osons en hasarder l'explication.
L'artiste verrier, amateur sans doute de chevaux, semble avoir relégué en seconde ligne le conducteur du char,
LAENICA.
1 Ce procédé paraît remonter à une haute antiquité ; témoin cette coupe découverte dans un tombeau étrusque, qui est semée de feuillettes d'or dans le cœur du verre. (Voyez ci-dessus, PL. VILLE, a, page 47.)
HISTOIRE DE L'ART DE LA VERRERIE DANS L'ANTIQUITÉ. 33 Ce sont encore des chevaux de course, avec leurs noms, Tempête, Zéphyr, le Monde, LEP — AECIE —OIKOYMENH,
que les catacombes nous montrent sur une amphore de verre bleu (PL. NXXT) portant cette inscription :
VINCENTI PIE SESES.
Est-ce dans un sens matériel ou figuré que l'exhortation PIE SESES se retrouve, au fond des catacombes, sur ce grand médaillon de verre à fond blanc, avec figures, dessins et lettres
d'or, représentant Dédale, l’équerre en main, Dædalus ingenio fabræ celeberrimus artis,
comme le disait Ovide, entouré d'ouvriers maniant les outils dont il était l'inventeur, la scie, l'ascia, la tarière, ete. (serram, asciam, terebram ‘)?
On lit sur ce verre :
DEDALII SPE TVA... PIE ZESES.
Un autre médaillon du même genre nous montre un joueur de la double flûte ayant remporté un prix aux jeux Îliaques capitolins, ainsi que l'indiquent la palme qu'iltientélevée de la main droite et les mots ILIA CAPITOLINA, inscrits, avec ceux de INVICTA ROMA ILIORVM, sur un hermès planté à côté du joueur de flûte ?,
Comment expliquer l'inscription de cette coupe de verre, trouvée également dans les catacombes, NVGAS VIVAS, accompagnant trois figures de femmes tenant une balance d'une main, une corne d'abondance de l’autre; exacte répétition de ces figures des trois monnaies, qu'on voit sur les médailles romaines *?
L'artiste verrier, bon compagnon sans doute, a-t-il voulu exprimer que, pour se divertir et faire la vie, NVGAS VIVAS, il fallait de la monnaie dans sa bourse ?
Ces sujets et ces inscriptions n'avaient rien, à la rigueur, qui püt blesser les premiers chrétiens. Mais comment expliquer la présence, dans leur ossuaire, au milieu de leurs cendres, de ce verre à boire, au fond duquel l'Amour est représenté serrant dans ses bras Psyché, le
sein nu, qu'il couvre de baisers, et lui adressant ces mots : ANIMA DVLCIS FRVAMVR NOS SINE BILE ZEZES#,
1 Prin le naturaliste.
2 Juvénal parle d’un joueur de lyre aspirant à remporter la palme des jeux Capitolins :
An Capitolinam deberet Pollio quercum Sperare ac fidibus permittere.
Ces jeux sont mentionnés par Suétone, dans les Vies d’Auguste et de Caligula.
3 Citons, entre plusieurs, la médaille, en grand bronze, de Commode, au revers de MON. AUG. (MONETA AUGVSTA).
4 Le souvenir et le nom de Psyché se retrouvent sur une pelite pâte de verre sertie dans une bague d'or: WYXH XAIPE, « Psyché, salut », ou « Mon âme, réjouis-toi. » (Collection Campana.)
s4 HISTOIRE DE L'ART DE LA VERRERIE DANS L'ANTIQUITÉ.
Si l'on a voulu représenter l’image symbolique de l'âme sous la figure de Psyché, l'Amour et ses transports étaient ici de trop.
L'intérêt de ces pièces érotiques pâlirait, s'effacerait, au point de vue historique, devant ces quelques mots tracés dans le corps d'un simple plateau de verre blane, si l'on devait y voir, ainsi qu'il est permis de le supposer, une allusion à l’avénement de Constans [* à l'empire d'Occident, par le meurtre de son frère Constantin jeune : Non unda lethalis est ausa Constantr ferre quam licuit ferro coronam : « L'onde du Léthé (la mort naturelle) n'a pas osé donner à Constans la couronne qu'il lui à été permis d’avoir par le fer. » (PL. XXXII:)
S'il en était ainsi, serait-ce un compliment, serait-ce une épigramme qu'on aura voulu lancer à l'acquéreur de la couronne d'Occident ??
Remontant à des temps antérieurs, un autre plateau de verre nous reporte à la famille
d'un autre empereur, à Antonin, dont il nous montre les monnaies avec cette inscription :
VIVAS CVM TVIS OMNIBYS.
« Vis avee tous les tiens. »
Ce plateau à dù appartenir à un membre de la famille de cet empereur, ou à l'un de ses affranchis.
Nous sommes sortis des catacombes ?.
Nous allons en retrouver un souvenir dans le mot ZEZES, tracé entre deux petites palmes, sur un vase de verre en forme de carafon, découvert à la porte de Pise, vers le milieu du siècle dernier, lequel représente une course de chars.
En souvenir de quel empereur et de quelle victoire avait-on fabriqué cette coupe de verre, sous le pied de laquelle était représentée une Victoire, une palme d'une main, une
couronne de l’autre, avec cette inscription : VICTORIA AVGYSTIS?
L'empereur Maximien, lui, avait pris soin de faire mettre son nom sur un verre à boire,
qui ne pouvait rappeler tout au plus qu'une victoire de buveur. On y lit ces simples mots : MAXIMIANVS AVGYSTYS À.
‘ Aringhi, dans son Commentaire de Bosio sur les catacombes de Rome (Roma subterranea), donne à cette pièce de verrerie un caractère chrétien. Préoccupé de cette idée, il prétend que ce petit plateau a contenu du poison, unda lethalis, qu'on aurait voulu faire avaler à un saint personnage, au Constanti de l'inscription du plateau, après avoir inutilement cherché à le martyriser avec le fer (/erro).
On ne connait de saint de ce nom qu'un saint Constantien, ermite, mort dans la Gaule, au pays du Maine, en 561, au temps de Justinien ler, où il n'était plus question de perséculion contre les chrétiens, et qui n'a pu léguer de souvenir aux catacombes de Rome.
Nous n'avons pas craint de répudier l'interprétation d'Aringhi.
2 Consulter, pour les objets de verre découverts dans les catacombes de Rome, les recueils de Buonarotli, de Bosio, de Perret, de Garucci.
$ De Caylus.
# Découvert à Strasbourg en 4535. (Voyez Mémoires de la Société des antiquaires de France, t. VI.)
HISTOIRE DE L'ART DE LA VERRERIE DANS L'ANTIQUITÉ. 35 Ce gobelet, de verre blanc, est enveloppé d'un réseau à jour de verre bleu en filigranes, superposé au corps du verre avec une rare délicatesse, (PL. XXXIIT, 4.)
C'était là un de ces verres appelés diatrela dont Martial disait : O quantüm diatreta valent!
Ce dut être l’an 297, lors de son passage sur les bords du Rhin, que Maximien, surnommé Hercule, s'y fit fabriquer ce petit gobelet si fin, si mignard, dont ses auxiliaires gaulois, toujours malicieux, n'auront pas manqué de dire : « Voilà donc les travaux d'Hercule ! »
Un gobelet de verre, entièrement identique, moins le nom de Maximien, qui est remplacé par ces mots : BIBE VIVAS MVLTOS ANNOS, aurait été trouvé, dit-on, à Novare, en Italie, en 1725 : nous en reproduisons ici le dessin. (PL. XXXIIE, 2.)
L'empereur Maximien, nous venons d'en avoir la preuve, n'avait pas hérité du mépris de Gallien pour les gobelets de verre. Trebellius Pollio disait de Gallien : « Bibit in aureis semper » poculis, aspernatus vitrum, dicens nihil eo esse communius. »
Il n'en était pas de même d'Alexandre Sévère. Cet empereur ne buvait jamais dans l'or; il ne se servait que de verre, même ordinaire, exigeant seulement qu'il fût net et brillant *.
L'éclat du verre joue un grand rôle chez les poëtes de l'antiquité. Candidior vitro, s’écrientils à l'envi; mais aucun d'eux n’en a parlé avec autant de bonheur et de délicatesse qu'un prosateur : «Tes coupes à boire, écrivait Philostrate à une femme aimée, sont de verre, mais au contact de tes mains elles deviennent d'argent. Lorsque tu les saisis de tes trois doigts et que tu les portes à ton visage, le verre prend un éclat inexprimable, mais qui n'efface pas l'éclat de tes yeux *. » |
Malgré la prédilection d'Alexandre Sévère pour les vases à boire de verre, il n’est pas bien certain qu'il eût gagné l’aflection des verriers. Il les avait frappés d'un impôt, véritable droit de patente, fort lourd *; ce n'était pas le moyen de s’en faire aimer. Constantin, plus tard, devait les exempter de toutes charges : « Ab universis muneribus vacare præcipimus *. »
La simplicité d'Alexandre Sévère n'avait pas trouvé beaucoup d’imitateurs. 1] fallait que les verres riches et ciselés n’eussent point déserté les tables, pour que le législateur intervint en leur faveur, en rendant responsable l’ouvrier qui laissait inachevé un verre ciselé, ou qui le brisait par maladresse. C’est ce que nous voyons dans Ulpien, l'instituteur, l'ami d'Alexandre
Sévère ?.
«In convivio aurum nescit, pocula mediocria sed nitida semper habuit. » Litteræ xxn1-xxv, ad mulierem.
« Braccariorum, vitreariorum, argentariorum, aurificum et ceterarum artium vectigal pulcherrimum instituit » (LAMPRIDE, ) ;
4 Codex Theodosius, De excusationibus artificum, lib. XII, tit. m1. 5 « Sicalicem diatretum faciendum destiti, si quidem imperitià fregerit, damni injuria tenebitur. »
36 HISTOIRE DE L'ART DE LA VERRERIE DANS L'ANTIQUITÉ Martial se moque d'un personnage de son temps, qui consentait à boire dans du verre, mais auquel il fallait de l'or pour un tout autre usage :
Ventris onus misero, nec Le pudet, excipis auro, Bassa; bibis vitro, cariùs ergo cacas.
Pix pu verre à Roue. — A propos du discrédit dans lequel serait tombé le verre et du bas prix auquel on pouvait se procurer les pièces ordinaires (asse duos calices emil'), rappelons un bon mot de l'historien Dion Cassius, à l'occasion du droit de citoyen romain, sous Claude. « Ce droit, disait-il, qui jadis se payait si cher, était descendu à st vil prix, qu'on le jetait au premier venu, et que, pour quelques verres fêlés, on eût obtenu le droit de eïtoyen romain ?. »
Nous voyons, dans tout ceci, la preuve que l'usage du verre était très-répandu dès le temps des premiers empereurs. Il l'était jusque dans les basses elasses : on s'en servait, à Rome, mème dans les cabarets.
Verus, raconte Jules Capitolin, dans ses orgies nocturnes, lançait de grandes pièces de monnaie dans les tavernes , pour se donner le plaisir de briser les verres à boire *.
Clément d'Alexandrie, un sièele plus tard, aurait voulu, lui, briser tous les verres à boire plus où moins travaillés, non à la façon de Verus, mais par une main basse générale, dans l'intérêt de la morale publique :
« Oui, disait-il, cette prétentieuse, inutile et vaine gloire des ciseleurs sur verre, qui ne tend à rien moins, à force d'art, qu'à le briser et à faire trembler ceux qui y portent les lèvres, doit être anéantie par nos bonnes institutions À. »
Ce Père de l'Église eût certainement compris dans son arrêt de proscription ce grand gobelet en forme de seau”, orné dans sa partie inférieure d'un réseau à jour superposé, voire ciselé à même le corps du verre, et, au-dessus, d'une chasse à courre. (PL. XXXIV-XXXV.)
Eût-il fait une exception en faveur de ce petit verre à boire, au fond duquel l'artiste verrier avait incrusté en lettres d'or l'inseriplion suivante :
IVNIO SYPERSTITI VITAS
qui paraît se rapporter à un chrétien martyrisé? C'était bien le cas.
Voyez c-dexus, page 2$.
® « Jus ua magnè quondèm pecuniè renditum adeo tune vile factum est ut vulso jactatum fuerit ; etiam à qui » alicui vasa vitres confraeta dediset, crem romanum fore. » (Zn Claudium, lib. IX) « Nummis maximis ques in popinas Verus imperator jaciehat ut ealices free ret.» « Quin etiam curiosa se inanis ewlatorum in vitro vana sloria aus fransendum artem paratior, quæ timere docet > mul se hi, est à honis nostris instituts exterminands. » (Pedagogus, lib. Il, €. ur) S An trésor de Saint-Mare de Venise.
$ Bibliothèque impériale de Parks, salle des Antiques.
Eût-il épargné ces patènes de verre (patenas vitreas); ces lampes qui brillaient dans les oratoires (lampades in oralorio)"; ces calices de verre que le pape Zéphirin venait de substituer aux calices de bois dont se servaient ses prédécesseurs ? ?
Nous n'oserions pas en répondre; car ce Père de l'Église portait partout son regard investigateur, et ne laissait point échapper une occasion d’exhaler son ire contre tout ce qui sortait de la main des artistes verriers.
«Se passionner pour toutes ces verreries, s'écriait-l, n'appartient qu'à des sots *, » II n'aurait pas manqué, à coup sûr, de briser ces carafons à un bec, destinés à la lèvre des enfants, ou plutôt, peut-être, à celle des buveurs. (PL. XXXVE, 4, 4, À.)
À plus forte raison, il n’eût point fait grâce à ceux à quatre becs, dont parlait Juvénal : .... Calicem nasorum quatuor.
Le voyez-vous foulant aux pieds ce flacon à si long cou, avec ses cinq dépressions à la panse (PL. XXXVI, »); ces cornes en entonnoir sans fin (PL. XXXVI, c, et XAXVIE, 2) ?
Le voyez-vous arrachant des mains du buveur ce long gobelet effilé, couvert de serpents (Pz. XXXVIT, 4), dont celui-ci ne pouvait se servir sans presser de ses lèvres la tête des reptiles, et criant au buveur, avec le poëte : « Des serpents sur ton verre ! tu crois boire du vin, tu bois du venin‘! »
Nous n'osons pas parler des phallus de verre : il n’en fallait pas tant pour exciter lire du saint personnage.
Poursuivant le verre d'un œil investigateur, jusque dans les garde-robes, Clément d'Alexandrie déclamait contre les gens riches de son temps, qui employaient l'or aux vases de leur table de nuit, et le verre aux bassins de leur bidet”.
Nous n’hésitons pas à reconnaitre un de ces bassins dans cette espèce de cuvette ronde, à larges bords (PL. XXXVI, », »), mesurant 8 centimètres de profondeur, sur 18 centimètres de largeur, bords compris °. Le verre de ce bassin est épais et d'une teinte verdâtre. Les
1 Saint GRÉGOIRE.
2 «Apostoli eorum successores ligneis calicibus celebrabant, Zephirinus papa vitreis. » (Saint GréGorne.)
3 «In vitra varia magno ferri studio, nihil est aliud quàäm stultorum hominum, qui ab iis quæ visum percellunt, » trahuntur. » (Pædagogus, lib. Il, c. xu1.)
4 Cælatus tibi cum sit, Amiane, Serpens in patera Myronis arte, Vaticana bibis, bibis venenum,
(MARTIAL, lib. VI, 92.
5 « Res est autem planè ridicula et digna maximè quæ ludibrio habeatur, quod vir targentea urinæ receplacula » et vitreas matulas inferant. »
Il ajoute : « ….. et divites mulicres ex auro excrementorum faciant receptacula. » (Pædagogus, lib. I, €, 111.)
6 Au musée Napoléon I, collection Campana.
dépressions qu’on remarque en dessous, le long du bord, semblent indiquer que le bassin était retenu et fixé au meuble de toilette.
Sénèque, de son temps, traitait avec moins d'emportement que Clément d'Alexandrie, quoique en philosophe, le goût des verreries : « Il importe peu à l’homme, disait-il, de boire dans un verre brillant, mais bien d’être bon ‘. »
L'anathème de Clément d'Alexandrie, de cette ville où pullulaient et brillaïent les ateliers de verrerie, ne fut pas entendu. On continua à se servir de vases de verre et à rechercher ceux d’un travail particulier.
Jusque vers la fin du 1v° siècle, dit saint Chrysostome, les gens riches en mettaient sur leur table, et, si pour se conformer aux exigences croissantes du luxe, ils se faisaient fabriquer des vases à boire d'argent, ils avaient soin que l’intérieur fût de verre *.
VERRERIES RECHERCHÉES. — On ne s'était pas contenté, sur les tables et sur les étagères, de simples coupes et gobelets, de flacons et de carafons de verre blanc uni.
On y avait vu et l’on continua à y voir : des vases grands et petits, garnis d’anses plus ou moins élégantes (PL. XXXVIII-XXXIX); des verres à boire ornés d’anses enserpentées (PL. XL, 4); parsemés de bosses ou pointes (abd., 8); de petits flacons percés à jour (+brd., c); des gobelets à boire, sans pied, couverts de stries en spirale (PL. XLI, 4); des tasses avec un bourrelet circulaire à jour à leur panse, qu'on serait presque tenté de comparer à l'anneau de Saturne (PL. XLI, 8).
On continua à y voir : des verres dorés, #naurala (PL. XLIT, E), armés d’une anse garnie de son poucier, à l'instar de nos bougeoirs ; des flacons pomiformes, à anses à cou de cygne, dont la panse de verre blanc est enveloppée d’un filet bleu faisant dix tours et allant s’élargissant du col du vase à sa base (Pr. XLIT, »)*; des vases de plusieurs couleurs (versicolores), à incrustations (aitrea diatreta), à ciselures (ottrum fabrè sigillatum, è cælato vitro); d’autres montés, ou garnis d'or, d'argent, de bronze.
Parmi ces derniers, se classe cette petite tasse (PL. XLIIT, G) sans anses, de verre incolore, ayant encore (circonstance assez rare) son couvercle également de verre, lequel est surmonté d'un bouton ciselé d'argent, sous forme de fleur épanouie ; ce second petit vase, du même genre, également de verre blane, ayant aussi conservé son couvercle, mais sans qu'aucun métal s’y révèle (PL. XLIIT, r).
La collection des verres antiques du musée de Rouen, où ces deux petits vases sont
1 «In homine nihil ad rem pertinet quàm perlucido poculo bibat, sed quàm bonus sit. » (Lettre Lxxvi°, à Lucilius.) 2 « Sindicas usus gratia, muliù præstat vitrum, atque id divites ipsi confirmant qui ex ea materia pocula ut plurimüm » parant. Quod, si fastu quodam etiam ex argento fabricari coguntur, pris vitro interiùs constituto, ità argento exteriüs » abducunt.» (De vtrginitate.)
3 Ce joli vase, €, a été découvert en Italie, à Vérone, dans un {tombeau.
# Découvert en Normandie.
HISTOIRE DE L'ART DE LA VERRERIE DANS L'ANTIQUITÉ. 39 conservés, va nous montrer une autre coupe de verre verdätre, retenue dans une enveloppe de bronze, à dents de scie, garnie de son anse de bronze. (PL. XLIIL, n.)
Cette coupe n'a point l'élégance de la première, 6; mais son armature de métal la met hors ligne.
Nous nous estimons heureux d’avoir pu enrichir le musée des antiquités de Rouen de ces curieuses pièces de verrerie.
C'est à d’autres collections qu'appartiennent :
Cette coupe (restituée), dont le pied seul, richement orné, a échappé à l'injure du temps. (PLAINE)
Cette miniature d’amphore, de verre nu (tbid., 8), avec ses anses et son bouchon pointu, répétition de ces énormes amphores de terre cuite dans lesquelles on conservait le vin, et qu'on plantait dans le sable des caves.
Cet autre flacon de verre incolore, également en miniature (ibid., ë), à anses bleues repliées sur elles-mêmes par enroulement.
Cette espèce de flacon pomiforme (tbid., c), avee son long goulot et ses deux anses se des sinant du goulot au corps du vase.
Enfin, cette petite lagène, au col enserpenté (ibid., b), au corps garni de stries, à l’anse ondulée, découverte en Normandie, à Tourville-la-Rivière *.
Le mariage du bronze au verre se retrouve sur un vase pomiforme de verre blane (Pc. XLV, 4), dans les anses duquel ont été passés, avant leur soudure, deux anneaux de bronze, encore en place”, dont la destination nous est révélée par un vase du même genre (tbid., 5), ayant également des anneaux superposés de bronze qui sont reliés à une anse mobile de même métal, servant à soulever le vase.
Peut-être serait-il permis de supposer, quant au premier de ces deux vases, 4, que ses anneaux de bronze se rattachaient à une chaine, comme on le voit à ce vase similaire. (Pc. XLVI.)
La double chaîne de ce dernier vase, laquelle est de bronze, atteint, tendue, 35 centimètres de longueur, y compris le double anneau mobile qui servait à la suspension du vase.
Dans la chaine de suspension, lorsque le vase fut découvert, était passé un strigile de bronze : on avait évidemment là, sous les yeux, des ustensiles de bain.
Mais revenons sur nos pas; retournons aux temps des premiers empereurs, nous sommes loin de les avoir épuisés.
Néron aimait avec passion les riches verreries, les vases de cristal, de murrhin, dont le prix s'élevait souvent à des sommes énormes.
Pétrone, l’auteur du Satyricon, dénoncé par Tigellin à Néron, qui ne pardonnait pas, avant
1 Voyez la Seine-Inférieure historique et archéologique, par l'abbé Cochet, p. 408. ? Au musée des antiquités de Rouen.
de se donner la mort, brisa, pour en déshériter la table du tyran, un vase murrhin qui lui avait coûté, dit Pline, qui raconte cette anecdote, 300 talents" (1 500 000 franes).
Etaient-ce des morceaux de ce verre, dont Néron, pour faire pièce sans doute lui-même à Pétrone, s'était emparé et qu'il conservait sous verre, à l'exemple du corps d'Alexandre le Grand, afin de les montrer ??
Au surplus, Néron put se consoler, en se faisant verser à boire dans deux vases cristallins richement ciselés, qu'il appelait homériques, des sujets empruntés aux poëmes d'Homère, qu'on y avait représentés.
Il les brisa lui-même à son tour, non pour en déshériter un autre, mais par fureur, en apprenant la révolte de Galba : « Duos seyphos gratissimi usus, quos homericos a cælatura » carminum Homeri vocabat, solo illisit . »
Les figures héroïques dont on ornait les vases à boire ne pouvaient pas convenir à tous les buveurs. Certains d’entre eux ne cherchaient pas là leurs inspirations; il fallait autre chose aux libertins. Aussi, nous dit Pline : Auxere et artes vitiorum trritamenta. In poculs libidines cælare juvit et per obscenitales bibere. «Les arts donnèrent aux vices un nouvel excitant. On se plut à ciseler sur le verre des lubricités et à faire boire à travers les obscénités. »
L'ardent Juvénal ne pouvait pas manquer de les stigmatiser : Vitreo bibit alle priapo*. « Celui-là boit dans un priape de verre! » s'écriait-il avee dégoût. On ne s'était point contenté des obscénités étalées sur les vases de verre, il fallait que Priape y régnât seul et tout entier. On poussa l’imitation aussi loin que possible *.
Il n'était pas étonnant que les Caligula, les Commode, qui donnaient pour mot d'ordre à la. garde prétorienne : Priape ! (signum pelenti Priapum dare)°, partageassent ce goût.
Parmi les vases en tout genre ayant appartenu à Commode, que Pertinax fit vendre à l’encan à sa mort, se trouvaient des phallus de verre (atque etiam phallo vitroboh) *.
Commode, qui ne craignait pas de descendre jusqu'au métier de verrier, «4 his arhfex, que slalionis imperatoriæ erat, ut calices fingeret », les avait-il fabriqués lui-même? Il n'en était point incapable.
Commode, on le voit, n'avait point hérité des préjugés des vieux Romains pur sang, dont Cicéron se faisait l'écho en disant que tous les ouvriers exerçaient une ignoble profession *.
i « T. Petronius consularis moriturus invidià Neronis prineipis, ut mensam ejus exheredaret, trullam murrhinam » trecentis talentis emptam fregit. » (Pine, lib. XXXVI, c. vu) ? Voyez ci-dessus, page 14.
3 Suéroxe. — « Duos calices crystallinos in supremà irà fregit illisos. » (Puxe.) 4 Salire 1.
5 Nous pourrions citer, comme existant dans une collection particulière, un petit phallus de verre avec un bout rouge. 5 SUÉTONE.
T Capirouix, Vie de Pertinax.
« Opitices omnes in sordidà arte versantur. » (De offieiis.)
HISTOIRE DE L'ART DE LA VERRERIE DANS L'ANTIQUITÉ. h1
Faudrait-il voir la marque de l'empereur verrier sur cette urne de verre (PL. XLVIT) de 30 centimètres de hauteur sur 6 de large, qui avait été soigneusement enfouie dans la terre, renfermée dans un grand vase de terre cuite ‘? Sous le pied de cette urne, figure, tracé en relief, un autel accompagné des initiales C-F. Devons-nous les traduire par Commodus Fecit? Nous sommes loin de l’oser affirmer.
Plus tard l'empereur Maximien, nous l'avons vu (page 34), avait fait inscrire en toutes lettres son nom sur un verre à boire, MAXIMIANVS AVGVSTVS, non à titre d'artiste, mais de buveur.
C'est au même titre qu'un personnage qui figure dans les fastes consulaires, du nom d'Orfitus, avait fait tracer son portrait el son nom, avec ceux de sa femme, au fond d'une coupe de verre (PL. XLVIIE, 8), se plaçant sous le patronage d’'Hereule pour savourer un vin d'un cru particulier :
° ORFITVS ET CONSTANTIA IN NOMINE HERCVLIS A CERENTINO FELICES BIBATIS.
On sait qu'on faisait apparaitre quelquefois la figure d'Hercule dans les festins, d’où lui est
venu le surnom d'Epitrapelius :
Cujus læva calet robore dextra mero,
disait Martial. Aussi voit-on une petite statuette d'Hercule placée entre les deux époux.
Les figures et les lettres de ce médaillon sont dorées.
Il en est de même de cette coupe au fond de laquelle brille un charmant portrait de femme en costume du Bas-Empire (PL. XLVIIE, c), avec ces mots adressés à un mari, ou plutôt peut-être à un amant :
SALVTI PIE ZEZES CVM DONATA.
«Pour ton salut (pour ton bonheur) bois, vis avec Donata. »
C'est encore une femme, moins élégante, il est vrai, et dans d’autres conditions, qui va nous apparaître, avec une marque au front, sur cet autre médaillon de verre (PL. XLVIIT, 4)
à fond argenté, portant ces mots :
SAPPO FLACILLAE.
Cette Sappo ou Sapho devait être une esclave affranchie et adoptée par l'impératrice Flaccilla, la femme de l’empereur Théodose, qui, en lui faisant prendre son propre nom, n'avait pu lui enlever la marque d’esclavage imprimée sur son front, nscripli vullus ?.
! Trouvée en 1856, à Bréauté, dans le département de la Seine-Inférieure. 2? Puine, — « Signari oportet frontem calidà forcipe », dit Nævius, en parlant des esclaves.
Comment expliquer la présence du nom de Démosthène sur une autre coupe de verre, au fond de laquelle se voit un buste, que M. de Caylus, qui en a douné le dessin, croit être celui du dieu Pan, et qui pourrait être un génie. Ce buste est encadré du nom :
AHMOCOENOY !.
Jeux pu GRQUE, GLADIATEURS. — On connaît la passion des anciens pour les jeux du cirque, pour les courses de chars, pour les combats de gladiateurs : une foule de monuments en tout genre en témoigneraient au besoin. On ne doit donc pas être étonné d'en retrouver l'image jusque sur leurs coupes et verres à boire.
On en a découvert, non-seulement en Italie, mais sur plusieurs points de la France, en Angleterre, en Allemagne.
On cite, entre autres, une tasse à boire, de verre jaune, coulée?, sur la panse de laquelle sont reproduites en relief quatre paires de gladiateurs accompagnés de leurs noms
(PL. XLIX, a, 4) :
CALAMVS. . . . HOLES TETRAITES. . . PRVDES PROGVLVS.. . . COCVMBVS SPICVLVS. . . . COLVMBVS
Des fouilles opérées auprès de Chambéry mirent au jour un gobelet semblable, également de verre jaune, mesurant 8 centimètres de hauteur sur 9 de diamètre, orné, ainsi que le premier, de quatre paires de gladiateurs portant les mêmes noms, à l'exception de ceux de HOLES, de COCVMBVS, de PROCVLVS, qui sont remplacés par les noms de GAMVS, d'HERMES et de MEROPS. Les huit noms sont ainsi placés :
ÿ ÿ GAMVS CALAMVS % ÿ TETRAITES SPICVLVS Ÿ Ÿ Ÿ Ÿ Ÿ MEROPS HERMES Ÿ Ÿ PRVDES COLVMBVS
Un fragment de vase de verre du cabinet des antiquités de Vienne en Autriche nous montre encore trois de nos gladiateurs: ...AITES (TETRAITES), PRVDES, CALAMVS. (Pc. XLIX, s.)
Nous allons retrouver deux d’entre eux sur les débris d’une coupe de verre découverte en 1867 à Lillebonne, dont nous reproduisons le dessin (PL. XLIX, c). Nous n'hésitons pas à reconnaitre, à côté du nom de PRUDES, celui de son adversaire obligé, TETRAITES, bien qu'ici altéré, soit distraction, soit ignorance de l'artiste verrier, qui l’a écrit PETRAHES. En effet, nulle part Prudes n’est séparé de son rival et vainqueur Tetraites : l'un n’apparaît pas sans l’autre.
1 Antiquités, t. IT, planche rxxxiv. — Il est regrettable que les dessinateurs employés par cet illustre ami des arts aient apporté si peu de soin et d’exactilude dans le travail qui leur était confié. Il en est résulté souvent, comme ici, une
grande incertitude sur les figures et altributs qu'ils ont représentés. 2 Découverte à Chavagnes, en Vendée, en 1848.
Interrogez les peintures des murs de Pompéi, vous y lirez accolés les noms de TETRAITES et de PRVDES *, comme ils le sont sur nos verres de la Vendée et de Chambéry.
On se plaisait, on le voit, à populariser et à reproduire l’image et le nom de ces héros du cirque.
Un historien célèbre, Suétone, nomme et met en scène, aux temps de Caligula et de Néron, trois des gladiateurs dont nous avons signalé les noms, COLVMBVS, PROCVLUS, SPICVLVS. Voici dans quelles circonstances.
Columbus, gladiateur de la faction des Mirmillons, avait été vainqueur dans un combat contre un gladiateur de la faction des Thraces, et en était sorti légèrement blessé. Caligula, qui était passionné pour la faction des Thraces, furieux de la victoire du mirmillon, fit verser dans la plaie de Columbus un poison, qu'il appela de son nom, Columbien : « Columbo » victori, leviter tamen sauciato, venenum in plagam addidit, quod ex eo Columbinum » appellavit ?. »
Caligula ne traita pas mieux Proculus, surnommé le Colosse, qu'il avait fait descendre dans l’arène pour le faire se mesurer avec des gladiateurs Thraces, dont Proculus resta vainqueur. Caligula le fit garrotter, et, après l'avoir exposé, couvert de haïllons, à la risée des femmes, il le fit étrangler *.
Quant au gladiateur Spieulus, il était également de la faction des Mirmillons, laquelle était la préférée de Néron.
Cet empereur avait pour le mirmillon Spiculus une affection particulière ; il l'avait comblé de richesses *.
C'est sans doute à l'issue du combat où Spiculus, alors novice (rmo), fit mordre la poussière, dans Pompéi, à un gladiateur émérite, libéré six fois (cier|rus) vi) , que quelque mirmillon, ami de Spieulus, pour célébrer la victoire de son jeune camarade, aura tracé sur la muraille, où on l'y voit encore, d'une main plus apte à manier le fer que le crayon, le dessin de la lutte (voy. PL. L)°.
Il ne manqua pas d'y inscrire le nom des deux combattants :
SPICVLVS MiRmillo Vincit.
« Spiculus le mirmillon a vaincu. »
APTONETVYS Pertit.
« Aptonetus à péri, »
Spiculus devait faire son chemin.
1 Garucci, Inscriptions gravées au trait sur les murs de Pompéi.
2 Suéroxe, Caligula, e. xxx.
3 Inem, 2bëd., ©. XXxIV.
4 « Spicillum mirmillonem triumphalium virorum patrimoniis ædibusque donavit. » (SuÉronE, Nero, c. xxx.)
5 Les gladiateurs, après avoir été mis en congé et libérés, pouvaient successivement reprendre du service; on les y contraignait même quelquefois.
6 Garucci, Inscriptions gravées au trait sur les murs de Pompéi.
th HISTOIRE DE L'ART DE LA VERRERIE DANS L'ANTIQUITÉ.
Néron, décidé à s'ôter la vie, n'ayant pas le courage de se donner lui-même la mort, envoya chercher le mirmillon Spiculus. On ne le trouva pas. «de n'ai done plus d'amis! » Séte Néron. & Spiculum mirmillonem cujus manu periret requisivit, et nemine reperto : » Ergù ego, inquit, nec amieum habeo!! »
Aux combats de gladiateurs se trouvent quelquefois entremèlées, sur le même vase, des luttes de chars (voy. PL. LI, n); mais plus habituellement elles y brillent seules.
On y voit retracés, soit en relief, soit ciselés à même la paroi du vase, des quadriges luttant dans l'arène.
Citons de préférence cette petite coupe de verre blane exhumée presque intacte, au milieu de vases cinéraires, à Trouville en Caux, auprès de Lillebonne *.
Cette coupe se fait remarquer plus par lr richesse de la décoration que par le dessin, qui est assez grossier.
Sur la panse du vase apparaissent, à la suite l'un de l'autre, quatre quadriges avec leurs conducteurs tenant une couronne à la main. (Pr. LI, a.)
Il ne serait point impossible de reconnaitre, malgré l'inexactitude du dessin et l'imperfection de la ciselure, quelques-unes des dispositions de la lice : la meta indicative du but, par exemple; l'édieule au haut duquel on plantait les boules où œuis, indicatifs des tours parcourus, bien que les boules elles-mêmes ne figurent point ter.
Sur le bandeau, formant le bord, la lèvre de la coupe, au-dessus de chaque quadrige, sont tracés en relief des caractères qui nous donnent sans doute le nom du conducteur du char. Deux seulement sont restés entiers. Doit-on lire :
BYFYCHREV A — OINBYBVA noms bizarres et qu'on ne rencontre nulle part ailleurs ?
Nous expliquons les derniers caractères du quatrième quadrige, IX VIC, par neuf fois vainqueur, IX ViCtor. Il est à remarquer que là tête des chevaux vient toucher la meta.
Sur le bandeau inférieur de la coupe règne une suite, une meute de chiens couranis; motif qui se répète sous le pied du mème vase.
V'ASES EXCEXDRIQUES. — L'empereur Tacite, sans tomber dans les excentricités lubriques de l'empereur Commode, ne laissait pas que d'avoir les siennes. Il aimait avec passion les pièces de verrerie de formes variées et d’un travail recherché : « Vitreorum diversitate atque ope- » rositate vehementer delectatus ÿ, »
L Sonor, ANern, €, XX EL EN,
Le nom de @e ghrdiateur est éerit inéléremment Spieules, Spiclas; les meilleurs manvsents portent Spieulus. L'in- <onption de Poméi ranchemit, S'il était nécessaire, là question. La Seine-Infènenre hiNorigue et envhédlogigue, par M. l'ahh$ Cochet, p. 27, »S. Von, Pie de l'enmpervur Tactte.
M, de Lasteynie, dans son Hittoire de da peinture sur verre, interprète la phrace latine Sans le sens de l'amour de l'empereur Tncîte pour les ritraux peints, Nous ne saurions admelire une pareille supposilion.
HISTOIRE DE L'ART DE LA VERRERIE DANS L'ANTIQUITÉ, h5
A cette époque de décadence du sentiment de l'art et du goût, nous ne sommes point sur pris de voir cet empereur donner la préférence, sur des vases à lormes pures et élégantes, à ces verres laborieusement travaillés et affectant des formes bizarres.
Il devait rechercher, à coup sûr, ces canthares, en forme de tête plus ou moins grimaçante, dont le cou représentait le pied du vase et dont le crâne s'allongeait grotesquement en goulot. (Pr. LIT, 4.)
Il devait accaparer : Ces petits bols hérissés d'un semis de menus grains de verre blane, véritable lèpre, qui ne s'explique pas". (Zbid., n.)
Ces petites amphores avee où sans anses en forme de grappe de raisin. (/bid., 6, c.)
Ces grands gobelets symétriquement garnis de monstrueuses larmes. (/bid., D.)
Ces rhytons armés de pattes. (1hid., K.)
Ce grand gobelet à une anse et à grosse lèvre, de verre violacé, semé au hasard de taches blanches tranchant erûment sur le fond du vase. (Pr, LIT, 4.)
Ce petit verre à boire, semé plus symétriquement de grosses larmes blanches dans un réseau entrecroisé occupant toute la panse du gobelet, le tout se détachant en relief sur les parois bleues du vase. (PL. LIT, n.)
Que n'eût-il pas donné de ce flacon, de verre blanc le plus pur, avec son pied bleu, orné de ces anses si légères et si originales, à filet enserpenté du plus beau bleu (Pr. LIV, c), dont l'élégance, nous ne le eachons pas, nous eût séduit nous-même !
I n'eût pas dédaigné, certainement, cet autre petit flacon (Pr. LIV, ») à bandelettes et rondelles en bleu, dont il serait difficile de trouver le pareil.
Et ce long gobelet effilé, à petit pied blane (PL. LIV, 4), tout couvert, sur un fond bleu, d'un réseau de dessins enlacés, si riche et si curieux, ne s'en (tal point emparé?
Non, il ne l'eût point laissé passer en d'autres mains; pas plus que ce verre à boire, plus excentrique, à coup sûr, figurant une tête de chevreuil, avee ses yeux incrustés en argent, dont le musée de Naples, qui en est possesseur, ne se dessaisirait pas de nos jours.
Pas plus que ce petit carafon (PL. LIV bis, À) à la panse ornée de cordonnets enroulés en guise de serpents;
Que ce verre à boire (ibid., ») à deux rangs d'énormes larmes, en forme de poissons armés de leur crête.
Pas plus, enfin, que ce vase de verre noir, véritable poisson aux écailles dorées, qui était venu s'égarer dans un tombeau antique à Lillebonne, où il a été repêché en 186%.
Mais épargnons la mémoire de ce bon empereur Tacite. Comment ne point passer ses excentricités en fait de verreries, à celui qui se faisait gloire de descendre de l'histo— rien Tacite, et qui, pour les conserver à la postérité, faisait transcrire, tous les ans, dix
‘ Cette petite urne, découverte auprès d'Asti, à Pallentia, est conservée au musée de la manufacture de Sèvres, sous le n° 2265-5, C'est là que nous en avons relevé le dessin.
exemplaires de ses ouvrages el les faisait déposer dans les bibliothèques et les archives
publiques ?
SERVICE DE TABLE. — Le verre n’était pas seulement employé aux vases à boire; il l'était encore à tous ceux où le vin et le service de table jouaient un rôle.
Chez les gens riches, à Athènes et plus tard à Rome, le vin pour les repas était versé dans de vastes cratères placés sur le dallage ou sur un socle, dans lesquels l’'échanson puisait avec un canthare, et tenait de l’autre main le verre à boire (cahcem) qu'il présentait, après l'avoir rempli, à son maître ou au convive.
C'est ce qu’on voit représenté sur la frise sculptée du monument connu sous le nom de la Lanterne de Diogène, à Athènes, élevé par Pisistrate.
Il n’en était pas de mème chez les gens peu aisés.
Comme de nos jours, sur les tables ordinaires, on plaçait des carafons et des bouteilles pour l’eau et pour le vin.
Le musée du château de Saint-Germain a conservé une de ces carafes de verre, qui ne manque point de ressemblance avec celles dont nous nous servons. (PL. LV.)
Quelques maîtres de maison, à la sortie de table, ainsi que nous l’apprend Horace, faisaient une petite marque sur le verre des bouteilles, afin de s'assurer si les serviteurs ne prenaient point de vin *. Nous ne jurerions pas que quelques-unes de nos ménagères, sans se douter du plagiat, n'en fissent autant.
On voyait encore, sur les tables, des burettes de verre pour l'huile et le vinaigre : les ruines de Pompéi nous en ont conservé une paire dans leur porte-huilier. (PL. LVE, 8.)
Comment expliquer l'existence de ce cratère de verre, de si minimes proportions, à côté de ces immenses cratères de marbre, d’albâtre, destinés au vin (PL. LVI, 4)? Peut-être est-ce pour plaire à l'œil ou à l’odorat d'un gourmet ou d’un convive de choix, en tête-à-tête, qu'un maitre de maison aura fait faire et placer sur la table ce petit cratère, dans lequel, à l'exemple d'Horace invitant Mécène à diner, il aura versé quelque vin fin, parfumé
de roses :
09090 tibi lene merum, Cum flore, Mæcenas, rosarum.
Dans ce cas, on se serait servi, pour puiser dans le cratère, de petits ssmpulum, ainsi qu’on le voit sur une peinture de Pompéi, qui représente une scène du genre de celle que nous venons de décrire. (PL. LVE, c.)
1 VorisCus.
Il est bien entendu que nous ne faisons point ici la guerre, en thèse générale, à l’ornementation des vases de verre, mais bien à celle d’un faux goût et d’un dessin disgracieux.
oPaus poscet qui ignoscere servis, Et signo læso non insanire lagenæ.
(Epist. lib. IT, 11.)
HISTOIRE DE L'ART DE LA VERRERIE DANS L'ANTIQUITÉ. h7
Avant d'être mis en consommation, le vin était conservé dans des amphores qu'on recouvrait d’une couche de gypse, et sur lesquelles on fixait une étiquette indicative du cru et de l’âge du vin, ainsi que le nom du consul alors en exercice.
Il parait que c'était dans des amphores de verre que, par préférence, on renfermait les vins de choix : « On apporte, racontait Pétrone décrivant un festin, des amphores de verre soigneusement bouchées avec du gypse, sur la tête desquelles étaient fixées des étiquettes portant ces mots : Falerne du consulat d'Opimius, de cent ans". »
«O0! mon amphore, disait Horace, toi née avec moi sous le consulat de Manlius ! »
O nata mecum consule Manlio !
Ce n’était pas du falerne, à coup sûr, et du falerne de cent ans, que contenait cette urne (urna vinaria) qu'on avait volée dans la taverne d’un certain Varius, cabaretier à Pompéi : pour laquelle il promettait une récompense de 65 sesterces (13 francs environ de notre monnaie) si on la lui rapportait, s'engageant à donner le double si on lui amenait le voleur :
VRNA VINARIA PERIIT DE TABERNA SEI EAM QVIS RETVLERIT DABVNTVR IIS LXV SEI FVREM QVI ABDVXERIT DABITVR DVPLEX A VARIO.
Nous Er MARQUES D'ARTISTES VERRIERS. — Les amphores ne portaient pas toujours le nom et l’âge du vin. On se contentait quelquefois d'y exprimer sa qualité.
C'est ainsi que, sur une amphore découverte dans le nord de l'Italie, on lisait le mot DVLCE*.
Cette inscription, et celle de MITE MERVM, lue sous le pied d’un vase de verre du même genre, ne nous autoriseraient-elles pas à interpréter par Merum Dulce les initiales M. D. tracées sous le pied d’un flacon ou espèce de bouteille (PL. LVIT, à) découverte aux environs de Rouen ?
Sur un vase semblable, trouvé à Vichy 5, on lit :
AVDITE ETR "MD que nous traduisons par :
AVDITE, Recondite Merum Dulce.
« Faites attention et renfermez ce bon vin. » 1 « Adlatæ sunt amphoræ vilreæ diligenter gypsatæ, quarum in cervicibus pillacia erant adfixa cum eo titulo : Falernum » Opimianum, annorum centum. »
2 Saxcro Quito, Ricerche intorno alcune cose antiche, 1832. 3 Tupor, Collection de figurines en argile, 1860, p. 70.
Peut-on interpréter dans le même sens l'inscription suivante (PL. LVIT, D) : @
Doit-on lire également Merum (M) sous le pied d’un vase de verre destiné au même
et lire : Audite, Condite Merum ?
usage (PL. LVIT, 8); à moins qu'on ne voulüt interpréter l'initiale M par Mesce (Mélange), ainsi qu'on le lit en toutes lettres, MISCE, sur un autre vase de verre %
Nous ferons remarquer que cette même lettre M se rencontre fréquemment sous le pied de vases de verre ou de poteries ayant renfermé du vin, ce qui accuse un sens général et habituel.
Faut-il expliquer dans un sens bachique les initiales D. R. tracées en relief sur la panse d’un petit godet de verre blane (PL. LVIL, c), empruntant la forme d’un baril cerclé, qui avait servi’ très-probablement à contenir de la liqueur ou un élixir? Faut-il lire Dulcis Refectus, par allusion à la propriété du liquide; ou bien, à titre d’échantillon, le nom de quelque vin de choix : Dulce Rhodianum, par exemple, cité par Columelle; Dulce Rethicum, ce Rethicum, la passion d'Auguste (maximè delectatus Rethico)"? Nous hésitons à nous prononcer.
Ce devait être du vin, MERVM, et du MERVM DVLCE, aux yeux des buveurs, que contenaient ces petits barils de verre ; spécialité d’une fabrique établie sur les confins de la Normandie et de la Picardie, là où ils ont été trouvés en abondance *.
Ces vases, dont le corps figure une barrique cerelée, ont un goulot accompagné d’une ou de deux anses (PL. LV). Leur hauteur, tout compris, varie depuis 12 jusqu'à 25 centimètres ; leur plus grand diamètre atteint 11 centimètres.
Ces singulières pièces de verrerie, qui avaient été coulées dans un moule, ainsi que l'in dique la double bavure longitudinale qui se dessine sur leur panse, sortaient de la fabrique FRONTINIANA — FRONTINIANA F.QVA (/abriqua pour fabrica), empruntant son nom au maître verrier FRONTINVS *.
Elles avaient eu tant de suceès, que le fabricant se crut suffisamment autorisé à prendre la dénomination de très-agréable, COMIOR FRON., et à inserire sur les vases sortis de ses ateliers le nom de l’ouvrier par excellence, Prométhée :
PROME@V FROTI (à Amiens), PROMEOEYS F... (à Rouen).
SUÉTONE, Augustus, C. LXXVI.
Les musées a’antiquités de Rouen et d'Amiens en ont recueilli une assez grande quantité. La plupart de ces petits barils de verre portent sous leur pied, par abréviation :
FRONTI— FROTI— FRON— FRO— FROT—FRONT—FRONTIN © (officina), etc.
HISTOIRE DE L'ART DE LA VERRERIE DANS L'ANTIQUITÉ. h9
On éût dit, ainsi que l’a si ingénieusement fait remarquer M. Ch. Dufour, d'Amiens, qu'il se fût inspiré du vers du poëte :
Ficta Promethæo diceris esse luto.
On lit, tracés sous le pied d’un de ces petits barils de verre (PL. LIX, A), les mots : FRONTINIANA. S. C.
Un autre petit baril, découvert aux Loges, près de Fécamp, en 1851, porte FRONT. S. C. F. (FRONTINIANA. S. C. Fabrica). (PL. LIX, À.)
Cette inscription soulève une question intéressante.
D'après l'épigraphie romaine, le sigle S. C., à la place qu'il occupe, doit s'entendre de Senalus Consullo.
A-t-1 bien cette signification sur notre petit baril de verre”?
On doit se demander d’abord si le sénat, même un sénat provincial, intervenait dans la création et dans la concession des établissements industriels; si les corps de métiers, les colléges, qui les exploitaient, étaient soumis à une sanction légale.
I est certain qu'il existait de grandes fabriques privilégiées, de l’art céramique, par exemple, qui avait tant d'affinité avec l’art de la verrerie, lesquelles dépendaient des domaines impériaux, ainsi que l'indiquent les inscriptions gravées sur leurs produits :
OPVS DOLIARE EX PRAEDIIS N. N. AVGVSTORVM, EX PR. IMP. M. AVRELII ANTONI....
EX PR. FLAVII TITI, OPVS DOLIARE EX PRAED. FAVSTINAE AVG.2, etc.
Ces inscriptions sont quelquefois accompagnées des noms des consuls sous lesquels ces établissements industriels avaient été fondés ou concédés; ce qui semblerait dénoter qu'ils avaient souvent l’attache de l'autorité légale.
I y a plus : l'intervention du sénat dans l'organisation des fabriques et des corps de métiers est constatée par des inscriptions antiques parvenues jusqu'à nous. On y voit qu'on pouvait entrer, à un titre particulier, dans les colléges et corporations, au moyen d’un sénatusconsulte :
COLLEGIVM FABRVM QVIBVS EX S : C : COIRE LICET à.
COLLEGIO DENDROPHOR.
ROMANOR. QVIBVS EX S. C. COIRE LICET {.
1 Mémoires de la Société des antiquaires de Picardie, t. IX. ? GRUTER, passim.
3 [DEM, p. CCCCXXxII.
4 IDEM, p. CLxxY.
L'empereur Sévère avait constitué en corps de métiers les diverses industries, et avait fait en leur faveur des règlements auxquels il appela sans doute à participer le sénat, pour lequel il avait une grande déférence?.
La verrerie Frontiniana dut faire partie de ces établissements privilégiés, et aura tenu à le constater, dans son intérêt, en inscrivant sur ses produits la formule Senatus consulto, S. C.
Nous nous sommes souvent demandé si, à l'existence de cette fabrique privilégiée établie sur les confins de la Normandie et de la Picardie, il ne serait pas possible de rattacher (tant la tradition et l'esprit industriel sont vivaces sur le sol normand) l'existence de ces usines de verrerie placées dans la même localité, devers la forêt d'Eu, qui étaient exploitées de temps immémorial, jusqu'en 89, par un petit nombre de familles, auxquelles elles conféraient de certains priviléges, confirmés depuis par l'autorité royale, qui y ajouta mème le droit de noblesse. C’est ainsi que le maitre verrier, de cette même main qui tenait la canne à souffler, put tenir l’épée du noble.
Pour revenir aux temps antiques, à quelle époque devrait-on faire remonter l’origine et l'existence de la verrerie Frontiniana elle-même?
Une médaille en grand bronze, d’Antonin, trouvée à côté d’un des barillets de verre au nom de FRON......., dans une sépulture antique d’un des faubourgs de Rouen, a fait supposer naturellement, à l’auteur de cette découverte”?, que le maître verrier Frontinus existait au temps d'Antonin, vers le milieu du n° siècle de notre ère.
Sans méconnaître le mérite de cette induction, nous croyons devoir faire remarquer que ce n'était pas toujours une pièce de monnaie de l’empereur régnant, à l'exclusion de toute autre, que l'on mettait dans la tombe. Les monnaies impériales, à quelque règne qu'elles appartinssent, n'ayant point cessé d'avoir cours pendant toute la durée de l'empire romain, ef même au delà”, il n’y aurait rien d'étonnant qu'on eût placé dans un tombeau une médaille frappée longtemps avant la mort de l’inhumé, et étrangère à la dynastie régnante.
IL y à plus, souvent on réunissait dans la même sépulture plusieurs pièces frappées sous différents empereurs. C'est ainsi que, dans un cercueil découvert à Rouen, auprès de celui dont nous venons de parler, se trouvaient accolées quatre médailles, de Vespasien, de Domi tien, d'Antonin et de Julie Mammée, mère d'Alexandre Sévère, émises dans un laps de cent cinquante ans “.
Indépendamment de ces observations, la qualité inférieure et le ton verdàâtre du verre de
1 « Corpora omoium consliluil, hisque ex sese defensores dedit et jussit quid ad quos judices pertineret. » (LAMPRIDE.)
2 M. THauriN.
$ Chifflet nous apprend que dans le tombeau de Childérie, au milieu d'un nombre considérable de monnaies romaines, élaient, entre autres, neuf médailles d’Antonin.
4 H. LancLo:s, Mémoire sur des tombeaux gallo-romains découverts à Rouen, 1829,
presque tous ces barillets Frontiniens nous feraient incliner, si nous avions à nous prononcer, à reporter leur fabrication vers le milieu du mn siècle au plus tôt.
Un maître verrier, voisin de la fabrique Frontiniana, séduit du succès du petit baril cerclé, ne craignit pas, pour écouler sa marchandise, au risque d’être accusé de contrefaçon, d'inscrire son nom, DACCIVS F. (fecit), sur un barillet de verre absolument semblable, sorti de son atelier”. (Pr. LIX, 8.)
Un autre maître verrier s'était approprié également l'invention de la fabrique Frontiniana:; mais il n’alla pas aussi loin que son confrère Daccius, et s’abstint d'inscrire son nom sur les petits barils cerclés fabriqués par lui.
C'est dans les environs d'Arras que deux de ces barils ont été trouvés.
Celui dont nous donnons le dessin (PL. LX), et qui est conservé au musée d'Arras, est armé de deux petites anses à son collet et compte cinq cercles, haut et bas. Absence complète de nom et de marque sur le vase.
Tous ces petits barils étaient coulés dans un moule, ainsi que l'indique le bourrelet, plus ou moins en saillie, qui se dessine le long du vase et le coupe en deux portions égales.
A ces estampilles de maîtres verriers, trouvées en Normandie et en Picardie, ajoutons celle de
AMARANVS Flecif] exhumée sur les bords de la Seine, dans la forêt de Brotonne, et retrouvée, sur les bords de la Meuse, à Verdun; preuve que les produits de ce fabricant étaient recherchés au loin. (PL LIX, c:)
Plus modeste que les confrères de son voisinage, les Frontinus et les Daccius, un artiste verrier de Samarobriva (Amiens) produisait des pièces de verrerie d’un autre mérite, et sur lesquelles À aurait pu montrer hardiment son nom et la marque de sa fabrique.
Témoin ce joli canthare, de beau verre bleu, à deux anses enserpentées, la panse et le pied ornés de godrons (PL. LXT) : l'élégance le dispute sur ce vase à la richesse ?,
Le Vicil-Évreux, sur un petit fragment de vase de verre, un barillet peut-être (PL. LIX, »), va nous donner le nom incomplet de COMEonts, qui était, selon toute apparence, accompagné des mots MANUS F'eaf}, sans qu'on puisse l’affirmer.
Sous un pied à demi brisé d’un petit flacon (PL. LIX, €) apparaissent les lettres A...SMANC., marque trop incomplète pour qu'on puisse la rétablir avee une entière certitude.
Pourrait-il être permis, empruntant un nom d'artiste connu *, de lire :
AmanduS MANu Confecit ?
Trouvé à Neuville, près de Dieppe. — Ce verre a dû être coulé dans un moule comme ses congénères.
? Découvert auprès d'Amiens. De la collection Pourtalès, n° 1401 du catalogue de vente. 3 I] existait dans la collection Durand une petite coupe portant cette inscription :
AMANDVS F (fecit).
52 HISTOIRE DE L'ART DE LA VERRERIE DANS L'ANTIQUITÉ. Si du nord de la France nous passons au centre, Limoges nous donnera le nom d'un atelier de verrerie, sur un vase bleu :
OF. OPMIA « OFficèna OPMIA (d'Opmius). »
Ailleurs, sur un flacon de verre incolore, nous trouverons celui du verrier PARRICYS : OF. PARRICI.
Est-ce l’estampille du même maître verrier Parricus, à l'enseigne du Poisson, que nous devons reconnaître sur un autre flacon (PL. LIX, r), où l’initiale du mot oficina, soit prétention du maitre verrier, soit pour la symétrie du dessin, se trouve répétée jusqu'à trois fois ?
Devons-nous lire le nom du verrier TRASEBIVS sur ce poucier de cratère *, où il existe ainsi figuré? (PL. LIX, c.)
Est-ce encore un poucier de cratère, à demi-brisé (PL. LIX, n), qui nous donnerait le nom abrégé d'un autre artiste verrier : LAVRatus, LAVRacus ??
La ville de Lyon, sur un fond de vase de verre blanc, nous fera lire le nom d'un artiste verrier tracé en relief :
IMY. F. (/myus fecit)5.
Si nous descendons vers le Midi, Narbonne va nous faire connaître celui d’un verrier, d’un
ampullarius, sur une inscription, mais sans nous montrer aucune de ses œuvres.