‹ Histoire de l'art grec avant PériclèsChapitre 12 sur 30 · SIPHNOS · texte numérisé non relu

SIPHNOS

Les monuments de Siphnos étaient en marbre de Paros; les constructions en marbre étaient très-rares au siècle de Pisistrate. J’avoue, pour mon compte, que j’attache une assez grande importance aux matériaux qu’emploie l’architecture, et je crois que la différence des matériaux exerce une notable influence sur Part, sur Part grec surtout, où la question de la polychromie, c’est-à-dire de la couleur appliquée aux monuments, dépend plus qu’on ne le croit généralement et des matériaux et des époques.

Siphnos était une île trè3-riche, parce qu’elle possédait des mines d’or et d’argent : ses monnaies sont nombreuses et remarquables parmi les monnaies grecques. Aussi les habitants de Siphnos avaient-ils eon-

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sacré à Delphes un trésor qui ne le cédait en magnificence aux trésors d’aucune autre vide. Ils se construisirent un prytanée et une place publique qu’ils ornèrent partout de marbre de Paros. Qui dit place publique dit portique, selon l’habitude qu’avaient les Grecs d’entourer leurs places d’abris pour la foule : ce furent sans doute ces portiques que l’on Construisit en marbre de Paros. Le marbre était si peu destiné à être peint, il avait si bien conservé toute sa blancheur que l’oracle de Delphes répondit aux députés de Siphnos qui l’interrogeaient sur l’avenir de leur pays :

« Quand Siphnos aura un prytanée tout blanc, une « agora toute blanche, craignez un bois perfide et un « rouge messager. »

Ce bois perfide et ce messager rouge, c’étaient les galères samiennes qui étaient, selon l’antique coutume, peintes avoc du minium. Avant de faire une descente dans l’ile et de ravager les campagnes, les exilés samiens envoyèrent un de leurs vaisseaux avec des députés chargés de proposer une rançon aux habitants dont ils connaissaient parfaitement les richesses. Je ne m’arrêterai pas plus longtemps à cette anecdote et je laisse les exilés samiens. Ce que je remarque surtout, c est 1 effet des monuments de Siphnos, l’impression si bien traduite par l’oracle. Le marbre de Paros, cette admirable matière à laquelle les sculpteurs des âges suivants devaient donner l’illusion, la vie, et toutes les apparences de la chair, le marbre de Paros était resté blanc, sans enduit, sans couleur, à part peut-être quelques légers ornements : c’était toujours du marbre, le

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plus beau de tous les marbres. Voilà uu exemple importaut qu’il faut joindre à la façade du temple de Delphes, construite en marbre de Paros par les Alcméonides, aux temples de Jupiter et de Minerve, construits en marbre pentélique : nous verrons plus tard quel parti il convient de tirer de ces innovations.

Des Cyclades, nous naviguerons vers le Péloponèse, ce cœur de la Grèce, où la vie a toujours battu avec le plus d’intensité. 11 est peu de voyages aussi enchanteurs. Ces îles, qui toutes ont leur physionomie propre, sont disposées en cercle, et, selon l’expression d’Homère, forment un chœur autour de leur reine, Délos, chère à Apollon. A mesure que le bâtiment s’avance sur les flots de la Méditerranée, dont l’azur fait pâlir le ciel, les îles se démasquent les unes les autres, s’avancent, tournent, fuient et s’effacent avec le sillage du vaisseau. Frappées diversement par le soleil , elles s’éclairent d’une lumière différente ; leurs rochers aux mille couleurs, les teintes vaporeuses dont les voile parfois la brise humide, des lignes de montagnes nettes, harmonieuses, pures comme les contours d’une statue, toutes les splendeurs de cette belle nudité font oublier les forêts et les vertes prairies que cherche le regard des Occidentaux et que regrettent ceux qui n’ont point compris la Grèce et. son idéale nature. Les ro- . chers , les eaux , la lumière , voilà des éléments bien ’ simples ; la perfection, en effet , se* compose de si peu de chose ! Ne l’analysez pas : elle se dérobe aux subtilités du raisonnement et veut uniquement être sentie.

Tandis que les sens sont subjugués, l’imagination

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murmure à votre oreille des noms pleins d’écho, des souvenirs pleins de poésie. Autour de Délos, l’île Sainte, où les Ioniens envoyaient leurs navires parés de guirlandes et de fleurs, c’est Naxos, où gémissait Ariane délaissée; Andros, consacrée également à Bacchus ; Paros, qui renferme dans ses entrailles des marbres incomparables; Ténos, aux ravins remplis de lauriers-roses; Mélos, à qui nous devons notre Vénus; Théra, qui n’est qu’un volcan. Céos, patrie de Simonide, sort du cercle et s’avance vers le nord : elle touche à l'Eubée, île immense qu’un pont unit au continent. Sur le mont Ocha, un des sommets de l’Eubée, existe un petit temple d’une simplicité primitive, sans colonnes, couvert par des dalles plates qui s’avancent les unes sur les autres en surplombant. Ce temple a été publié et décrit, dans un mémoire aussi sérieux que distingué sur Y île d'Hubée , par M. Girard, membre de l’École d’Athènes.

Non loin, sur la côte de l’Attique qui regarde l’Orient, s’élevaient les vieux temples de Némésis et de Thémis que les Perses devaient brûler un jour. Déjà le cap Sunium est doublé : nous laissons, pour y revenir bientôt, Athènes et Égine, le temple de Corinthe, que nous saluons de loin comme un vieil ami. A l’autre extrémité du golfe Saronique, nous passons derrière l’île de Calàurie, où mourut Démosthène, et nous nous arrêtons à Tréxène.

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