‹ Histoire de l'art grec avant PériclèsChapitre 9 sur 30 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

ASSOS, SAMOS, S1PHNOS, TRÉZÉNE, SPARTE.

ASSOS.

Jusqu’ici nous avons parcouru un cercle de l’Orient à l’Occident, en partant de la Grèce proprement dite ; nous avons cherché les monuments et les ruines, les reconstituant par la pensée, établissant leur relation et leur âge par l’échelle des proportions. Peut-être avons-nous prolongé assez longtemps cette étude pour nous permettre de constituer, par des conclusions probables, la critique et l’histoire de l’architecture archaïque. Je ne me propose point de poursuivre dans le détail les moindres débris d’ordre dorique et d’analyser les monuments moins importants. De même que dans l’histoire d’une littérature on ne s’arrête point à quelques fragments ou à quelques vers épars, à côté de tant de chefs-d’œuvre complets. Mais si le travail d’analyse nous suffit, si les monuments ont livré le secret qu’ils contenaient, si le sol lui -même, trop rarement interrogé par des fouilles, a montré

ÀSSOS.

quelquefois les éléments précieux qu’il avait recélés dans son sein, il reste un travail d’un autre genre, l’étude des textes. 11 serait facile de recueillir dans les historiens anciens tous les passages où il est question de temples doriques, de temples surtout qui sont cités comme très-anciens. Mais ce dépouillement serait inutile et promptement fastidieux. Dans chaque ville grecque il existait un grand nombre de temples, la plupart semblables, sauf la beauté et la dimension. Les voyageurs et les antiquaires grecs trouvaient le type de leurs temples si simple, si connu, qu'ils n’en parlaient point avec détail : ils n’indiquaient le monument que pour la clarté d'un récit ou les exigences de la topographie. Les ouvrages spéciaux, d'ailleurs, les ouvrages véritablement archéologiques ont péri ; les traités composés par les gTands architectes du sixième et du cinquième siècle aussi bien que par les savants de l’ère Alexandrine sont perdus ; de sorte que, la plupart du temps, il faudrait se contenter de recueillir une dénomination sèche ou un trait incomplet, plus propre à embarrasser l’esprit qu’à l’instruire. 11 n’y a d’exception que pour les temples d’une importance considérable et d’une beauté telle qu’ils firent l’admiratien de leur siècle : tels sont les temples de Jupiter Olympien à Athènes, de Junoh à Samos, de Diane à Éphèse. Bien que les anciens nous laissent encore trop peu de détails sur ces édifices, il est nécessaire de repasser soigneusement leurs descriptions et d’essayer de se figurer par l’imagination ce qu’étaient ces œuvres grandioses du passé.

HISTOIRE DE I/ART GREC

Mais avant d’écouter ces précieux témoignages, nous nous promènerons encore à travers quelques cités antiques, qui offrent des débris intéressants, ou bien qui ont été des centres pour l’art au sixième siècle* de même que le voyageur qui visite les terres classiques, estime un devoir en quelque sorte sacré d’aller contempler un emplacement glorieux où cependant aucune ruine n’a subsisté. Avant de revenir auprès de Corinthe et de nous arrêter à Athènes et à Égine, d’où nous sommes partis, il est juste de regarder Sparte, la capitale de la race dorienne et le sanctuaire un peu étroit de sa tradition, de débarquer à Samos, qui possédait trois merveilles du monde ancien, et surtout de chercher sur les côtes de l’Asié-Mineure les ruines d’un temple dorique dont nous possédons un échantillon au Musée du Louvre. Je veux parler du temple d’Assos.

L’Asie est assurément encore peu connue, malgré de savants et beaux ouvrages. De nouvelles ruines seront découvertes par la suite et nous devons attendre de magnifiques richesses, lorsque des fouilles seront entreprises sur l’emplacement de villes antiques : Ninive et Xanthus en sont un exemple. Cependant bien des voyageurs ont parcouru l’Asie Mineure, publié ses ruines, qui sont déjà plus nombreuses que celles de la Grèce eHe-môme. • Malgré cette abondance, ou plutôt à cause de celte abondance, on s’étonne de trouver si peu de temples du siècle de Pisistrate et du siècle de Périclès. Des fortifications, des tombeaux, des murs cyelopéens de toute sorte,

ASSOS.

des grottes taillées dans le roc, il s’en rencontre en quantité et sous des aspects aussi curieux que variés.

Mais ce n’est pointlà de l’art, c'est de la construction, utile, solide, belle si l’on veut, mais rien de plus. On ne saurait étudier longuement et avec fruit de * tels travaux, non plus que dans l’histoire littéraire on ne saurait donner une place importante à des livres d’usage familier, de science pratique, de technique ou de nécessité. L’art ne s’analyse véritablement que dans les monuments qui prêtent à la création, aux preportions, au luxe surtout, c’est-à-dire à ce qui est désin- . téressé et inutile. Les temples , les théâtres , les gym- « nases et les stades, lés basiliques, les palais, les portiques , les grands édifices qui servent à l’ornement d’une ville, c’est là que l’art seÿdéveloppe avec une entière liberté et que les architectes, aiment à exercer leur talent. Nous voyons, en effet, dans l’Asie Mineure, des temples, des théâtres, des .palais, des portiques, des gymnases : mais de toutes ces ruines, une seule remonte au siècle de Pisistrate, une seule offre les caractères de cette époque déjà reculée dont les, * œuvres ont subsisté en assez grand nombre en Grèce et dang les colonies occidentales. Cette ruine , c’est - • le temple d’ Assos, ville de Mysie.

Pourquoi donc l’Asie Mineure, où la civilisation, les richesses, les arts furent précoces, ne garde-t-elle pas plus de traces des travaux du sixième siècle, période florissante pendant laquelle les colonies brillèrent d’un éclat plus vif que les métropoles de la Grèce propre? Pourquoi cherche-t-on en vain des

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débris de l’architecture ionique primitive? Pourquoi ne trouve-t-on pas des monuments d’ordre dorique, si l’ordre dorique est plus ancien et a précédé l’ordre ionique? Je ne vois qu’une seule réponse à cette question : ce sont les malheurs de l’Asie. Autant sa prospérité fut insigne, autant ses malheurs furent grands et répétés : dès le sixième siècle, la guerre de Crésus, roi de la puissante Lydie, qui voulait étendre son empire sur l’Asie Mineure entière ; au cinquième siècle, après l’incendie de Sardes, les guerres des Perses, conquérants cruels, que leurs « défaites en Europe ne faisaient qu’exaspérer, et que chaque révolte de l’Ionie ramenait plus impitoyables plus tard, les guerres des Grecs contre les Grecs, des successeurs d’Alexandre, des rois d’Asie, des Romains, toutes les misères que la guerre entraîne; joignez-y les tremblements de terre, on en cite un sous l’empereur Tibère qui renversa de fond en comble quatorze villes. Je ne parle point du moyen âge et des temps modernes, pendant lesquels la ruine ne s’est que trop souvent promenée à travers l’Asie Mineure. Enfin, l’on découvre tant de bonnes raisons dans l’histoire pour que le passé ait été effacé et pour que ses œuvres aient disparu complètement, que l’on s’étonne plutôt d’en trouver encore debout.

Dans ce nombre, on ne verra guère d’autre temple du sixième siècle que celui d’Assos, et ce temple est dorique, chose singulière dans le pays des Ioniens. Je sais qu’on pourrait citer un tombeau de la Cappadoce, près d’Urgub. M. Texier en parle dans son voyage

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