Gaietle des Beaux-Arts, 1879, t. I, p. 3.Sq
LES SAN GALLO
octogonale de Santo Spirito (1489), la villa de Poggio a Cajano et le couvent de San Gallo (depuis longtemps détruit), tous trois construits pour Laurent le Magnifique, puis la « Madonna delle Carceri » à Prato. Giuliano remplit en outre à diverses reprises les fonctions d’architecte en chef de la cathédrale florentine.
La sacristie, attribuée tantôt au Cronaca, tantôt à Andrea Sansovino, mais composée en réalité par Giuliano, comprend douze colonnes corinthiennes qui portent une architrave, une frise et une corniche; puis une voûte à
La villa de Pog-^io a Cajano (état actuel).
lunettes, décorée de compartiments richement sculptés, mais auxquels on reproche de ne pas répondre à l’axe des colonnes. S’il en était autrement, déclare Vasari, ce petit monument serait parfait dans toutes ses parties.
L’architecture de la villa de Poggio a Cajano est des plus simples : ni saillies pittoresques, ni colonnes monumentales, ni cariatides; vu de face, l’édifice ressemble à un quadrilatère, composé d’un rez-de-chaussée et de deux étages, avec un portique à piliers contournant le rez-de-chaussée et formant une terrasse à- la hauteur du premier étage. Ce portique, assez lourd, est — j’ai hâte de l’ajouter • — une addition postérieure, et ne doit pas être mis au compte de Giuliano, dont l’œuvre a été défigurée en plus d’un point. Ce n’est qu’en faisant le tour de l’édifice que l’on s’aperçoit que sur les façades latérales les extrémités débordent sur le centre, de manière à former comme des ailes. Le principal ornement de la façade consiste en une loge fort belle, voûtée en berceau, et enrichie de masques, ainsi que des armoiries ou emblèmes médicéens, les trois plumes dans une bague et les boules;
ces motifs, en stuc blanc, se détachent sur un fond bleu. La frise du fronton de cette loge est à son tour décorée de terres cuites émaillées, d’un style particulier et qui trahit déjà les tendances du xvf siècle. Au premier étage, l’attention se concentre sur un splendide salon, dont la décoration toutefois n’a été achevée que par les soins de Léon X et du duc Cosme LL La construction de la voûte en berceau qui surmonte ce salon donna lieu à de sérieuses difficultés. Laurent le Magnifique doutait du succès de l’entreprise, à cause de la portée considérable de la voûte. Pour le rassurer, Giuliano construisit une voûte semblable dans une maison qu’il élevait pour lui-même à Florence et mena ensuite à bonne fin celle de Poggio. Les armoiries et devises des Médicis forment la base de la décoration de ce plafond monumental; on y remarque les quatre bagues assemblées, les branches de laurier liées ensemble, les « pâlie » ou boules, tous emblèmes qui ont leur place dans les fastes de l’art florentin; les uns se détachent en bleu, les autres en rouge ou encore en noir sur un fond d’or d’une richesse éblouissante.
De 1485 à 1491, Giuliano construisit à Prato la « Madonna delle Garceri » (la Madone des Prisons). Cette église forme une croix grecque, surmontée au centre d’une coupole dont le tambour repose sur les quatre bras voûtés de la croix; autour de la coupole, une galerie; dans les pendentifs, les figures des Évangélistes en terre cuite. Ainsi que dans bon nombre d’églises toscanes, un crépi blanc recouvre les murs, ce qui permet aux pilastres en pierre grise ou bleutée de se détacher avec une extrême netteté, sans dureté aucune. La frise qui règne autour de l’église est ornée, comme les pendentifs, de terres cuites émaillées, à figures blanches sur fond bleu, représentant des guirlandes, des banderoles, des candélabres. C’est de la polychromie sous sa forme la plus discrète et la plus distinguée. Mais ce qui frappe et charme le plus, c’est l’harmonie des proportions. A l’extérieur, le soubassement de l’église a seul son revêtement en pierres de taille blanches, avec des encadrements noirs. Les pilastres, dans cette partie extérieure, ont encore quelque chose d’un peu timide et pauvre.
En 1492, Giuliano commença la construction du cloître de Cestello (aujourd’hui « Santa Maria Maddalena dei Pazzi »). Un chapiteau de marbre antique trouvé à Fiesole lui servit de modèle pour ses chapiteaux d’ordre ionique, qu’il orna de volutes descendant jusqu’au colarin et d’une frise égale au tiers du diamètre de la colonne. (Notons à ce sujet que d’ordinaire les chapiteaux de Giuliano sont loin de se distinguer par leur ampleur et leur pureté; ils sont généralement maigres et archaïques.) Dans les angles du cloître, ainsi qu’aux supports des arcs, l’artiste plaça des pilastres carrés doriques, analogues aux autels des temples de l’antiquité.
En dehors de la Toscane, le cardinal Julien de la Rovere chargea Giuliano d’une longue série de travaux : la restauration des fortifications d’Ostie, la