‹ Histoire de l'art pendant la Renaissance (volume 2)Chapitre 139 sur 262 · I-ES SAN GALLO · texte numérisé non relu

I-ES SAN GALLO

construction du palais de Saint-Pierre-ès-Liens, la construction du palais de Savone.

En examinant le « prospetto cronologico » de la vie de Giuliano dressé par M. Milanesi, le dernier éditeur de Vasari, on y aperçoit du premier coup une lacune de cinq années environ, de 1492 à 1497. C’est précisément dans cet intervalle que son protecteur, le cardinal délia Rovere, brouillé avec le pape régnant, Alexandre VI, chercha un refuge en France. Nous savons d’une façon certaine qu’en 1494 le cardinal se rencontra avçc Charles VIII. Au mois de mai de l’année en question, les ambassadeurs florentins annoncent, de Lyon, l’arrivée du cardinal, qui venait de Nice.

Le 6 juin, lettre relatant l’entrevue qu’ils ont eue avec lui à Lyon; le 14, lettre annonçant son départ pour la Bourgogne, où il accompagna le roi.

Or que nous dit Vasari ?

Que ce fut à Lyon que le cardinal remit au roi le modèle de palais fait pour lui par Giuliano.

Le cardinal quitta la France avec l’armée de Charles VIII. Au mois de décembre 1494, notamment, nous le trouvons à Rome. San Gallo le suivit-il ? C’est là un point sur lequel il serait diflicile de se prononcer. Ce qui est certain, c’est que deux ans plus tard on le rencontre de nouveau dans notre pays. Il résulte en effet d un document inédit, qui m’a été obligeamment communiqué par M. de Geymüller, qu’en 149O Giuliano parcourait encore le midi de la France. Ce document, c’est la relation de voyage écrite par l’artiste lui-même, et aujourd hui collée à rebours sur l’un des plats intérieurs du fomeux recueil de la Bibliothèque Barberini. Parti d’Avignon le 26 avril, Giuliano ne mit qu une dizaine de jours pour se rendre à Grasse, d’où il se proposait sans doute de regagner l’Italie. Il visita successivement Tarascon, Arles, Salon, Aix, Saint-Maximin, Brignoles, Draguignan, Grasse et plusieurs villes qu’il a été impossible d’identifier.

A son retour en Italie, en 1497, sa réputation d’ingénieur militaire lui joua un fort mauvais tour : fait prisonnier par les Pisans, dont il avait besoin de traverser le territoire, il fut retenu six mois, et dut payer une rançon de .loo ducats (iSooo francs), que l’on n’eût certes pas demandée à un simple architecte. A quelques années de là, il prit une revanche éclatante : il construisit, en collaboration avec son frère Antonio, le pont qui était destiné à couper les vivres aux Pisans, et amena ainsi la reddition de cette malheureuse cité.

La période qui s’étend du retour de Giuliano en Italie à l’avènement de son protecteur, le cardinal délia Rovere, au trône pontifical, abonde en travaux intéressants, mais d’un ordre secondaire : les fortifications de Borgo San Sepolcro et d’Arezzo, la direction des travaux du Palais \heux de Florence, puis, d’un autre côté, l’achèvement de la coupole de Lorette (i5oo), et probablement aussi l’exécution du soffite en bois doré (voy. p. .1.13) dont le pape Alexandre VI enrichit la basilique de Sainte-Marie-Majeure à Rome. Giuliano était donc rentré en grâce auprès de ce pontife, sans doute par l’entremise de son Itère Antonio, qui travaillait alors aux fortifications du château Saint-Ange. Notons que, de même que Giuliano courait sans cesse de Florence à Rome et de Rome à Florence ou à Lorette ou à Arezzo, de même aussi il faisait alterner la pratique de l’architecture religieuse et civile avec d’importantes entreprises militaires, pour ne pas oublier les sculptures en bois ou en pierre, ou les marqueteries auxquelles il mettait parfois la main.

Selon toute vraisemblance, le plus intéressant des palais construits à Florence par Giuliano, le palais Gondi, près de la place de la Seigneurie, prit naissance vers cette époque. Ce palais, au dire de Vasari, lut commencé par Giuliano Gondi (né en 1421, mort en loni), immédiatement après son retour de Naples, c’est-à-dire après 1494 (en 14BB, d’après le Sommario storico delle FamigUe cekbri Toscane. Florence, 1BÔ2). Mais Giuliano était alors absent de Florence, et nous ne serons pas éloigné de la vérité en avançant de trois ou quatre années la date de la construction. Giuliano voulut pousser aux dernières limites la sobriété, disons mieux la nudité, propre au palais florentin traditionnel. Des pierres de taille avec des bossages peu saillants, mais avec des refends très accentués, tout tous les frais de la décoration, à l’exception des cordons de perles et des consoles microscopiques, d’un effet assez mesquin, qui régnent au-dessus d’un rez-de-chaussée; autour des fenêtres, qui sont cintrées, pas le moindre ornement. Assurément, au palais Strozzi, Benedetto da Majano avait adopté un parti analogue, mais avec combien plus de souplesse et de souffle! Aussi je dirai que, pour apprécier à sa valeur le palais Strozzi, il fi;ut étudier le palais Gondi, qui en est, sur de certains points, comme la caricature.

Le cortile entouré de portiques mérite plus d’éloges. On lui reproche d’être

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un peu haut pour sa largeur; il est cependant suffisamment éclairé. Les colonnes du rez-de-chaussée, ainsi que celles de la loge qui couronne l’édihce, sont en belles pierres monolithes. La rampe de l’escalier, soutenue par une riche balustrade, se fait remarquer par le goût et la recherche. La frise, au dessus du portique, se compose de médaillons contenant les portraits de la famille de Gondi.

La décoration du palais Gondi fournit à Giuliano l’occasion de prendre en main le ciseau du sculpteur : il y exécuta la très belle cheminée dont la frise est reproduite en tête du présent chapitre ; malgré une certaine sécheresse de style, ce morceau a de l’allure et de la

aux embûches d’Alexandre VI! Une autre considération encore le recommandait à la faveur du pape : seul d’entre tous les architectes vivants, il avait participé aux travaux de reconstruction de la basilique de Saint-Pierre au temps de Paul IL De fait, Giuliano reçut dans le principe les témoignages d’estime les plus flatteurs. Mais son astre ne tarda pas à pcâlir devant celui de Bramante. Après avoir essayé quelque temps, d’accord avec Michel- Ange, de lutter contre l’ascendant de son compétiteur urbinate , l’architecte florentin, atteint dans son amour-propre, quitta la partie, quoique Jules II fit l’impossible pour le ramener. Au mois de mai i5o6, il portait encore le titre d’architecte du pape; selon toute vraisemblance il regagna la même année sa ville natale. D’après Vasari, il serait retourné plusieurs fois dans la Ville éternelle pendant le règne de Jules II, qui lui aurait confié le soin d’achever les fortifications du AUtican et du Borgo. Sans contester cette assertion, je dois me borner à faire observer qu’il nous Dut aller jusqu’à Léon X pour trouver de nouveau son nom dans les comptes des bâtiments pontificaux.

E. Müntz. — 11. Italie. L’A<<e d’Or.

L’avènement de Jules II (i5o3) autorisait son architecte favori à nourrir les plus hautes espérances.

Giuliano n’avait-il pas été choisi par lui pour compagnon de voyage, disons mieux, pour compagnon d’exil lorsqu’il s’était réfugié en France pour échapper

richesse.

Chapiteau du palais Gondi.

D’importants travaux exécutés à Pise (construction du pont « délia Spina », etc.) marquent cette période de la vie de Giuliano.

L’avènement de Léon X, le fils de son ancien protecteur, Laurent le Magnifique, ramena Giuliano à Rome. Dés le mois de septembre i5i3, ainsi avant la mort de Bramante, le vieil architecte florentin dirigeait les travaux entrepris au Vatican dans le voisinage de la tour Borgia. Le C' janvier lôiq, on le trouve en possession d’un traitement de 25 ducats par mois, qui lui fut servi jusqu’au i" juillet i5i5. C’étaient là, selon toute vraisemblance, ses honoraires d’architecte de Saint-Pierre. Le lo septembre lôiq, Léon X lui accorda dans le Borgo un emplacement destiné à la construction d’une maison. Giuliano ne jouit pas longtemps de la fiiveur du pape; ses infirmités le forcèrent à demander sa retraite, et il retourna dans sa ville natale.

Une fois encore, en i5i6, à l’occasion du voyage de Léon X à Florence et du concours pour la façade de l’église Saint-Laurent, Giuliano rentre dans l’arène. Ses projets (conservés au musée des Offices) se distinguent par leur extrême richesse. Des statues dans des niches, des statues sur des piédestaux ou sur des frontons, des bas-reliefs nombreux, leur donnent à tous un aspect non seulement brillant, mais encore mouvementé; je veux dire revêtant les apparences du mouvement, car ces silhouettes, en apparence si hardies, cachent une certaine pauvreté d’organisme et je ne sais quel manque de pureté classique, bien différentes en cela des créations de Bramante. Lorsqu’un artiste joue à ce point avec les idées, tantôt mettant en avant deux clochers gigantesques et tantôt les supprimant, c’est que ses convictions ne sont pas des plus profondes. L’exagération du mouvement s’explique par l’inffuence de Michel- Ange, l’ami et le concurrent de Giuliano; par elle aussi s’explique la prédominance de l’élément sculptural sur l’élément arcliitectural. On découvre sans peine que Giuliano a cherché dans ces sculptures à tirer parti de ses études d’après les monuments antiques du midi de la France, l’arc d’Orange, etc.

N’importe, il faut admirer chez le septuagénaire ce grand effort : il prouve que Giuliano resta capable de se renouveler jusque dans l’extrême vieillesse. Les projets pour la façade de Saint-Laurent turent son chant du cygne : il mourut la même année, le 20 octobre.

Giuliano, architecte alerte, habile, brillant, n’était pas un styliste de la torce de ce Bramante avec lequel il osa se mesurer à Rome lors du concours pour la réédification de Saint-Pierre et dont il recueillit la succession, du moins en partie. C’est pourquoi, s’il a laissé des monuments dignes de toute estime, tels que la « Madonna delle Carceri », il n’a pas creusé un sillon profond dans les annales de l’architecture italienne. Telle est la loi fatale : seuls ceux qui se sont dévoués à un idéal supérieur, seuls ceux qui ont formulé des principes, marquent leur passage et font école.

Antonio da San Gallo l’Ancien (iqSS-iSdq) avait des aptitudes moins uni-

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verselles et une humeur plus sédentaire que son frère Giuliano ; il se consacra plus spécialement à embellir ou à fortifier la Toscane, sa province natale, et les États pontificaux.

De même que Giuliano, Antonio commença par la sculpture en bois; ses Crucifix lui valurent une certaine réputation : l’iin d’entre eux prit le chemin de la France, un autre celui de l’Espagne. Mais il ne tarda pas à cultiver plus spécialement l’architecture, et surtout l’architecture militaire, où il acquit une telle notoriété, qu’Alexandre VI, à peine monté sur le trône, lui confia la refonte des fortifications du château Saint-Ange, la citadelle par excellence des Papes. Dès le mois de novembre 1494, il travaillait au corridor qui relie le château au Vatican; les documents le qualifient à cette occasion de « murator » (maçon). Une longue série d’années durant, il s’employa, soit pour le compte d’Alexandre VI, soit pour celui de Gésar Borgia, à la transformation des forteresses de l’État pontifical : en 1499, entre autres, on le voit signer des contrats pour la construction des citadelles et des remparts de Nepi et de Cività-Gastellana ; la ville de Montefiascone lui doit également ses défenses.

Antonio, de même que son frère Giuliano, consuma le meilleur de ses forces dans ces ennuyeuses entreprises ou plutôt ces tâtonnements dont la République florentine avait la spécialité et qui reflétaient si exactement les incertitudes, les compromissions, le manque de parti pris et le manque de résolutions généreuses, propres à un gouvernement vétilleux entre tous. On eût élevé de fond en comble des douzaines d’églises ou de palais rien qu’avec l’argent consacré à des réparations ou à des embellissements secondaires.

Wrs la fin de sa vie, probablement fatigué de cette agitation stérile. Antonio concentra son activité sur la ville de Montepulciano, qui lui doit ses principaux embellissements : la « Madonna di San Biagio », les palais Cervini, Tarugi, Bellarmini, etc.

L’église de la « Madonna di San Biagio' », le chef-d’œuvre d’Antonio, est construite en blocs de travertin d’un jaune superbe. A gauche, séparé de l’église, se dresse le clocher; â droite, on aperçoit les substructions d’un second clocher, qui est resté inachevé. L’intérieur, dans lequel l’architecte a laissé la pierre nue, ce qui est d’un fort bel effet, a la forme d’une croix grecque avec les bras voûtés en berceau, une coupole au centre, et une fenêtre à chaque extrémité. On admirera l’harmonie et l’ampleur de cette construction, qui appartient à la plus parfaite époque de la Renaissance, le règne de Léon X (elle fut commencée en 1.^18). Gertes Bramante et ses successeurs auraient donné plus de finesse à ces colonnes engagées, plus de caractère à ces chapiteaux pour lesquels les trois roses, qui reparaissent partout, ne forment peut-être pas un ornement assez noble. Mais chez Antonio, artiste un peu

I. Bibl. : Lambert, Madonna di San Biagio près Montepulciano. Stuttgart, s. d.

attardé, comme son frère Giuliano, il y eut là un effort dont il faut lui savoir gré.

Le presbytère, situé à quelques pas de l’église, a été comme elle commencé en i5i8; il est sans doute aussi de l’invention d’Antonio. C’est un édifice fort élégant, avec ses arcades séparées par des pilastres et sa loge ouverte.

Le palais Tarugi (gravé p. 227) est un édifice lourd plus encore qu’imposant. Les arcades du bas ont des proportions trop massives : la séparation des étages n’est pas suffisamment indiquée ; les profils manquent de finesse.

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