I.e Presbytère de la « Madonna di San Eia^do
La fermeture de la loge, autrefois ouverte, qui surmontait le palais, a rendu ces défauts plus visibles encore.
A Monte San Savino, où il se fixa plus tard, on attribue à Antonio le Palais communal, la Loge des Marchands et plusieurs palais. A Arezzo, il construisit la nef de l’église de 1’ « Annunziata ».
Prenant exemple sur les architectes ses contemporains, et notamment sur son frère Giuliano, Antonio recueillit dans des albums, non seulement ses propres études, mais encore une foule de motifs antiques. Un de ces albums appartient aujourd’hui à M. de Geymüller, qui l’a décrit en i885 dans les Mémoires de la Société des Antiquaires de France. Il contient (outre des dessins de Francesco da San Gallo, le neveu d’Antonio) des études pour les fortifications du château Saint-Ange et pour l’église de Montepulciano, des relevés de la basilique de Constantin à Rome, du mausolée de sainte Constance dans la même ville, du mausolée de Théodoric à Ravenne, etc.
Antonio da San Gallo l’ancien n’avait que des filles et Giuliano qu’un fils.
LES SAN GALLO
Francesco (1494-1576), qui se fit un nom comme sculpteur et médailleur; mais les enfants de leurs soeurs fournirent à l’art une série de recrues brillantes : c’étaient tout d’abord Antonio le jeune, le célèbre architecte (1485- 1546), Giovanni Francesco (1482-1530) et Battista, surnommé il Gobbo (né
La • Madonna di San lîiagio », près de Montepulciano.
en 1496), tous deux également architectes, puis le peintre Bastiano (1484i55i). Nous retrouverons ces artistes dans notre troisième volume.
Vasari, en bon Toscan qu’il était, a porté aux nues les services rendus à sa patrie par les San Gallo : leurs compatriotes, déclare-t-il, leur doivent une grande reconnaissance, car ils ont fortifié l’Etat florentin, orné la ville et répandu la gloire de Florence dans tous les lieux où ils travaillèrent.
Autour des Majano et des San Gallo gravitent plusieurs architectes de talent, parmi lesquels il faut signaler au premier rang le Cronaca et Baccio d’Agnolo.
Simone Pollajuolo, surnommé « il Cronaca » (le Chroniqueur, parce que, d’après ^Csari, il se plaisait à décrire sans cesse les merveilles de Rome et des autres cités qu’il avait visitées), était né à Florence en 1407. Forcé de s’enfuir de sa ville natale à cause de quelques étourderies, il s’établit à Rome, où il étudia sans relâche les monuments de l’antiquité. De retour à Florence, il continua les travaux du palais Strozzi, que la mort de Benedetto da Majano (1497) venait de laisser sans direction. On loue surtout le Cronaca pour l’idée qu’il eut de placer au-dessus des derniers bossages trois assises de pierres lisses, afin de mieux fiiire ressortir les profils qu’il cherchait à établir. On admire dans les deux ordres de colonnes, les unes doriques, les autres corinthiennes, la beauté des chapiteaux, des corniches, des fenêtres et des portes. Malheureusement, les distributions intérieures ne répondent ni à la grandeur, ni à la magnificence de l’extérieur; on reproche notamment à l’escalier sa pente trop raide.
L’église San Bartolommeo (ou San Francesco, ou encore San Salvatore al Monte) se dresse à mi-côte sur le chemin qui conduit de Florence à San Miniato; elle domine une plate-forme offrant une vue splendide. Conformément aux traditions florentines, le Cronaca s’y est attaché à réaliser l’idéal de la simplicité : aussi Michel-Ange, qui admirait beaucoup cette construction, l’appelait-il « la bella villanella » (la belle villageoise). Rien de plus élémentaire que la fitçade (voy. p. 019). L’intérieur n’offre pas moins de simplicité; il se compose d’une seule nef, à chapelles latérales, d’un arc triomphal et d’une abside rectangulaire (le transept manque). Des pilastres assez massifs séparent les chapelles. Les chaînes, d’un ton jaunâtre, se détachent sur le crépi blanc du fond; une balustrade de peu de saillie règne autour de l’église, à la hauteur du premier étage. La lumière, douce et tempérée, pénètre par des fenêtres pratiquées dans les chapelles, à raison d’une par chapelle, et par les fenêtres de la nef, correspondant chacune à une chapelle. Le faîtage est découvert. Malgré son extrême sobriété, le chef-d’œuvre du Cronaca porte au recueillement et engendre une indéfinissable expression de calme et de sérénité. Au fond, ce dédain apparent de tout artifice cache une science profonde. — On manque de détails sur l’histoire de la construction : M. del Badia nous apprend seulement que l’église fut inaugurée en lôoq.
Dans la construction de la grande salle du Palais \fieux, le Cronaca montra que sa science de constructeur ne le cédait pas à son talent d’architecte. Cette salle était la plus vaste que l’Italie eut vue jusqu’alors. On n’admirait pas moins, malgré une certaine raideur, l’escalier replié en deux révolutions qui y conduisait, avec ses pilastres et ses chapiteaux corinthiens, ses corniches et ses arceaux en « pietra di macigno », ses voûtes en berceau, ses fenêtres ornées de colonnes et de chapiteaux de marbre. Il est malheureux que cette partie du
LE CROXACA ET BACCIO D'AGXOLO.
Palais Vieux ait été défigurée sous prétexte d’embellissement, au temps du duc Cosme de Médicis. Vasari, à qui nous devons les plus précieuses indications sur l’œuvre du Cronaca, fut en même temps l’instrument dont Cosme se servit pour opérer ces remaniements.
On a souvent aussi fait honneur au Cronaca du palais Guadagni, remarquable surtout par sa décoration polychrome (gravé p. 33 1). Mais cette attribution ne s’est pas confirmée.
Le biographe nous montre chez le Cronaca une des nombreuses victimes des prédications de Savonarola. L’artiste embrassa le mysticisme du prophète avec un tel fanatisme, qu’il ne voulut plus s’occuper d’autre chose. Il mourut en cet état en i5o8, âgé de cinquante et un ans seulement.
Un parent du Cronaca, le flmieux peintre et sculpteur Antonio Pollajuolo, se serait également essayé, au dire de Vasari, dans l’architecture : il aurait fourni au pape Innocent VUI les dessins du palais du Belvédère.
Plus laborieux que le Cronaca fut son compatriote Baccio d’Agnolo (1462-1543), l’auteur de plusieurs églises (San Giuseppe, iSiq) et d’une série de palais élevés à Florence, les palais Bartolini, Roselli del Turco, la villa Stiozzi Ridolfi, aujourd’hui palais Orsini, etc., etc.
Prenant exemple sur les Majaiio et les San Gallo, Baccio d’Agnolo cultiva la marqueterie et la sculpture en bois, et môme la sculpture en marbre, concurremment avec l’architecture. Vasari cite un grand nombre d’ouvrages témoignant de sa rare habileté, entre autres la balustrade des orgues de Santa Maria Novella (aujourd’hui dans l’église de Rueil, près de Paris). La balustrade en marbre de la « cantoria » ou tribune des chanteurs, sculptée pour la môme église, a également pris le chemin de l’étranger; elle est exposée depuis une trentaine d’années au musée de South Kensington). Contormément aux traditions du bon vieux temps, Baccio tenait boutique ouverte. L’hiver, des citoyens distingués et des artistes considérables, Raphaël, Sansovino, Filippino Lippi, le Cronaca, les San Gallo, Granacci, etc., s’y rassemblaient pour discourir sur les arts. Parfois aussi Michel-Ange y faisait une apparition.
Malgré un talent véritable, surtout pour l’aménagement des habitations particulières, Baccio d’Agnolo fut à tout instant en butte aux attaques de ses confrères. On a vu à quelles railleries donna lieu son palais Bartolini (p. 324, 329). Dans une autre circonstance, Michel Ange traita de puéril le modèle en bois que Baccio avait exécuté d’après ses dessins pour la façade de Saint-Laurent (p. 3 20). Ce fut Michel-Ange aussi qui fit écarter le projet
Portrait du Cronaca.
(D'après la gravure publiée par Vasari.)
de galerie extérieure imaginé par Baccio pour la coupole de Sainte-Marie des Fleurs; il la compara irrévérencieusement à une cage à grillons, « una gabbia da grilli ».
Laissant de côté les artistes ou les constructions moins en vue, sur lesquels on trouvera des renseignement suffisants dans les ouvrages spéciaux de Vasari, de J. Burckhardt, de M. del Badia et de M. de Geymüller, essayons de définir le rôle des architectes florentins pendant la seconde période de la Renaissance.
Malgré un talent et une science qu’il serait inique de révoquer en doute, les Majano, les San Gallo, le Gronaca ou Baccio d’Agnolo ont cherché en vain à donner à leurs créations soit l’originalité, soit l’aisance, soit la haute distinction qui caractérisent les monuments élevés par leur émule Bramante. Leur infériorité tient à des causes multiples : les troubles politiques, le scepticisme et la sécheresse de jour en jour croissants de l’esprit florentin. Plus encore que les chefs-d’œuvre de la sculpture et de la peinture, ceux de l’architecture exigent le concours d’une foule de facteurs appartenant à l’ordre moral; pour naître et pour mûrir, il faut qu’ils soient inspirés par quelque grande idée, soutenus par les convictions d’une cité ou d’une génération entière. Or, si l’on découvre dans le Saint-Pierre de Bramante le contre-coup de l’essor imprimé à l’Église par un pape tel que Jules II, quelles aspirations, je vous prie, pouvaient refléter les constructions de la malheu reuse Florence, constamment ballottée, pendant près d’un demi-siècle, entre la tyrannie des Médicis et les revendications de la liberté !
La vieille métropole de la Toscane n’avait cependant pas dit son dernier mot : lorsque Léon X ouvrit en i5i6, à l’occasion de son voyage à Florence, le fameux concours pour l’achèvement de la façade de Saint- Laurent, concours auquel prirent part les maîtres les plus célèbres en l’art de bâtir, le Pape décerna le prix à un Florentin qui n’avait jusqu’alors manié que le ciseau et le pinceau et qui devait renouveler l’architecture, comm.e il avait renouvelé la sculpture et la peinture. Dans cette préférence donnée à Michel- Ange sur des concurrents tels que Raphaël, Giuliano da San Gallo, les deux Sansovino, il y avait comme l’intuition de l’avenir réservé aux architectes florentins dans la dernière évolution de la Renaissance. Si leur rôle tut bienfaisant ou non, nous n’avons pas à l’examiner pour le moment : il nous suffit de constater, une fois de plus, la prodigieuse vitalité du génie florentin.
Sienne ne s’enrichit pendant cette période que d’un petit nombre de monuments nouveaux; en revanche, deux de ses fils, Francesco di Giorgio Martini et Baldassare Peruzzi (dont nous réservons la biographie pour notre troisième volume), remplirent d’églises, de palais, de citadelles, la Toscane et