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FRA GIOCONDO

ainsi qu’à son train de vie; plus digne d’un épicurien que d’un ascète, mais bien en harmonie avec son surnom de Fra Giocondo, frère joyeux.

Fra Giocondo mourut le i" juillet i5iô, plus qu’octogénaire.

Essayons de résumer, d’après M. de Geymüller, le caractère de son talent : Dans l’architecture religieuse, dit le savant historien de Saint-Pierre de Rome, les dessins de Fra Giocondo montrent non moins d’originalité que de maturité; il conserva assez d’indépendance pour s’inspirer, dans l’extrême vieillesse, du style de Bramante. Une conception générale claire et grandiose, une rare beauté dans l’interprétation des détails, une élégance et une magie indéfinissables dans les ornements , telles sont les qualités maîtresses du moine véronais.

Deux autres architectes véronais célèbres, G. M. Falconetto ifi.lq) et Michèle San Micheli (f appartiennent déjà plutôt à la dernière

période de la Renaissance : nous étudierons leur rôle dans notre troisième volume.

Quoique plus rapprochée de Milan que de Venise, Brescia rentre, pour ses monuments d’architecture, dans le cercle d’action de l’École vénitienne.

L’église Santa Maria dei Miracoli (commencée en 14H7 par un certain Jacopo, modifiée de 102 1 à i52o d’après les plans de Girolamo Sampellegrino et d’un certain Stefano, peut-être Stefano Lamberti, achevée seulement en 1612) a la forme d’une croix grecque, avec des voûtes en berceau et des coupoles. Elle doit sa réputation à sa façade, d’une richesse

loges, etc. Puis il m’a donné le gouvernement de la Fabrique de Saint-Pierre, ce qui produit de grands profits et monte à une somme de trois cents ducats par an, plus encore, me dit-on. Puis le Pape m’a constitué une pension annuelle de quatre cents ducats d’or de la Chambre, payés par le cardinal de Santa Maria in Portico, sur une simple quittance de ma main, quand je le veux et comme je le veux. J’en ai déjà préalablement touché cent cinquante, et le cardinal en question m’a dit, de la part de Notre Seigneur, que cette provision est pour l’ordinaire et que je n’aie pas à y regarder, mais que plus je voudrai , plus on me donnera. Je n’ai qu’à demander et à tâcher de vivre et faire bonne chère, le désir du Pape étant de prolonger ma vie le plus possible. J’ai entendu de sa bouche même, trois ou quatre fois, des paroles du même genre et de plus généreuses encore. D’autre part, on m’a donné deux bonnes mules, une futaille de bon vin rouge et une autre de bon vin blanc. — Vos Columelle et vos « Cornucopiæ» sont arrivés. Je m’étonne que vous n’ayez pas écrit qu’on m'en donne. Pour les « Cornucopiæ », il est raisonnable que j’en aie encore un ou deux exemplaires, en considération de mon Nonius et de Festus Pompeius. Pour les Columelle, nous étions convenus qu’on me donnerait dix ducats et dix exemplaires, et que, pour les autres (livres) auxquels j’ai collaboré, vous m’en feriez aussi une bonne petite part. Ainsi, messire Aide, toute chose promise est due, à moins que le promitto promittis ne doive être qu’un vain mot. Aussitôt les Columelle arrivés, j'en fais relier un pour l’offrir au Pape. L’occasion se présentera de lui parler de vous et je le ferai gaillardement. J’aurais beaucoup de choses à vous écrire, mais le loisir me manque. Communiquez les présents détails sur mon compte à messire Andrea Navagero et recommandez-moi à lui. — Rome, 2 août i.Siq. — El vostro frater Jo. Jocundo. » {Courrier de l’Art, g mars 1888, p. 78.)

éblouissante, couverte d’une profusion de sculptures telle, que seule peutêtre la Chartreuse de Pavie peut se mesurer avec elle. Ce ne sont qu’arabesques, pélicans, candélabres, têtes de mort, dauphins, chérubins, tridents, sirènes, boucliers, masques, que sais-je encore ! Peut-être serait-on tenté de trouver cette ornementation déjà trop touffue; elle n’a plus en effet la pureté qui caractérisait l’arabesque à ses débuts, ni la légèreté avec laquelle les rinceaux se déroulaient chez les maîtres florentins. — On fait honneur de ces sculptures à Gian Gaspare Pedoni'.

Le palais municipal de Brescia (gravé p. 3oi) jouit de plus de célébrité encore que Sainte-Marie des Miracles : je rappelle que la première pierre de ce riche et élégant édifice fut posée en 1492, d’après le modèle de Tommaso Formentone de Vicence; que la construction, interrompue en iSoq par les événements politiques, fut reprise en i526; que le premier étage fut construit d’après les plans de Sansovino, les fenêtres d’après ceux de Palladio, le portail sous la halle du rez-de-chaussée et l’escalier d’après ceux de Niccolô da Grado. On admire les colonnes engagées du rez-de-chaussée, les pilastres en terre cuite du premier étage, la riche frise,

la balustrade, les bustes placés dans des ouvertures circulaires, les têtes

de lion sculptées sur la frise, les statues et les obélisques qui couronnent le tout.

A l’extrémité occidentale de la Haute-Italie, Turin, Gênes et les villes voisines continuent à s’abstenir. Il nous a paru préférable de réserver pour notre troisième volume l’étude des quelques monuments isolés qu’elles comptent à leur actif pour la période de l’Age d’Or.

Les efforts et les conquêtes de ce demi-siècle, absolument décisif, non seulement pour les destinées de l’architecture de la Renaissance, mais pour celles de l’architecture moderne, sont fliciles à résumer.

Le nombre des idées mises en œuvre se restreignit, par une réaction

fatale, au fur et à mesure que la logique l’emportait sur la fmtaisie. Les

architectes s’imposèrent un programme particulièrement ardu : réaliser les combinaisons les plus variées avec une demi-douzaine d’éléments, la colonne, le pilastre, la niche, les frontons et les différentes parties de l’entablement. La préoccupation du rythme, la recherche des combinaisons musicales, l’adoption de la moyenne proportionnelle, l’art des contrastes et des alternances. s’ils ne furent pas inventés de toutes pièces (il serait inique de nier que le moyen âge les ait connus), ne purent que se développer.

L’élaboration de plans rigoureusement déduits, de plans raisonnés jusque dans leurs moindres détails, est un autre symptôme qui sépare l’Age d’Or de la Première Renaissance. Sauf à Florence, les architectes du quattrocento

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