Tschudi : Annuaire des Musées de Berlin; t. IX, p
2. duelques details biographiques peu connus ne seront pas hors de propos ici :
Benedetto menait l’existence laborieuse et régulière des artisans d’alors. Il vivait entre sa femme, ses six enfants encore La Force, par Benedetto da .Majano.
en bas âge, et ses deux belles- (Chaire de Santa Croce.)
soeurs, les veuves de Giuliano et
de Giovanni da Majano. Une seule domestique pour servir toute la famille. Sa double profession de sculpteur et d’ébéniste l’obligeait à tenir plusieurs ateliers : celui qu’il occupait « Via de’ Servi » ne lui coûtait que 3 florins (environ i5o francs) par an; il comprenait une « botega del legname », c’est-à-dire un atelier pour les ouvrages en bois, et une « botega dei marmi ». Au moment de sa mort, Benedetto faisait construire une maison pour son usage personnel.
L’inventaire de l’atelier de Benedetto nous initie à la multiplicité de ses travaux : on se croirait chez un marbrier plutôt que chez un sculpteur. Ce sont des pilastres, des mortiers, des tabernacles, des fragments de corniches, des chapiteaux, des lavabos, des bustes, des statues d'anges, des médaillons, la série d’ébauches destinées à la Porte Royale de Naples, des terres cuites (la Vierge avec l’Enfant dans les bras, etc.), un « tondo di gesso » avec la Vierge assise, des Crucifix destinés à être mis en couleur par Cosimo Roselli, etc.
Comme fortune, Benedetto laissait deux créances d’environ 685 florins sur le Mont de Florence, 809 florins et .5o livres en numéraire, trois maisons et une ferme située à l’endroit dit
L’émule de Benedetto da Majano, Matteo Civitale ou Civitali', naquit à Lucques en 1406^ deux années seulement avant la mort de Jacopo délia Quercia, que Vasari, par un de ces anachronismes dont il est coutumier, lui a donné pour maître. En réalité on ignore ses débuts. Selon toute vraisemblance, le jeune artiste se forma dans quelque atelier florentin, peut-être chez Antonio Rossellino (dont il expertisa un ouvrage en 1468). La première mention que l’on trouve de ses travaux remonte à une époque où il avait déjà passé la trentaine : c’est le mausolée du secrétaire pontiflcal Pietro da Noceto (1472), au dôme de Lucques.
Sous une niche semi-circulaire pratiquée dans la paroi, le défunt, les mains jointes, tenant une épée et un livre, la tète tournée de côté, est étendu sur une bière, que recouvre un drap funéraire et qui repose à son tour sur un sarco phage. Dans la voussure, des rosaces; dans la frise, des palmettes; dans le bas, des griffons et des guirlandes; sur la corniche, deux « putti » debout.
Ce monument, pour lequel l’artiste reçut la somme, relativement considérable, de qSo florins, résume, avec une sobriété peut-être excessive, les principaux traits du mausolée florentin, tel que l’avaient constitué Bernardo Rossellino, Desiderio da Setfignano et Antonio Rossellino : au premier, Civitale a pris l’ordonnance générale, au second ses anges nus debout, au troisième son riche sarcophage imité de celui de la place du Panthéon à Rome (p. 35o). Mais il n’a réussi à atteindre ni à l’ampleur des uns, ni à la délicatesse ou à l’harmonie des autres.
En 1473, Civitale commença, pour son compatriote Domenico Bertini, qui fut son principal Mécène, un retable consacré au Saint-Sacrement. Il ne subsiste de ce monument que deux Anges en adomiion, d’une expression touchante, au dôme de Lucques, En 1479, il éleva, au dôme également, le tombeau destiné à son protecteur, monument d’une extrême simplicité, dont le buste — un
« deir Ulivo », près de Prato. — Le mobilier de Benedetto se composait de lits en noyer ornés de marqueterie, avec des matelas remplis de laine, des coussins remplis de bonnes plumes, des draps blancs, de la serge rouge, et un ciel, puis de deux coffres («casse») en noyer ornés également de marqueterie, d’une grande armoire à habits en pin, avec des pilastres, une corniche en noyer et d’autres ornements, d’un grand coffre à marqueterie, d’un tabernacle avec la Vierge en bas-relief et avec un chandelier en cuivre, d'une viole, d'un crucifix en ronde bosse, de la statue en bois d’un Enfant habillé de salin ronge, etc. Deux cabinets de travail (« scrittoj ») renfermaient, l’un la bibliothèque de Benedetto, l’autre celle de Giuliano. La première comprenait, outre les livres de piété (la Bible en italien, les Miracles de la Vierge, la Mort de saint Jérôme, Saint Bernard, les Evangiles'), une Histoire de Elorcnce en italien, une Vie d'Alexandre, un Dante, un Traité des Vices et des Vertus. Dans la bibliothèque de Giuliano les ouvrages d’édification dominaient également ; en n’y remarquait, parmi les livres profanes, qu’un Tite Live et un Gristoforo Landino. (La Parrocebia di S. Martine a Majano.)
I. Bibl. ; M. Yriarte a consacré à Civitale une monographie absolument définitive : Sculpture italienne au .Vl'“ siècle. Matteo Civitali ; sa vie et son œuvre. Paris, 1886, in-q°, avec de nombreuses planches. — Ridolfi, I Descendenti di Matteo Civitali. Florence, 1889; extr. de VArebivio storico italiano. — Bode, dans Kunst und Künstler de Dohme et dans VArebivio storico delV Arte, 1888, p. 43.
Le Tombeau de Pietro da Noceto, par Civitale. (Dôme de LucyuES.)
ùi
peu mou — de Bertini, deux écussons et quatre têtes de mort font tous les frais.
La cathédrale de Lucques fut redevable à Civitale d’une foule d’autres embellissements, la balustrade ou le cbancel qui séparait le chœur de la nef, l’édicule octogonal destiné à abriter la Sainte Face (« Volto Santo »), œuvres mi-architecturales, mi-sculpturales, aussi pures que froides', la statue nue de Saint Sébastien, l’autel et le tombeau de Saint Régulas (1484), qui est le chef-d’œuvre de l’artiste, puis la chaire (1494-1498), enfin deux bénitiers.
L’autel de Saint Régulus, avec la Présentation de la tête de Saint Jean-Baptiste à Hérode (gravée t. I, p. 3o3), la Décollation de Saint Régulus et le Martyre de Saint Sébastien, se compose de petits hauts-reliefs, ayant les figures du premier plan en quelque sorte découpées, c’est-à-dire s’enlevant en silhouette sur le fond, dont elles sont complètement détachées (seules les figures du second plan sont traitées comme les bas-reliefs ordinaires). Cette disposition est singulièrement disgracieuse, et l’initiative comme la responsabilité en revient à Civitale. Celui-ci en a encore accentué les inconvénients en employant un modelé essentiellement plat. Il y a néanmoins de l’esprit et de la vivacité dans ces petits tableaux; l’action est animée, les expressions justes et naturelles; les costumes — ce sont ceux du xv" siècle, mais fortement imprégnés de réminiscences classiques — ont quelque chose de piquant et de pittoresque.
Les trois statues de Saint Jean-Baptiste, de Saint Régulus et de Saint Sébastien, qui ornent le même autel, sont moins satisfaisantes. Le Saint Sébastien surtout est guindé et disgracieux, plein de lourdeur et de pauvreté.
Laissant de côté différents travaux exécutés par Civitale pour les églises de sa ville natale (un bas-relief avec une Annonciation d’un style exquis, le tombeau de San Roniano, etc.), ainsi que pour la cathédrale de Pise, nous accorderons un coup d’œil aux statues et bas-reliefs de la chapelle de Saint-Jean, au dôme de Gênes, et à la statue ou plutôt à la statuette équestre sculptée pour une des places de la petite ville de Sarzane, un Saint Georges terrassant le dragon (i5oo; p. 46.3), en marbre partiellement doré, dont M. Yriarte a retrouvé le dessin.
Il ne serait pas impossible que les sculptures destinées à la cathédrale génoise eussent été exécutées, à des intervalles inégaux, soit à Lucques même, soit à
Tabernacle en marbre de .Malteo Civitale.
(Cathédrale de Lucques.
I . Civitale, si dégagé de toute influence antique, aussi bien dans ses statues et ses bas-reliefs que dans le choix même de ses sujets, tous empruntés au cycle religieux, se montre au contraire archiclassique dans ses ornements. C’est un nouvel exemple à ajouter à ceux que j’ai signalés dans mon premier volume (p. 264).
MATTKO ( n iTALK.
Carrare, où l’artiste fit un séjour prolongé. La pauvreté d’imagination et le manque de tempérament de Civitale s’y trahissent en maint endroit : trois des bas-reliets — des Scènes de la Vie de Saint Jean-Baptiste — sont des variantes des bas-reliefs du retable de Saint Régulus. Quant aux statues à' Adam et dCEve, de Zacharie et d’Elisabeth, d’Isaïe et de Hahacuc, elles manquent d’accent. Le Cicerone attribue en outre à Civitale les quatre médaillons de la voûte avec les Evangélistes.
Un certain nombre de sculptures de Civitale ont pris place dans les musées italiens ou étrangers. Le Musée national de Florence a conquis la Eoi, la plus
Le Martyre de Saint Sébastien, par Civitale. (Dôme de Lucques.)
populaire des créations du maître (gravée p. 22). Cette figure touchante, qui est comme une évocation des Vertus modelées par Andrea Pisano pour les portes du Baptistère, réunit l’élan du sentiment à la liberté et à la largeur de l’exécution. Quelle ferveur dans le geste par lequel la jeune femme joint ses mains! quel abandon dans son regard, qui est comme perdu dans la contemplation de l’infini ! — Des recherches récentes permettent de revendiquer en outre pour Civitale un bas-relief du même Musée, un profil de femme, en costume du xv® siècle, la Comtesse Mathilde.
Le Musée de South Kensington montre avec orgueil, de son côté, une frise avec le médaillon en profil d’un homme au nez extraordinairement proéminent, des candélabres et un couple de mains enlacées (gravées t. I, p. 202), un tabernacle en marbre, signé « Opus Matthæi Civitali », une statue de la V lerge en prière, agenouillée, dont le style libre, ample et harmonieux contraste toutefois quelque peu avec la manière de l’artiste (M. Ridolfi l’attribue à Niccolô Civitali, fils de Matteo), enfin differents autres morceaux dont on trouvera la description dans le volume de M. Yriarte.
Le sculpteur lucquois mourut dans sa ville natale, le 12 octobre i5oo, âgé de soixante-quatre ans. Son fils Niccolô et son petit-fils Vincenzo embrassèrent comme lui la carrière des arts.
Civitale, c’est le Pèrugin de Lucques, moins la chaleur qui distingue son émule le peintre ombrien. Dans son grand ouvrage, Cicognara n’a pas eu tort de placer la gravure du Saint Sébastien sculpté par l’un en regard du Saint Sébastien peint par l’autre. Les deux morceaux n’ont rien à s’envier : mêmes scrupules dans la reproduction du modèle, même ferveur et même sentimentalisme. D’après l’heureuse définition de M. Yriarte, le sculpteur lucquois « est un des derniers représentants de cette Ecole qui se plaisait dans l’expression des doux sentiments, dans les demi-teintes harmonieuses, dans la sobriété des reliefs, où la vie est intense parce qu’elle se révèle par ses accents les plus essentiels, et où le dessin est grand parce qu’il est concentré et rassemblé, où l’expression est forte parce que la main traduit l’émotion de l’âme. Il est le dernier qui reste encore contenu, doucement ému, pieusement recueilli, ennemi du tumulte, des grands gestes, des contorsions superbes et des gigantesques efforts : il sculpte, pour ainsi dire, en ton mineur'. »
Le troisième des sculpteurs toscans que nous comprenons sous la dénomination d’Eclectiques, Andrea Sansovino (1460-1529)^, se rapproche de Benedetto da Majano et de Civitale par l’inspiration générale et par son goût pour l’ornementation (bénitiers, tabernacles, etc.), ordre de productions si profondément dédaigné des sculpteurs du xvf siècle. Il se différencie d’eux par plus de souplesse, par plus de liberté, par un sentiment plus vif de la beauté plastique. Andrea Sansovino, d’après M. Bode, fut le premier à représenter avec pureté le besoin de beauté qui dominait le xvf siècle, et qui se fit jour aux dépens d’une émotion véritable et aux dépens d’une interprétation véritablement naturaliste.
Andrea, nous raconte Vasari, était fils d’un pauvre laboureur de Monte Sansavino, nommé Domenico Contucci, qui lui faisait garder les troupeaux. Comme Giotto, il dessinait sur le sable et modelait en terre quelques-uns des animaux confiés à sa garde. Un jour, à ce que l’on assure, un citoyen florentin, Simone Vespucci, alors podestat de Monte Sansavino, remarqua l’enfant qui était occupé à dessiner ou à modeler attentivement. 11 l’emmena dans la capitale de la Toscane et le plaça dans l’atelier de Pollajuolo.
Les ouvrages de la jeunesse de Sansovino, — un carton avec la Flagellation, deux bustes en terre cuite Néron et de Galba — ont disparu, à l’exception du retable en terre cuite, avec les statues de Saint Laurent, Saint Sébastien et Saint Roch et différents bas-reliefs (transporté de Florence dans l’église Santa