‹ Histoire de l'art pendant la Renaissance (volume 2)Chapitre 175 sur 262 · ANDREA SANSOVINO · texte numérisé non relu

ANDREA SANSOVINO

Chiara à Monte Sansavino). L’artiste acceptait à cette époque toutes sortes de commandes ; il sculpta deux chapiteaux pour le portique qui relie l’église de San Spirito à la sacristie (p. qoô). On attribue en outre à sa première période un retable en marbre de la même église et de fait cet ouvrage nous montre déjà les étages en retraite et les anges qui portent, en s’élançant, des candélabres, c’est-à-dire deux des motifs les plus caractéristiques des fiimeux tombeaux exécutés par Sansovino à Rome.

L’activité de Sansovino ne tarda pas à s’étendre aux régions les plus variées : sa ville natale, Florence, le Portugal, Gènes, Rome, Lorette en profitèrent tour à tour. Ce fut en 1491 que l’artiste fut invité par le roi Jean II à se rendre à Lisbonne, pour exécuter une série d’ouvrages d’architecture, de peinture et de sculpture. Il nous suffira de mentionner ici ce séjour, qui dura près de dix ans; nous nous réservons d’y revenir lorsque nous aborderons l’histoire de la Renaissance en Portugal.

En i5oo, Sansovino était de retour dans sa patrie. Il obtint, à peu de temps de là, en i5o2, la commande d’un groupe en marbre destiné au baptistère de Florence, le Baptême du Christ. Cet ouvrage important, qui n’était pas encore terminé en 1604, ne fut mis en place qu’après la mort de l’artiste (il fut achevé par Vincenzo Danti; l’ange date même d’une époque encore plus récente).

On peut reprocher à la tête du Christ d’être quelque peu atrophiée, au saint Jean de rappeler trop imparfiiitement les admirables modèles de Donatello, à l’ensemble enfin de manquer de fermeté et de parti pris.

Au Baptême du Christ firent suite une statue de Saint Jean-Baptiste et une statue de la Vierge avec V Enfant, exécutées, à Florence même, pour la cathédrale de Gênes (i5o3).

A partir de i5o6 Sansovino est établi à Rome, attaché à la cour pontificale comme vérificateur des travaux de la basilique de Saint-Pierre, mais acceptant en même temps toutes sortes de travaux du dehors. Parmi ceux-ci les plus importants furent les tombeaux des cardinaux Ascanio Sforza (i5o5) et Girolamo Basso (i5o7), tous deux dans l’église Sainte-Marie du Peuple.

Le mausolée d’’ Ascanio Sfors^a (gravé p. 047) se rattache par sa disposition générale aux mausolées du xv*" siècle; mais il montre un style plus fircile et, il fiiut bien l’ajouter, plus rond. Les progrès de la Renaissance se reconnaissent au relief plus accentué des colonnes engagées (qui ont remplacé les anciens pilastres), à la recherche du mouvement et de l’expression dans les figures, à

Portrait d’Andrea Sansovino.

(D’après la gravure publiée par Vasari )

1. Gravé dans le recueil de M. Graus : ikr Kirchensclmiucli \ 1890, p. 33.

la bizarrerie, on serait tenté de dire à la licence de l’ornementation (par exemple, dans ces volutes étrangères à la rigueur architecturale), enfin au raccourci exagéré, et tout à fiiit de mauvais goût, de la figure du défunt. Celui-ci n’a plus rien de la noble simplicité des statues de Léonard Bruni, de Marsuppini, de Pietro da Noceto : les genoux ramenés vers le haut du corps, la tète appuyée sur la main, il dort d’un sommeil prétentieux. On sent que Michel-Ange a passé par là.

Le tombeau du cardinal Basso reproduit dans ses lignes générales le tombeau d’Ascanio Sforza.

En i5i2, Sansovino sculpta, aux frais d’un étranger fixé à Rome, le protonotaire luxembourgeois Jean Goritz, son chef-d’œuvre, le groupe de Sainte Anne, de la Vierge et de V Enfant Jésus (église Saint-Augustin; la composition n’a rien de commun avec le carton de Léonard de Vinci). Cette page fitmeuse, aux lignes agréables et à l’expression suave, provoqua un enthousiasme indescriptible, du moins che'z les littérateurs amis de Goritz. On réunit en volume, sous le titre de Coryciana (Rome, iS^q), les principales élucubrations poétiques auxquelles elle donna lieu.

De i5i3 à ifieq Sansovino se consacra à la décoration de la « Casa Santa » de Lorette, ouvrage considérable, riche en statues et en bas-reliefs exécutés soit par le maître lui-mème, soit sous sa direction, par Tribolo, Bandinelli, R. da Montelupo, Francesco da San Gallo, Girolamo et Fra Aurelio Lombardo, Mosca, etc. Ce travail gigantesque n’absorba toutefois pas notre artiste au point de le faire renoncer à toute autre commande (en i5i6, il prit part au concours pour la fitçade de l’église Saint-Laurent à Florence; en iSiq, nous le trouvons occupé au palais communal de Jesi; p. 260).

On reconnaît la main du maître dans Y Annonciation (i523), dans la Nativité (lôaB), peut-être aussi dans V Adoration des Mages, qui ne fut toutefois mise en place que trois années après sa mort (i532). Le Mariage de la Vierge et la Naissance de la Vierge furent commencés par lui, mais achevés par ses élèves. Quant aux statues de Prophètes, il a été impossible jusqu’ici de déterminer la part qui revient à Sansovino. Enfin, en ce qui concerne les Sibylles, elles n’ont pris naissance que longtemps plus tard, par les soins de J. -B. délia Porta et de son frère Tommaso.

Les statues et les bas-reliefs de Lorette appartiennent à la vieillesse du maître (il comptait cinquante-trois ans lorsqu’il y mit la première main), mais, par un véritable phénomène d’atavisme, elles reproduisent les qualités et les défauts de ces Primitifs florentins dont Sansovino peut être considéré comme la dernière émanation. Ce qu’il y avait de cherché et de précieux dans le style d’Antonio Rossellino, de Mino de Fiesole et de leurs contemporains, dégénère ici en maniérisme, en afieterie; rien de plus joli, mais aussi rien de moins simple. N Annonciation (où l’artiste introduit tout un essaim d’anges) forme comme le couronnement de cette longue série de tableaux en sculpture remarquables par

ANDREA SANSOVIXO. '

leur finesse et leur fini, par des attitudes pleines de coquetterie, des mouvements cadencés, par l’agencement, longuement caressé, des personnages avec l’architecture du fond. La Vierge, d’après le jugement de Perkins, minaude, l’ange lui tire cérémonieusement sa révérence. Dans la Nativité, les anges, les bergers, saint Joseph, tous, d’après le môme critique, semblent possédés du démon de l’agitation*.

La douceur et le manque d’accent, voilà en résumé les traits dominants du talent de Sansovino : il est l’Andrea del Sarto de la sculpture. Les Prophètes de Lorette le montrent surabondamment : il a beau se battre les flancs, il est incapable d’atteindre à la grandeur L

Andrea Sansovino compta pour principal élève Jacopo Tatti, qui adopta le nom de ftmille de son maître. Nous ferons connaissance avec cet artiste illustre, à la fois grand architecte et sculpteur brillant, lorsque nous étudierons la fin de la Renaissance.

Andrea Ferrucci de Fiesole (1465-1 526) a droit à une mention à côté de Sansovino. Comme lui il relève des Primitifs dans certaines de ses sculptures, par exemple dans son bas-relief en forme de médaillon, la Sainte Famille, au Musée national de Florence. Cette oeuvre, très élégante, très distinguée, mais un peu doucereuse, fait penser à Antonio Rossellino. Le tabernacle en marbre du Musée de South Kensington (provenant de l’église de S. Girolamo de Fiesole) nous montre V Enfant Jésus debout, au sommet du monument, dans l’attitude que lui avait donnée Desiderio da Settignano. Le monument élevé à Marsile Ficin dans la

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