‹ Histoire de l'art pendant la Renaissance (volume 2)Chapitre 178 sur 262 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

l’École romaine et l’école napolitaine. — gian cristoeoro romano et NiccoLÔ Dell’ arca. — l’école vénitienne. — les lombardi et leo- PARDi. — l’École de padoue. — l’école milanaise.

’Ombrie, qui à tant d’autres égards formait la transition naturelle entre Sienne et Rome, continua, dans le domaine de la sculpture, à se renfermer dans une abstention soit voulue, soit involontaire.

A Rome, malgré l’apparition de novateurs tels que Verrocchio et Pollajuolo, les sculpteurs restèrent longtemps attachés aux traditions des Éclectiques, et en particulier de Mino de Fiesole', dont l’influence alternait avec celle du classique Paolo Romano. La noblesse et la pureté, telles furent les qualités distinctives des innombrables tombeaux élevés pendant cette époque. C’est dans la sculpture funéraire, en effet, que l’École romaine ou plutôt l’agglomération des maîtres fixés à Rome se distingua principalement. — Aussi Andrea Sansovino (p. 493) trouva-t-il le terrain merveilleusement préparé lorsqu’il tenta la fortune dans la Ville éternelle et qu’il y créa les tombeaux des cardinaux

I. Sur les travaux exécutés à Rome par Mino, voy. la très complète monographie récemment publiée parle comte Gnoli dans YArchivio storico delF Arte, 1889-1890.

ÔIÔ

A. Sfor:^a et G. Basso, le groupe de la Sainte Anne. En un mot, les éléments indigènes, malgré le talent d’un Gian Cristoforo Romano, ne parvinrent pas à se lliire jour; les éléments étrangers d’autre part ne se fondirent pas en un effort commun, en un tout homogène, comme à Venise par exemple. Puis, tout à coup, presque sans transition, de ce style trop placide l’École romaine passa aux exagérations de Michel-Ange et de son entourage. Que de chefsd’œuvre d’ailleurs exécutés par le maître à Rome pendant cette période, dont la Pietà (1498) d’une part, le malencontreux Christ de la Minerve de l’autre, marquent les limites!

Ici comme dans l’architecture, nous avons également à compter avec les essais de Raphaël : à diverses reprises, il prit en main l’ébauchoir. Son Jonas est une œuvre distinguée, mais un peu molle, et d’un modelé un peu sommaire. Sur V Enfant an Dauphin, nous manquons d’informations absolument concluantes'. Raphaël composa en outre un projet de monument funéraire destiné à la marquise Isabelle d’Esteh

Une apparition tout à fait sympathique est celle du sculpteur romain Gian Cristoforo, dont la personnalité commence seulement à se dégager de la pénombre.

Gian Cristoloro Romano", l’interlocuteur de Baldassare Castiglione dans k Courtisan, le sculpteur attitré d’Isabelle d’Este, grand connaisseur d’antiquités et grand amateur de musique, avait pour père le sculpteur Isaia de Pise (t. I, p. 574); il était par conséquent Toscan d’origine. Né à Rome, probablement vers 1465, il reçut les leçons de son père et de Paolo Romano. On ignore quels furent ses débuts : en 1491, on le trouve à Milan, au service de Ludovic le More, à qui la marquise Isabelle d’Este le redemande ; peu de temps auparavant il avait exécuté le portrait en marbre de la jeune Beatrix d’Este, probablement identique au buste conservé au Louvre,'

Vers la même époque, Gian Cristoforo travaillait pour Marchesino Stanga (M. Venturi lui attribue, sinon l’exécution, du moins l’invention des ornements de la porte du palais Stanga de Crémone, aujourd’hui au Louvre) et pour la Chartreuse de Pavie. Il commença pour ce sanctuaire le mausolée de Jean Caléas Visconti, travail pour lequel il devait recevoir 8100 livres et qui l’occupa de 1491 à 1497. Ce mausolée, qui porte l’inscription « Joannes Cristophorus Romanus fliciebat », n’est toutefois pas son œuvre exclusive : l’artiste romain eut pour collaborateur Benedetto Briosco (en 1 664 , le sculpteur Galeazzo Alessi de Pérouse acheva diverses parties du monument; les deux figures assises près de la statue du duc n’ont même pris naissance que plus tard).

1. Raphaël, sa vie, son œuvre et son temps, 2‘ édit., p. 696.

2. De Geymüller, Rajfactlo Satipo studiato corne architetto, p. 86-96.

3. Bibl. : Valton, Gian Cristoforo Romano, mèdailteur italien. Paris, i885. — De Pabriczy ; le Courrier de F Art, 1886, p. ii.S-iiy. — A. Venturi : Archivio storico delF Arte, 1888.

C'.IAX CRISTOFORO ROMANO.

Vers 1498, Gian Cristoforo modela la médaille à' Isabelle d'Este, son chefd’œuvre, digne pendant du carton dessiné par Léonard de Vinci (p. 278, 281). Il ne serait pas impossible qu’il eût sculpté pour la marquise la porte de marbre de son « Studiolo » du palais de Mantoue, avec des médaillons imités de l’antique.

Entre i5o2 et i5o5, selon toute probabilité, prit naissance, dans l’église San Vincenzo, à Crémone, le monument de P. -F. Trecchi (d' i5o2). Les génies nus assis près du mausolée offrent un certain archaïsme, je veux dire de la lourdeur et de la raideur, qui sent passablement le Primitif, en même temps qu’ils révèlent une étude assidue de l’antiquité. Les gestes manquent de liberté, mais n’est-ce pas là une des caractéristiques de l’enfance?

Quant aux arabesques, rinceaux et autres ornements , ils se distinguent par une recherche excessive de la pureté et de la symétrie, par je ne sais quoi de timoré.

En i5o5, Gian Cristoforo se

rend de nouveau à Milan. La

même année, il fournit à la marquise Isabelle le dessin du mausolée de la bienheureuse Osanna pour l’église San Domenico de

Mantoue, monument dans lequel l’architecture tient peut-être une

place trop prépondérante. Cette année est en outre marquée par un voyage à Rome, où notre artiste exécute la médaille de Jules IL Gian Cristoforo passa dans sa ville natale l’année i5o6 et une partie de l’année i5o7. En 1007 nous trouvons le maître à Naples, occupé à modeler la médaille d'Isabelle d'Aragon, une de ses moins heureuses productions. En i5o8 et en 1609, nouveau séjour à Rome. En i5io, il s’établit à Lorette, en qualité de vérificateur des travaux du sanctuaire. Peut-être est-ce de cette ville qu’il fit à la cour d’Urbin l’excursion qui a laissé une trace dans le Courtisan de Castiglione, et qui semble avoir été également marquée par l’exécution de deux médailles : celle de la duchesse Elisabeth et celle de sa parente Emilia Pia de Eelfre.

Quoique miné par le mal cruel qui fit à cette époque tant de victimes illustres, Gian Cristoforo Romano conserva jusqu’au bout l’aménké de son

caractère. Il mourut jeune encore, le 3i mai i5i2, à Lorette, et fut enterré dans le sanctuaire dont il dirigeait la restauration. — Il laissait une petite collection de médailles (84 en bronze, 87 en argent), de camées, de pierres gravées, etc., qui fut vendue, conformément à ses intentions, pour faire dire des messes.

En abordant l’histoire de la sculpture dans le royaume de Naples*, nous avons à compter avec des difficultés analogues à celles qui nous ont arrêté dans l’histoire de l’architecture : à peine commence-t-on à être fixé sur la réalité de certains noms que nous ont conservés les chroniques locales. Le lecteur comprendra que nous hésitions à nous aventurer sur ce terrain brûlant : nous avons d’ailleurs déjà fliit connaître (t. I, p. 112; t. II, p. 25q) la plupart des artistes qui ont vers cette époque marqué leur trace dans l’Italie méridionale : Francesco da Laurana, Tommaso Malvito de Côme (identique, d’après une conjecture de M. Courajod, au collaborateur de Francesco da Laurana dans l’exécution du retable de la Major à Marseille), puis Benedetto da Majano, Andrea Ferrucci, le Modanino, et le ffimeux sculpteur en bois Fra Giovanni de Vérone. Le sculpteur romain Gian Cristoforo Romano traversa également Naples en 1607 (voy. p. 017). Mais il semble n’avoir marqué son passage que par l’exécution de la médaille, assez terne, de la duchesse Isabelle d'Aragon, la veuve de Jean Galéas Sforza.

Parmi les sculpteurs originaires du royaume de Naples, nous devons signaler, outre Niccolo dell’ Area, que nous retrouverons tout à l’heure dans le paragraphe consacré à Bologne, outre Giovanni Merliano de Noie (7 i558) et Girolamo da Santa Croce (f i537) que nous réservons pour notre troisième volume, le Cicilia, l’auteur du tombeau de Luigi Tornabuoni (vers i5i5), dans l’église San Jacopo in Campo Çorbolini, à Florence. On vante la finesse de cet ouvrage. Vers i53o Cicilia travailla dans l’atelier de Baccio da Montelupoh II prit en outre part, avec son compatriote Girolamo Santa Croce, à l’exécution du mausolée du Cardinal Xinienès.

Un autre sculpteur — absolument inconnu — un certain Gasparo da Napoli, modela vers i5oü un bas-relief en bronze, — un Saint Jérôme, qui se trouve aujourd’hui au Musée de Berlin A

Dans les Abruzzes, nous avons à compter avec le sculpteur Silvestro Ari-

1. Bibl. : Les ouvrages de Schultz (^Deiikinaler der Kiinst des Mittelatlers in Unteritalien) et de Perkins (les Sculpteurs italiens et Historical Handbook of italian Sculpture) sont malheureusement déjà arriérés. Quant à ceux de M. Bindi (Artisti ahruxstesi et Monumenti storici ed artistici degli Ahru^xi), ils ne témoignent pas sur tous les points d’une critique assez pénétrante.

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