BOTTICELLI
par des gestes ultra-dramatiques, des raccourcis trop osés. Ces sujets n’étaient nullement dans les cordes de l’artiste. La reproduction de l’arc de Constantin et de divers autres monuments antiques témoigne des études archéologiques qu’il entreprit à ce moment.
La Tentation du Christ contient de charmants détails, par exemple la jeune femme portant un fagot, l’enfant qui sautille à côté d’elle chargé de raisin (ce dernier motif se retrouve dans V Abondance , du Musée de Chantilly). Mais la scène principale, subdivisée en trois, se trouve reléguée à l’arrière-plan.
Spirituelles, brillantes, attachantes, les fresques de Botticelli le sont au suprême degré; mais le souffle épique leur fait défaut, de même que la profondeur du sentiment religieux : de
là vient qu’elles n’ont ni le sérieux de celles de Ghirlandajo et de Signorelli, ni la calme sérénité de
Les Envieux dans le Purgatoire.
Fac-similé d’un dessin de Hotticelli.
(.Musée de Berlin.)
celles du Pérugin.
Au mois d’octobre 1^82, l’artiste était de retour à Florence, où il fut chargé avec Ghirlandajo de peindre une des salles du Palais Vieux.
En i486, selon toute vraisemblance, Botticelli décora pour Lo-
renzo Tornabuoni, à l’occasion de son mariage avec Giovanna degli Albizzi, une villa située entre Florence et Fiesole, connue depuis sous le nom de villa Lemmi. Mis au jour en i8p3, ce qui reste de ces fresques a été acquis en 1881 par le Musée du Louvre. Le premier fragment, dans lequel on croit reconnaître une sorte d’allégorie — Giovanna Tornabuoni recevant les Trois Grâces (en réalité, les jeunes temmes qui s’avancent a-u-devant d’elle sont au nombre de quatre) — est absolument digne de son pinceau, par sa facture serrée, sa distinction et son charme, par l’heureux mélange de personnages réels et de personnages allégoriques. Le second fragment, plus faible, Loren:^o Tornabuoni reçu par les sept Arts libéraux (personnifiés par sept femmes), trahit la main d’un élève'. L’année suivante, le mariage de' Pier Francesco Sini et de Lucrezia Pucci fournit à notre artiste l’occasion d’illustrer, en quatre tableaux, une des Nouvelles de Boccace, V Histoire de Nottagio degli Ouest i (collection Barker à Londres).
Gependant les commandes pour les monuments publics se faisaient de plus en plus rares. La dernière que nous ayons à enregistrer date de 1491 : à ce moment Botticelli fut chargé de décorer à l’aide de mosaïques, en collaboration
I. Ch. Ephrussi ; Galette des Beaux-Arts, 1882, t. I, p. 47.1-483.
avec Domeiiico et David Ghirlandajo, la chapelle San Zanobi, au dôme de Florence. Mais la mort de Laurent le Magnifique fit suspendre ce travail.
Il était tout naturel, étant données la mobilité de son imagination et la subtilité de son goût, que Botticelli se sentît attiré vers les tableaux de chevalet plus que vers les fresques monumentales. Il n’était pas homme à mûrir, de longues années durant, quelque haute conception philosophique ou quelque drame sublime. Vif et brillant, il voulait voir sur-le-champ le résultat de ses efforts.
Malgré son goût pour les fitcéties, Botticelli avait de tout temps ressenti
Uéatrix apparaissant à Dante dans le Durfjatoire. Fac-similé d’un dessin de Botticelli. (.Musée de Berlin.)
une tendance au mysticisme : ses peintures religieuses et ses illustrations de la Divine Coiucdie le prouvent surabondamment. L’âge et les épreuves venant, ces germes ne tardèrent pas à se développer. Frappé des prédications de Savonarole, 1 auteur de tant de charges célébrés se rangea parmi les plus fervents disciples du rélormateur.
La Saillie lawiiUe de la National Gallery, peinte en i5oo, ainsi après le supplice de Savonarole, porte en grec cette curieuse inscription, si caractéristique pour 1 état d’esprit de l’ancien peintre de Vénus et des Grâces : « Ce tableau a été peint a la fin de l’année i5oo, pendant les troubles de l’Italie, par moi, a la moitié du temps après le temps où s’accomplissait le onzième chapitre de Saint Jean 1 Évangéliste et la seconde douleur de l’Apocalypse, et quand Satan fut lâche sur la terre pendant trois ans et demi. Par la suite le démon sera enchaîné, et nous le verrons foulé aux pieds comme dans ce tableau. »
BOTTICKLIJ.