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A partir de i5oo, Botticelli semble avoir usé et abusé du concours de ses élèves, tout comme le faisait à la môme époque le Pérugin.
Vasari revient à plusieurs reprises sur l’imprévoyance de son héros: tantôt il
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l’ui'trait connu sous le nom de la • lielle SiimmeUa •. attribue à Botticelli. (.Musée de Berlin.)
nous le montre gaspillant les riches honoraires qu’il avait reçus du pape Sixte I\’ pour les fresques de la chapelle Sixtine, tantôt abandonnant la peinture pour suivre les prédications de Savonarole et fiisant le pleureur, tantôt enfin réduit à la misère sur ses vieux jours, infirme et condamné à marcher avec des béquilles.
E. .Müntz. — 11. Italie. L’Age d'Or. -b
Botticelli mourut le 17 mai i5io, âgé, non de soixante-dix-huit ans, comme le rapporte Vasari, mais de soixante-trois.
De nos jours, Botticelli est devenu le type par excellence du Primitif, du Préraphaélite ; telle de ses créations a suscité chez nos voisins les Anglais toute une nuée d’imitateurs. Il est fltcile d’analyser les éléments de ce succès : ce qui frappe chez le peintre florentin, ce n’est point tant le charme de ces flgures souflVeteuses, de ces Madones au nez atrophié, aux lèvres mièvres, au teint transparent : c’est l’incorrection même de leurs traits, je veux dire, leur contraste avec l’ampleur, la pureté, la noblesse classiques. En un mot, nous nous plaisons â retrouver chez lui le reflet de ce qu’il y a de maladif en nous-mème; notre curiosité, blasée par les Vierges idéales de Raphaël, aime à découvrir du piquant dans ces physionomies anémiques. Le mélange de la naïveté et du sentimentalisme — par exemple la tendresse de l’Enfant Jésus pour sa mère, dans les tableaux du Musée du Louvre et du palais Pitti, — le mélange de l’inexpérience et de la distinction, du laisser aller et du rafflnement, n’auraient cependant pas sufli pour subjuguer ainsi notre génération, si un parfum de jeunesse et de candeur ne se dégageait de ces flgures enchanteresses — Madones, \'énus. Nymphes, comme l’on voudra les appeler — et n’identiflait Sandro Botticelli avec ce Printemps qu’il a célébré avec tant d’enthousiasme.
A l’agitation de Botticelli, à sa délicatesse qui dégénérait trop facilement en mièvrerie, l’Ecole florentine peut opposer le sérieux et la fermeté de Ghirlandajo : talent aussi viril et robuste que celui de son émule était tendre et efléminé. L’un remplaçait l’imagination par l’excès de sentiment, l’autre alliait à une volonté claire une inspiration soutenue; l’un, se survivant en quelque sorte, répéta indéflniment les mêmes tormules; l’autre, après avoir marché de progrès en progrès, disparut à la fleur de l’âge sans avoir donné sa mesure.
Domenico Ghirlandajo naquit en 1449, deux années après Botticelli. Son père, Tommaso Corradi Bigordi, surnommé Ghirlandajo, était courtier (« sensale »), et non ortèvre comme le rapporte ^hlsari. Il est constant néanmoins que le jeune Domenico débuta par l’apprentissage de l’orfèvrerie, ainsi que son Itère Ambrogio, mais il ne tarda pas à abandonner cette profession pour se livrer à la peinture; deux autres frères, David et Benedetto, suivirent son exemple.
Baldovinetti. tel aurait été, d’après Vasari. le premier maître de Ghirlandajo en peinture. C’est de lui qu’il aurait tenu son goût pour la mosaïque, qu’il appelait « la vera pittura per l’eternitâ ».
Ghirlandajo semble avoir été d’une grande précocité. On considère comme une de scs premières productions une fresque de l'église Sant’ Andrea à Brozzi, près de Elorence : une Vierge assise dans une sorte de niche entre deux saints, l’un armé d’une épée, l’autre portant un carquois; sur les genoux de Marie se
(■.IlIRl.ANDAjO.
tient TEnflmt divin, privé de tout vêtement. La composition est des plus simples; mais quelle tranquillité, quelle harmonie, quelle fierté dans ces figures! Le Baptême du Christ, peint au-dessus, reproduit dans ses lignes générales le tableau de Verrocchio, décrit ci-après.
A quelque distance de là, et selon toute vraisemblance avant 14“.^, non en 1487, comme on l’a cru, prirent naissance les fresques de l'Histoire de sauta Fiua, à la collégiale de San Gemignano'. Les compositions, d’une invention fiicile, pèchent par la dureté et la sécheresse des types et du coloris; les femmes appartiennent à un type maigre, ascétique, sans poésie, aux traits pauvres, à la peau parcheminée. Dans les Funérailles de sauta Fiua s’affirme déjà le parti pris de groupement qui distingue Ghirlandajo. Les spectateurs, plus ou moins habilement juxtaposés, regardent devant eux avec une sorte d’indifférence.
En 1475, Ghirlandajo se trouvait à Rome, occupé avec son frère David à la décoration de la Bibliothèque du Vatican. Un fragment de ses peintures a été retrouvé récemment par M. Schmarsow : il représente les Docteurs de l'Eglise' .
Dès ce premier séjour, Ghirlandajo entreprit des recherches approfondies sur les antiquités romaines.
Si chez Botticelli, soit dit sans vouloir offenser cet artiste de race, l’imitation des modèles antiques avait trop souvent dégénéré en travestissement, chez Ghirlandajo l'interprétation devient enfin satisfiisante, sinon encore parfaite. Gertains des bas-reliefs qu’il introduisit plus tard dans ses fresques de « Santa Maria Novella » (par exemple, les Enflmts musiciens, dans la Naissance de la Vierge}, offrent déjà toute l'ampleur désirable. 11 en est de même des édifices et des ornements d’architecture (voy. p. i.fa).
Mentionnons dès à présent, pour n’avoir plus besoin de revenir à Rome, un ouvrage important qui n’a pris naissance que quelques années plus tard (avant 1484) : la fresque de la chapelle Sixtine : la Vocation des apôtres saint Pierre et saint André. C’est une composition grave, ample, recueillie, d’une extrême netteté, quoique l’auteur, comme tous ses collaborateurs de la chapelle Sixtine, ait été forcé de violer la règle de l’unité d’action, en y représentant le Christ trois fois, dans trois épisodes différents. Le paysage, composé d’un lac, de fabriques et de montagnes, encadre les personnages, les uns créés de toutes pièces, les autres empruntés à la réalité, sans que fauteur ait même pris la peine de les affubler d’un costume idéal. Debout aux côtés du Christ,
Portrait de Ghirlandajo.
(D'après la gravure publiée par Wasai'i.)
1. Baldoria : Archivio slorico dett' Arte, i8qo, p. .36 et suiv.