I. Bibl. : L’Art, 1880, t. I, p. 9-10. — Schütz, pl
HISTOIRE DE L’xVRT PENDANT LA RENAISSANCE.
(p. 296), Fra Damiano de Bergame (p. 3oo) et Fra Raffaello de Brescia (f i539).
En passant en revue, dans notre précédent volume (p. 708-709), quelquesuns des modèles, si parfaits, de la marqueterie conservés en Ombrie, et entre autres les stalles de la basilique inférieure de Saint-François, à Assise, exécutées en 1471 (et non en iqôi comme une erreur d’impression nous l’a fait dire) par Apollonio de Ripatronsone, et celles de l’église Saint-Pierre à Pérouse, exécutées en 1472, nous y avons constaté la franchise du travail, l’élégance des contours, la sobriété du modelé.
La nature morte, encore inconnue aux peintres, fait de bonne heure son apparition chez les artistes en marqueterie. Des vues d’édifices forment le fond de la décoration des stalles de la cathédrale de Parme, exécutées en 1473.
Cependant, dès le dernier tiers du xv*” siècle, une tendance fâcheuse commençait à se fiiire jour. Dans la porte de la salle de l’Horloge, au Palais Vieux de Florence (p. 484), Benedetto da Majano eut l’idée de se servir, pour dessiner les portraits de Dante et de Pétrarque, non de morceaux juxtaposés et s’emboîtant les uns dans les autres, comme dans les jeux de patience, mais de lamelles longues et flexibles qu’il courba et tordit en tous sens. Le désir de se rapprocher de la peinture et de fondre davantage le modelé lui dicta ces innovations que je n’hésite pas à qualifier de déplorables.
Domenico d’Antonio Indivino de San Severino' fit à son tour usage dans les stalles de la basilique supérieure de Saint-François d’Assise, terminées en i5oi, tantôt d’acides donnant au bois une coloration plus claire ou plus foncée, tantôt de hachures remplies soit d’un mastic noir, soit de fragments de bois; c’étaient là des procédés aussi peu loyaux que celui imaginé par Benedetto da Majano.
En faisant intervenir les bois de couleur, Fra Giovanni de A’érone (-]- i525) enrichit la marqueterie de ressources aussi fécondes que dangereuses. S’il faut applaudir à son innovation lorsqu’il se borne à composer des bouquets ou des vues d’édifices, il fiiut la condamner sans hésitation lorsqu’il s’efforce de composer de véritables tableaux; on ne saurait trop protester contre une telle confusion des genres, contre une telle perversion du goûth
Les portes des Stances du Vatican, exécutées par Giovanni Barile sous la direction de Raphaël, gardent un juste milieu. On y voit des édiffees, des
1 . Cet artiste, qui cultivait la peinture en même temps que la marqueterie, est en outre l’auteur des belles incrustations de la cathédrale de San Severino. Il mourut en i5o2 (Ricci, Memorie storiche... detta Marca di Ancona, t. I, p. 236).
2. Dans les stalles de la cathédrale de Sienne (exécutées à l’origine pour le couvent de Monte Oliveto Maggiore), le goût de la nature morte d’un côté, des vues d’architecture de l'autre, a fait de sensibles progrès. Ces stalles, exécutées par Fra Giovanni vers i5o5, sont ornées de « tarsie » représentant des édifices, des ustensiles religieux (calices, ostensoirs, bénitiers), des oiseaux, un lièvre assis dans un paysage, etc. On y voit en outre les portraits d’un pape et d’un saint. Elles n’ont rien de décoratif, quoique exécutées avec soin, et jurent avec les magnifiques sculptures de bois qui leur servent d’encadrement.
LE MüBII.IKR.
instruments de musique, le poète Barabal assis sur un trône placé sur un éléphant, etc.
ISous ne saurions passer en revue les innombrables monuments de cette époque qui existent encore dans les églises d’Italie. Qu’il nous suffise de dire que nous sommes désormais placés entre une recherche exagérée des effets
Le Trône de Julien de .Médids. (.\iidenne collection de San üonato.)
propres à la peinture et une dégénérescence de plus en plus grande de l’ornementation. Fra Damiano de Bergame (t iSqrj), dont le P. Marchese a retracé la vie avec tant d’éloquence, compose de vrais tableaux, animés par de nombreuses figures, par une riche végétation ; il s’essaye même dans la perspective aérienne. Telles sont les portes qu’il a exécutées pour Saint-Pierre de Pérouse (i535) : elles représentent V Annoncialion, l’Adoption de Moïse par la fille de Pharaon, les têtes de saint Pierre et de saint Paul, posées sur une sorte de coffret. Il n’était pas de voie plus dangereuse.
IlISTülRK DE L'ART PENDANT LA RENAISSANCE.
La marqueterie, si intimement liée à la sculpture en bois, nous servira de transition pour passer de l’ornementation en relief à l’ornementation plane, des branches qui relèvent de la sculpture à celles qui relèvent de la peinture.
Nous commencerons, comme de raison, par la •MINIATURE, qui a l’avantage de nous offrir, dans sa spontanéité et sa fraîcheur natives, l’œuvre de l’artiste créateur.
Cet art, si florissant pendant la Première Renaissance (voy. t. I, p.
697-704), compte, vers la fin du xv“ siècle et le commencement du xvT‘, quatre grands noms qui en marquent l’apogée :
les Florentins Attavante, Glierardo et Monte, le Milanais Antonio da Monza. Poursuivant la voie inaugurée par l’éminent Francesco d’Antonio del Cherico ( t. I, p. 700- 701), ces maîtres s’efforcèrent de donner à leurs miniatures un caractère plus décoratif et de fondre plus intimement la partie figurée avec la partie ornementale.
Marqueterie en bois exécutée par les del Tasso,
(Cathédrale de Pérouse.) Attavante, fils de Ga-
briello di Vante, naquit à
Florence en 1402. Dès 14II3, sa réputation était assez solidement établie pour que Thomas James, évêque de Dol, lui confiât les miniatures de son Missel (aujourd’hui conservé dans le trésor de la cathédrale de Lyon '). Plusieurs années durant, il travailla simultanément pour le duc d’Urbin et le roi de Hongrie, au souvenir duquel son nom est indissolublement lié. En 149^, il se
1 . L. Dclisle, Le Missel âe Thomas James, cvèqiie de Dol (c.str. de la Bibliothèque de V École des Chartes, 1882). — La Renaissance an teinbs de Charles VIH, p. ly^.
['ORTES DES Stances du Vatican, exécutées, sous la direction de Radiiaee. par G. Barile
chargea d’enluminer, pour Clemente Seringi , un Traité de saint Thomas d’Aquin et une Biblt% que M. Milanesi identifie à celle dont Jules II fit présent au roi de Portugal, et qui sc trouve aujourd’hui à l’abbaye de Belem. En i5oo, il reçut du chapitre de la cathédrale de Prato la commande des miniatures de deux Antiphonaires. De i5o8 à i5ii, enfin, Attavante travailla pour l’œuvre du dôme de Florence. Les miniatures qu’il peignit à son intention trahissent la décadence et peuvent passer pour des œuvres de vieillesse. A partir de i5i I on perd toute trace de l’habile miniaturiste.
Attavante était un artiste laborieux, plutôt que spirituel et brillant; mais à l’occasion il savait s’élever plus haut que n’importe qui. Certaines de ses figures égalent par la dignité et l’ampleur celles de D. Ghirlandajo, ce qui n’est pas peu dire.
Gherardo, fils du sculpteur florentin Giovanni di Miniato, surnommé Fora (t. I, p. io6), naquit en iqqS et mourut en 1497. H se voua de bonne heure à l’enluminure des manuscrits, ainsi que ses deux frères Bartolommeo (1442- 1492), dont on ne possède plus aucun ouvrage, et Monte (1449-1529), dont nous reparlerons ailleurs. Les Médicis, le duc d’Urbin, le roi Mathias Corvin l’employèrent simultanément. La Bibliothèque Laurentienne possède de lui le premier volume d’un Missel ayant appartenu à la cathédrale de Florence. M. Milanesi lui attribue en outre un Cérémonial de la Bibliothèque du Vatican (fonds Ottonien, 11“ 5oi) et V Homère de la Bibliothèque de Naples, avec le portrait de Pierre de Médicis (reproduit t. I, p. 3i7). Gherardo cultivait en même temps la mosaïque.
Fra Antonio da Monza (peut-être identique à l’Antonio da Monza qui remplissait en iqSG les fonctions de massier de la corporation des peintres de PadoLie) appartenait à l’ordre des Franciscains. Il doit sa réputation à la superbe miniature qui servait autrefois de frontispice au Missel d’Alexandre VI et qui a échoué à Vienne dans la Collection Albertine. Cette pièce capitale, où l’influence de Léonard éclate dans plusieurs figures, contient, sous une richissime arcade, la Vierge et les apôtres attendant la Descente du Saint-Esprit. Dans la bordure, l’artiste a essayé, mais en vain, de fondre en un tout harmonieux les motifs classiques et les motifs empruntés à la nature, les sirènes, les candélabres, les trophées, les branches d’oranger, les pampres, les paons, les hiboux, etc. L’accumulation des détails et le manque d’échelle (le paon n’atteint pas à la taille d’une feuille de vigne, etc.) produisent un effet assez discordant.
La Renaissance, avec son exquise entente des lois de la décoration, semblait appelée à régénérer la .mos.\ïq,ue, qui se recommandait à elle par les souvenirs de l’antiquité plus encore que par ceux du moyen âge. Elle lui témoigna en effet un réel intérêt : Laurent le Magnifique, ce grand initiateur, ne négligea rien pour la remettre en honneur. Mais, pour aboutir, de telles évolutions
LA MIXIATURL.
ont besoin d’ètre longuement préparées : les artistes florentins (Alesso Baldovinetti, David et Domenico Ghirlandajo, Gherardo et son frère Monte, etc.)
Frontispice du Bréviaire de Mathias Corvin, par Attavaiite. (Bibliothèque du \atican.)
employés par le Alagnitique connaissaient mal la technique des inciustations, ceux de Venise étaient, au contraire, trop pénétrés des traditions byzantines. Les résultats obtenus laissèrent donc beaucoup à désirer; ici on abusa des tons
conventionnels du moyen âge', l’or, l’azur, le pourpre, alors qu’il fallait revenir à la coloration à la fois claire et chaude de l’antiquité; ailleurs on copia servile ment les fresques ou les tableaux (un mosaïste dessinant lui-même ses cartons, comme le Vénitien Francesco Zuccati, passait dés lors pour un prodige), au lieu de les traduire avec une entière indépendance, dans cette langue sonore et harmonieuse propre aux mosaïstes de Pompéi.
Comme par le passé, la peinture sur verre s’enorgueillit du concours des peintres les plus éminents. A Florence, Baldovinetti, Domenico Ghirlandajo, le Pérugin, Filippino Lippi, à Bologne, Francesco Cossa, à Venise, les Vivarini, composèrent des cartons de vitraux. Malgré la popularité dont elle jouissait à cette époque, malgré son importance, cette branche de l’art attend encore son historien. Nous essayerons, dans notre prochain volume, d’en retracer les vicissitudes, en groupant quelques œuvres particulièrement caractéristiques autour des productions d’un illustre artiste français — Guillaume de Marcillat, — dont l’initiative a assuré à la peinture sur verre italienne une longue série de triomphes.
Parmi les auxiliaires de la Renaissance, la cér.\,.miq.ue, comme nous l’avons montré dans notre précédent volume, est la dernière venue. Elle attendit longtemps avant de suivre l’essor des autres branches de l’art. Mais vers l’aube du siècle nouveau il n’y en eut aucun qui incarnât plus complètement la passion de la Renaissance pour la polychromie. On peut voir dans la récente publication de M. Agnani^ comment, des tons ternes et boueux, les céramistes de Faenza passèrent aux associations les plus soutenues et les plus brillantes (jaunes et bruns, bleus et rouges), véritables feux d’artifice. En même temps les formes gagnaient en légèreté et en élégance.
Je me bornerai, dans le présent volume, â passer en revue les principales manifestations qui ont précédé l’épanouissement de la céramique italienne vers le début du xvP siècle.
Dans l’église San Petronio de Bologne, le pavage de la chapelle Marsili, daté de 14B7 et sorti des ateliers de Eaenza, s’impose â notre attention par son étendue (il comprend plus de mille carreaux) et par une exécution des plus fines. Renonçant à obtenir la symétrie si chère â leur temps, les auteurs ont traité chaque carreau comme un tout indépendant : des portraits, des animaux, des fleurs, des devises, des entrelacs, des figures géométriques, en font les frais. Seul le coloris sert à donner de l’unité : il se compose d’un trait bleu, avec
1 . Notons cependant que les mosaïques de Michel Giambono, dans la basilique de Saint- Marc de Venise (Nativilc de la Vierge. Présentation de la Vierge an temple, etc.), avec des motifs d’architecture vénitienne, un paon et divers ornements pittoresques, ont déjà une grande liberté de mouvements.