I. Gregorovius, Lucrèce Borgia, t. II, p. SS-Sç
E. Müntz. — 11. Italie. l.'Age d'Or. ea
Le Costume à la lin du .\v“ siècle.
La Chute des Réprouvés, par Signorelli. (Dôme d'ürvieto.)
Vers la même époque, en lôoq-iSoS, le Sénat vénitien s’éleva contre les changements incessants de la mode, changements si préjudiciables aux seigneurs et citoyens. Les Vénitiennes n’avaient-elles pas imaginé de supprimer tout à coup les robes à queue, puis d’y revenir non moins brusquement ! Défense leur fut fiiite en conséquence de porter des robes à l’allemande — a alla tedesca », — avec des manches trop larges, des tabliers ornés d’or et d’argent, des vêtements de couleurs différentes ornés de velours, de franges et de rubans'.
A Gênes, un conseil municipal évidemment en retard sur le siècle émit la prétention de fixer jusqu’à la coupe, jusqu’à la couleur des vêtements des femmes. Celles-ci ne pouvaient sortir sans avoir les épaules et la poitrine couvertes, les manches fermées sur le poignet. Il leur était interdit de porter les toiles fines de Cambrai et de Nivelle, les étofi'es violettes ou écarlates, et une série d’ornements spécifiés dans le plus grand détail h
Les Génois avaient raison : le costume répondait à des réalités; il symbolisait les divisions par castes, ainsi que d’importants actes de la vie publique; il intéressait la dé-
Le Costume au commencement du xvC siècle. autant que la prospérité finan-
Portrait de Navagero, attribué à Raphaël. cière de la cité. Mais le COUrant était
(Copie conservée au Musée de Madrid.)
trop fort : dans son besoin de liberté et de fimtaisie, l’Age d’Or de la Renaissance ne pouvait plus subir de telles entraves Cites pour le bon vieux temps, pour une bourgeoisie parcimonieuse et vétilleuse.
L’étude des marbres antiques, la vue incessante d’acteurs revêtus de la toge,
1. Molmenti, la Storia di Veneiia nella vita privata, p. 3l3 et suiv.
A Gênes, l’édit somptuaire de i5i 2 accordait aux femmes et aux jeunes filles de plus de onze ans le droit de porter des chaînes et un « denteriol » d’or d’une valeur maximum de 6o ducats, une perle ou un joyau d’une valeur maximum de loo ducats, et des bagues d’une valeur maximum de 200 ducats. — Si le lecteur veut bien se rappeler que le ducat de Gênes pesait vers cette époque 3 grammes et demi et qu’il représenterait, au pouvoir du numéraire, une cinquantaine de francs de notre monnaie, il reconnaîtra que les Génoises n’étaient pas trop à plaindre, puisqu’elles pouvaient porter pour i5 ou 20(X)0 francs de joyaux. Que de Parisiennes se contenteraient aujourd’hui de cette latitude! (Belgrano, délia Fila privata dei Genovesi, p. 2.S6-2Ô7.)
2. Belgrano, délia Vita privata dei Genovesi, p. 256 et suiv.