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LES MARCHES ET LA RO.MAC.NE

de la mer, où est un très beau port, où il se volt encores un grand arc à l’honur de l’amperur Trajan, de sa femme et de soeur. » Mais le moindre grain de mil — je veux dire quelque belle église de la Renaissance, quelque statue monumentale, quelque cycle de fresques — ferait bien mieux notre affaire. Notons toutefois le palais communal élevé en 14H4 sur les dessins du Siennois Francesco di Giorgio Martini. Comme corollaire à la pénurie des monuments nous avons la pénurie des artistes :

on ne compte que sept peintres nés à Ancône pendant le xvf siècle, et encore aucun d’eux n’at-il fait figure.

L’entrée en scène des Urbinates' — j’entends Bramante et Raphaël — est un des phénomènes les plus imprévus de l’histoire de l’art italien.

Rien dans le passé du petit duché ne laissait prévoir un tel essor; seule l’initiative passionnée du duc Frédéric avait fiiit pour un temps de sa capitale un foyer d’art.

Aussi, lui disparu, fut-ce au dehors que Bramante et plus tard son jeune parent ou ami Raphaël durent chercher l’emploi de leur génie : leur patrie ne les comprit pas ou ne fit rien pour eux.

Guidobaldo de Montefeltro (1472-1508), fils et successeur de Frédéric, et son épouse Elisabeth Gonzague (mariée en 148g), appréciaient surtout les plaisirs littéraires; pendant plusieurs lustres, leur cour servit de rendez-vous à quelques-uns des plus rares écrivains de l’Italie, les futurs cardinaux Bembo et Bibbiena, le comte Balthazar Castiglione, ou à des connaisseurs non moins

I. Bibl. : les ouvrages cités t. I, p. 1:8. — ■ Pungileoni. Elogio storico di Giovanni Siviti. Urbin, 1822. — Le même, Elogio storico di RaffaeUo Santi da Urhino. Urbin, 1829 — Bertolotti, Artisti nrhinati in Ronia prima dd secolo XVni. Urbin, 1881 (extr. du journal II RaffaeUo'). — Charles Blanc, Histoire de la Renaissance artistique eu Italie, t. II, p. 83, 106. Paris, 1889.

La \’ieri>e et riinfanl Jésus, par Oiovaiini Saiiti. (Galerie nationale de Londres.)

distingués, Julien de Médicis et les Canossa de Vérone; ils contribuèrent à porter à leur maturité les plus délicates, les plus rares fleurs de l’esprit. S’agissait-il de mettre sur la scène quelque comédie, ces princes ne reculaient devant aucun sacrifice : on a pu le voir par la description de la première représentation de la Calandra (p. 89); ils acceptaient aussi de grand cœur les dédicaces d’ouvrages, tels que le traité de Quinque Corporibus de Piero délia Francesca ou la Summa de Arithmetica , Geometria, Proportioni et Proport ialit à de Luca Pacioli (Venise, 149-I).

\’is-à-vis de l’art, ils se montraient infiniment moins prodigues. Ayant fait achever l’admirable palais ducal par Francesco di Giorgio de Sienne et par Baccio Pontelli, ils se crurent désormais quittes. Aussi ne songèrent-ils jamais à s’attacher Bramante ou Raphaël. Ce dernier ne peignit pour eux que le petit Sai)it Michel et les deux Saint Georges, dont l’un destiné à être offert en cadeau au roi Fleuri VII d’Angleterre. Il trouvait chez ses souverains un accueil cordial, des lettres de recommandation, mais point de travaux suivis. Des artistes indigènes moins en vue, Giovanni Santi, le père de Raphaël, Timoteo Viti et les Genga, ou des étrangers, tels que le Francia, le sculpteur et médailleur Gian Cristoforo Romano, étaient mieux partagés. Le Francia peignit pour Guidobaldo une Lucrèce et des caparaçons de cheval. Une fois aussi ce prince fit faire sa médaille, mais il semble que ce bronze fut tiré à très peu d’épreuves, car on ne connaît jusqu’ici que l’exemplaire conservé au Cabinet des Médailles de Vienne.

Les choix faits par le duc Guidobaldo et la duchesse Élisabeth ne laissaient pas, quelque intermittente que fût leur action, d’imprimer une certaine direction de goût aux villes dépendant de leur petite principauté. Nous avons montré (t. I, p. i36) comment Francesco di Giorgio Martini, le fameux architecte et ingénieur siennois, et Baccio Pontelli élevèrent une série de constructions militaires et civiles, non seulement à Gubbio, qui appartenait alors aux Montefeltro, mais à Cagli, à Sasso di Montefeltro, etc., tandis que Giovanni Santi défrayait de tableaux de sainteté les cités des environs d’Urbin, surtout Cagli, Gradara, Fano, et Montefiorentino, près de Castel-Durante.

Le duc Francesco Maria délia Rovere, successeur de Guidobaldo, qui régna de i5o8 à i5i6, puis de 1622 à i538, appartient déjà plutôt à la période dont nous nous occuperons dans notre troisième volume ; nous le retrouverons en temps et lieu.

De même que Gubbio, Urbin se rejeta sur les majoliques. Un homonyme et parent du Sanzio, Raffaele di Ciarla, s’y fit une véritable réputation.

C’est par ses productions céramiques également que Castel-Durante (aujourd’hui Urbania) s’est fait un nom dans l’histoire des arts.

Forli, gouvernée par la veuve de Girolamo Riario, l’énergique et ambitieuse Caterina Sforza, une des victimes de César Borgia, puis par les Ordelaffi,

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