VENISE
Antonio Grimani, fut doge de 162 1 à i523, chérissait également les lettres et les arts. Lié avec Politien, Pic de la Mirandole, Érasme, il entretenait d’autre part des relations avec des artistes tels que Michel-Ange et Raphaël. Pendant son long séjour à Rome, il avait réuni au palais de Saint-Marc ou palais de Venise un musée d’antiques qui n’avait de rival que ceux du Capitole et du Vatican. Par une inspiration véritablement généreuse, il légua à sa ville natale, si pauvre jusqu’alors en antiquités classiques, sa superbe collection de statues, de bustes d’empereurs et de bas-reliefs, qui torma ainsi le premier no}-au du Musée de Saint-Marc. Sa bibliothèque, riche de 8000 volumes, échut elle aussi à Venise. Sa galerie de tableaux marchait de pair avec ses autres collections. Le fin connaisseur qui avait nom Marc-Antonio Michiel y signalait, en i52i, une série de peintures de Memling (on reconnaît bien le Vénitien à cette prédilection pour les Flamands!), de Jérôme Bosch, de Patenier, d’Albert van Ouwater, de Jacopo de’ Barbarj, d’Albert Dürer, de Gérard Horebout, puis le fameux Bréviaire Grimani, le carton de la Conversion de saint Paul, de Raphaël, etc.
Les neveux du cardinal Grimani héritèrent de ces nobles traditions ; nous aurons l’occasion, dans notre troisième volume, de signaler les services qu’ils rendirent à l’art.
Si Marc-Antonio Michiel (né vers i486, mort vers i552) n’a pas été un Mécène aussi magnifique que son compatriote le cardinal Grimani, il a du moins égalé, voire surpassé en pénétration et en délicatesse les plus fins amateurs de ce siècle clairvoyant entre tous. Partageant son temps entre les charges publiques et l’étude, il décrivit la ville et le territoire de Bergame, commenta la Chronique de Dandolo, réunit les notes les plus précieuses sur l’histoire des arts à Rome, à Naples, et surtout dans le nord de l’Italie. Une partie de ses notes a été publiée en 1800 par l’abbé Morelli, sans nom d’auteur, sous le titre de NotiTÎa d' Opéré di disegno... esistenti in Padova, Crenwna, Milano, Pavia, Berganio, Crenia e VeneT^ia (réédité en 1884 par M. Frizzoni, et en 1887 par M. Frimmel); elle a été revendiquée en faveur de Michiel par Cicogna, dans un mémoire des plus instructifs, où cet éminent érudit vénitien a en même temps fait connaître dans tous ses détaîls la biographie de son héros'. Ce qui distingue Michiel, c’est l’alliance du goût le plus sûr avec la tolérance la plus large : il admire au même titre les Flamands et les Florentins, les créations de l’architecture nouvelle et les antiques.
A quelque distance de Venise, la plus illustre de ses concitoyennes, Catherine