Voigt, Die Wiederbelebung, t. I, p
E. Müntz. — I. Italie. Les Primitifs.
Deux Gueux.
Fac-similé d'une gravure attribuée à Mantegna.
digne, malgré la position gênante qu’il occupe. Notons toutefois, à l’actif de cet aimable narrateur, le joli motif de la Honteuse de Pise (la Vergognosa di Pisa ), qui, pour ménager sa pudeur et satisfaire sa curiosité, pose sa main devant ses yeux, mais en écartant les doigts*. La poursuite du comique, et d’un comique trivial, s’accuse plus nettement dans le tableau longtemps célèbre d’un représentant des Ecoles du Nord, le Milanais Léonard de Besozzo; il y représenta deux paysans et deux paysannes se tordant de rire. Ce ne fut pas une des moindres contradictions de l’esthétique de Léonard de Vinci que l’idée saugrenue d’imiter ou même de copier cette composition. Quant aux prétendues caricatures de Léonard, tout le monde sait de reste aujourd’hui que l’artiste a uniquement cherché à y étudier les défdrmations de la face humaine. Citons enfin, chez Mantegna, un trait véritablement satirique : mécontent de la parcimonie ou des lenteurs du pape Innocent Mil, le peintre osa, affirmet-on, donner les traits du souverain pontife à une personnification de l’Avarice. On sait que, cette fois du moins, le lourd pape génois se montra homme d’esprit en conseillant à Mantegna de peindre à côté la figure de la Patience. Que la fibre comique ou grotesque fût d’ailleurs peu développée chez Mantegna, nous le savons par son tableau du Louvre, la Vertu chassant les Vices : rien de moins spirituel que les monstres dont le grand artiste a peuplé la composition.
En cherchant bien, on découvrirait peut-être encore quelque motif plus ou moins gai, ou quelque élément plus ou moins grotesque, plus ou moins humoristique, dans les bas-reliefs ou les boiseries d’un petit nombre d’églises (portes de Santa Maria del Fiore à Florence, et de la cathédrale de Côme; boiseries avec la date 1427 et le nom de « Joannes Oravia » dans l’église San Catervo à Tolentino1 2, etc.), dans certaines miniatures3 ou dans certaines estampes, par exemple les Planètes de Botticelli, dans le Combat pour la possession du haut-de-ehausses, gravure italienne anonyme1, dans la Grimace de Baccio Baldini3 6, dans un tableau représentant la Foire aux singes, la « Fiera aile Bertuccie0 ». Mais ce ne sont là, il finit le répéter, que des exceptions absolument négligeables dans un si vaste ensemble. On ne trouve surtout plus de ces grandes allégories satiriques du genre de celles qu’Ambrogio Lorenzetti avait peintes cent années auparavant au palais public de Sienne7.