Archivio storico italiano , 1862, t. VI, p
3. Gaye, Carteggio, t. I, p. 674. — A Rome même, Sixte IV fît payer cher à un de ses
sujets une plaisanterie de mauvais goût : Un peintre s’étant permis de représenter sur un pano-
rama de la ville de Cavi, alors assiégée par l’armée du pape, un Franciscain qui faisait la cour
à une femme, le fougueux pontife lui fît donner dix coups de corde et le bannit de sa capitale.
( Les Arts à la cour des Papes, t. III, p. 29.)
avait fait peindre les rebelles1 2. Je laisse à penser au lecteur si ces portraits, plus ou moins ressemblants, étaient accompagnés d’attributs comiques ou d’inscriptions injurieuses.
Les prédicateurs ne dédaignaient pas d’invoquer le secours des peintres pour frapper leurs adversaires. Saint Bernardin de Sienne et Robert de Lecce brûlèrent, sur les places publiques de Bologne, de Ferrare et de Milan, le portrait de Beccadelli (Antonio Panormitano), peint sur papier, à côté de son infâme livre F Hermaphrodite.
En dehors de ces compositions dictées par la vindicte publique, on chercherait en vain dans l’art de la Première Renaissance une veine comique ou grotesque quelque peu caractérisée, du genre de celle qui se développait si librement chez les artistes franco -flamands. De telles tendances eussent été en contradiction flagrante avec la poursuite de la beauté et de la noblesse, qui n’avait cessé, à travers bien des fluctuations, de servir de base à l’art italien, depuis Nicolas de Pise et Giotto jusqu’à Raphaël; elles eussent juré avec les hautes doctrines spiritualistes propagées par les néo-platoniciens.
Tout au plus peut- on signaler de loin en loin une note plus fortement réaliste ou quelque trait d’esprit. Nous en aurons bien vite épuisé la liste : Au palais ducal de Venise, Pisanello peignit parmi les compagnons de Frédéric Barberousse un prêtre allemand avec les doigts enfoncés dans la bouche, motit d’hilarité pour les gamins qui l’entouraient. Chez Paolo Uccello, ce qui peut paraître comique n’est au fond que lourdeur d’esprit, manque d’imagination : chargé de peindre, pour la loge des Peruzzi à Florence, les Quatre Eléments, il représenta la terre par une taupe, l’eau par un poisson, le feu par une salamandre, l’air par un caméléon, auquel, trompé par la similitude des noms, il donna la forme d’un chameau. Benozzo Gozzoli n’avait pas davantage la veine comique; il l’a bien prouvé dans son tableau du Louvre, avec Averroès étendu sous les pieds de saint Thomas d’Aquin en guise d’escabeau : au lieu de s’y montrer sous des traits ridicules, le grand philosophe arabe y paraît sérieux et