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LA CARICATURE

L’essor d’une école, et surtout d’une école dont le triomphe final consiste dans l’idéalisme, ne se rattache pas forcément à la multiplicité des motifs pittoresques que lui offre la société contemporaine, pas plus qu’à l’élégance des modes ou aux raffinements du luxe. On ne saurait nier cependant que de tels éléments favorisent singulièrement la tâche du sculpteur ou du peintre, en développant invinciblement son goût ou en lui fournissant un choix heureux de

modèles. Ce concours devait être tout particulièrement précieux pour une école qui, entre l’idéalisme d’un Masaccio et celui d’un Léonard de Vinci ou d’un Raphaël, se vit forcée — et elle s’y résigna de grand cœur — de parcourir toutes les étapes du naturalisme. En outre, l’art ne réside pas uniquement dans l’architecture, la sculpture et la peinture, comme on l’a trop longtemps soutenu; toutes ses manifestations, à commencer par l’ornementation, con-

luttant. Le pape attire à lui les armes de France, « Rex Francie » (fleurs de lis), au-dessous desquelles est une balance, comme pour dire que c’est la France qui décidera la question; l’empereur au contraire brise un manche attaché à une roue et entouré de banderoles portant ces inscriptions, « Rex Bœmie, Patriarca Rome », que le pape a l’air de faire tourner du pied; chacun des deux souverains a un pied sur une colonne qualifiée de « Civitates imperatorie » et placée dans un navire appelé « Duces Austrie » ; ce navire à son tour flotte sur les ondes qui forment le bas de la gravure ; l’autre pied pose sur un lion, qui lui-même est debout sur une banderole attachée à un arbre où se trouve un autre écusson avec les trois fleurs de lis (inscription : « Dux Borgondie »), puis d’autres emblèmes. C’est tout à fait la caricature politique, mais combien compliquée !

courent au même but en lui apportant un contingent de forces nouvelles, semblables aux mille racines qui font affluer la sève au cœur de l’arbre. Bien plus, ces facteurs négligés des historiens, le mobilier, le costume, les fêtes, font partie intégrante de l’art, et c’est surtout en cherchant à isoler celui-ci, comme l’a fait notre siècle, qu’on l’a compromis, qu’on en a fait un produit factice qui aujourd’hui, pour l’immense majorité des branches décoratives, en est réduit à vivre d’imitations.

Le quinzième siècle est précisément cet âge d’or de la couleur, des formes élégantes, longuement mûries et caressées, des manifestations plastiques. On devient aisément peintre au milieu de tant d’images qui sollicitent le pinceau, d’associations de tons si chatoyantes et si harmonieuses. Chaque événement public, chaque étape dans la carrière individuelle, se traduisent par des symboles parlant aux yeux.

Tout cependant n’était pas bénéfice dans ces emprunts : le monde profane, si propre à tenter le pinceau des peintres, excluait parfois le grand art. Les pompes d’ici -bas les attirent, et on leur demande de se confiner dans les régions de l’idéal; ils voudraient représenter ce qu’ils voient, et on les force à deviner le monde invisible, les tortures des damnés dans l’enfer, le sombre découragement des âmes du purgatoire, les joies du paradis. Les. modes du jour les séduisent, et il faut qu’ils restituent, au moyen de l’archéologie, les costumes des patriarches, des apôtres, des saints. Dures épreuves d’une époque de transition. Les contemporains ont pu souffrir de cette contrainte ; la postérité n’a qu'à s’en féliciter. Piero délia Francesca, Pinturicchio, Carpaccio, n’eussent fait que nous amuser avec leur cortège d’accoutrements bizarres; Léonard, Michel-Ange et Raphaël remueront jusqu’aux fibres les plus profondes de notre être par la noble simplicité du costume et du geste, l’éloquence dramatique, la vérité humaine éternelle, qui est encore au-dessus des modes, quelque brillantes qu’elles soient.

A la cour de Rome, la minutie du cérémonial — on n’ose prononcer le mot d’étiquette devant des usages aussi vénérables, — dont le Strasbourgeois Jean Burchard, maître des cérémonies pontificales, s’est fait l’inexorable narrateur, fournit d’innombrables sujets de tableaux. Le couronnement du pape, la remise du pallium, la cavalcade de Saint-Pierre à Saint-Jean de Latran, l’abandon du baldaquin, la prise de possession de la chaise stercoraire, celle du bâton et des clefs, celle de la ceinture de soie rouge et de la bourse de couleur pourpre, etc., etc., que de thèmes propres à défrayer l’imagination des amateurs du pittoresque!

A Naples, lors du couronnement du roi Alphonse II (1494), Burchard, envoyé par le pape comme ordonnateur des cérémonies, élabore le programme 1

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