LA RECHERCHE DU PITTORESQUE
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le plus savant et décide que la cathédrale sera parée de tentures précieuses et qu’on y installera des tribunes, un lit de cérémonie et une crédence portant entre autres les ornements suivants : deux grands flacons en vermeil, deux grands « bucalia » en argent, deux autres plus petits, deux candélabres avec des cierges, un calice, l’ampoule pour le vin et l’eau, la bourse pour le corporal, une boite à hosties, un encensoir avec la nef, la cuiller et l’encens, deux aiguières, une tasse d’argent, un vase avec l’huile, un vase avec des charbons ardents, etc., etc. Sur l’autel devront prendre place les candélabres, la croix, l’amict, l’aube, la ceinture, la croix pastorale, l’étole et la tunique, la dalmatique, les gants, la chasuble, la mitre, l’anneau pontifical, la tiare précieuse, le glaive royal, la couronne royale avec le béret, le globe, le sceptre, l’étendard, deux paix, etc., etc.
Suit une longue description des ornements destinés au diacre et au sous diacre ainsi qu’au légat, celle des faldistoires, des baldaquins, du trône, des sièges, etc., etc., des vêtements que devront porter les prélats, les princes, les grands seigneurs. Le roi portera une «camisea» ouverte par derrière et nouée jusqu’à la ceinture par des cordons, une « diploides», un «vestitellum », et par-dessus une ample « vestis » de brocart d’or cramoisi crépu, à la façon française, ad formant gallicam, avec une doublure d’hermine et des chaussures en drap noir. Le maître des cérémonies se tait sur les joyaux qui devront rehausser l’éclat du costume, se remettant de ce soin à la magnificence bien connue de la cour de Naples. Effectivement, le roi parut avec un joyau composé de trois perles et d’une pierre précieuse valant peut-être dix mille ducats (un demi-million de francs !).
Est-ce à dire qu’un tel déploiement de luxe suffise à inspirer des artistes ? Assurément non. Les fêtes du couronnement de Louis XIV, de Louis XV, de Louis XVI, de Charles X, n’ont pas été moins savamment organisées, moins magnifiques, sans qu’aucun chef-d’œuvre en soit sorti. Par suite d’une ironie du sort, ou plutôt par suite de quelque loi mystérieuse destinée à proclamer l’indépendance de l’artiste, c’est une cérémonie absolument secondaire, la distribution par Charles X des croix de la Légion d’honneur aux artistes, qui a fourni le plus beau tableau de cérémonie de la Restauration, la toile de Eleim, qui tient aujourd’hui si dignement sa place au Louvre, dans la salle des Etats.
Chez les anciens, le corps nu pouvait briller de toute sa beauté. Depuis le triomphe du christianisme, il faut que l’éclat des parures remplace les splendeurs du nu. De là l’importance accordée au costume, dans la vie publique aussi bien que dans la vie privée; de là ces règlements qui s’étendent jusqu’au choix des couleurs. Exemple : en iq55, Marsuppini, chancelier de la République de Florence, est autorisé, à l’occasion de la mort de son père, à se rendre — mais pour une fois seulement — au palais de la Seigneurie avec un vêtement de
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telle couleur qu’il lui plaira, sauf le noir qu’il lui était formellement interdit de porter1 2 3.
Les pouvoirs publics faisaient cadeau d’un vêtement, comme ils auraient décerné quelque haute récompense, une épée d’honneur, ou le droit de cité, ou une statue équestre. En 1490, Francesco di Giorgio reçut de la fabrique du Dôme de Milan, pour le modèle qu’il avait fait en vue de l’achèvement de cet
Costumes italiens du xv' siècle. D'après les peintures d’un coffre de mariage. (Collection de M. Cernuschi.)
édifice, ioo florins du Rhin de gratification, le remboursement de ses frais de route et de séjour, et en outre un vêtement de soie — à la mode milanaise — pour lui, ainsi qu’un autre pour son serviteur: un vestito di seta per lui ; ed altro vestito pel suo servo, da farsi seconde il costume milanese \
Les modes du moyen âge avaient tour à tour péché par la sévérité ou l’extravagance, par une simplicité ascétique ou par le luxe lourd et vide cher aux Byzantins. Le quatorzième siècle, l’âge .de Dante, de Pétrarque et de Boccace, de Giotto, d’Orcagna et de Simone Martini, vit poindre quelques velléités
1. Le deuil se portait souvent en brun. A la mort de sa femme, Parenti fît don à ses filles et à ses belles-sœurs de « panni monachini»; aux funérailles de Julien de Médias, la jeunesse florentine se vêtit de « bruno ». (Politien, Congiura dei Puni.)