LE « TRAITE » DE RIE RO DELLA FRANCESCA
la coiffure contournée et l’accoutrement féminins ». Ailleurs, ce théoricien fantaisiste essaye d’appliquer à l’architecture je ne sais quel système d’anthropomorphisme : « Les autres colonnes, dit-il, étaient corinthiennes, d’une élégance inconnue, d’une grosseur et d’un poli modérés, ainsi que le requérait la symétrie, que l’exigeait l’ornementation, en rapport exact avec la ressemblance humaine. Car, puisque l’homme ayant à soutenir un pesant fardeau doit avoir de larges pieds sous de robustes jambes, il fuit, dans une construction bien réglée, attribuer les colonnes primitives au soutènement et les colonnes corinthiennes et ioniques aux parties les plus grêles, à la parure de l’édifice. Ainsi donc, toutes les parties, selon que le réclamait l’harmonie de la construction, conservaient une élégance normale '. »
On a contesté l’influence du Songe de Polyphile sur le développement de la Première Renaissance : il est certain que, publié en 1499 seulement, il a paru au moment où celle-ci avait déjà dit son dernier mot et que son action s’est principalement exercée sur les contrées en retard, notamment sur la France, où il a joué un rôle prépondérant. Mais ce que nous nous proposions de rechercher ici, ce n’était pas tant la propagande faite par ce livre bizarre, que la manière dont son auteur a formulé les idées du temps, ce mélange d’imagination et d’érudition, ce rapprochement incessant de l’art et de la nature, les observations sur la botanique qui alternent avec la discussion des règles de Vitruve, cet enthousiasme sans bornes pour l’antiquité. A telles enseignes on n’eût pu souhaiter un interprète plus savant ni plus ému que le frère François Colonna.
Le Traité de Perspective de Piero délia Francesca (dédié au duc Guidobaldo d’Urbin, monté sur le trône en 1482) est l’ouvrage d’un mathématicien plutôt que d’un artiste. Une copie ancienne, conservée à la Bibliothèque nationale de Paris1 2, offre surtout de l’intérêt pour les dessins qui l’accompagnent et qui reproduisent très certainement des originaux de Piero. Certaines tètes se distinguent par les formes osseuses, le modelé serré, propres au peintre de Borgo San Sepolcro. Signalons également les bases des colonnes des folios 46, 48, 49 v°, les chapiteaux des folios 5o, 53, 56, et une vue de palais.
Le passage le plus curieux du Traité, au point de vue qui nous occupe, est celui où l’auteur proclame la supériorité des peintres anciens, Aristomène de Thasos, Polyclès l’Adramitain, Apelle. « Si de nos jours, ajoute-t-il, certains prétendus artistes s’attachaient à cette manière de peindre, au lieu de rechercher les applaudissements des ignorants, ils parviendraient à cette célébrité que les siècles ne peuvent obscurcir, et qui reçoit chaque jour un nouvel éclat du suffrage des hommes compétents. »
Cet extrait nous montre que Piero délia Francesca, malgré son naturalisme, s’inclinait devant la tradition classique : à ses yeux, comme à ceux de ses con-