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LES PALAIS

des anneaux de fer et des « instrumenta » destinés à recevoir des torches, parfois aussi des drapeaux.

Les canaux de la toiture étaient disposés de telle façon qu’une partie des eaux se déversât en dehors, et que le reste allât gagner trois citernes, dont deux placées dans la cour du palais, et la troisième dans le coin du jardin. On remarquait en outre vingt-trois cheminées, enrichies de couleurs variées, destinées à être vues de loin.

En pénétrant à l’intérieur par la porte d’honneur, on se trouvait dans un péristyle carré, le cortile, sur lequel donnaient des triclinia, quelques-uns pour l’hiver, d’autres pour l’été, d’autres encore pour la saison moyenne, et des cubicula, dignes — c’est Pie II qui nous l’affirme — de recevoir des monarques. Au-dessous s’étendaient des caves pour le vin, pour l’huile et pour d’autres provisions.

A droite dans le cortile, un escalier droit, formé de deux sections, dont la seconde était en retour sur la première, conduisait aux appartements supérieurs.

Il comprenait environ quarante marches, fort douces à monter, (Pie II les qualifie de « clementes »), hautes chacune d’un pied, larges de deux, longues de neuf. Arrivé au premier étage, on rencontrait un vaste corridor, régnant sur trois côtés du palais et éclairé sur la cour au moyen de fenêtres divisées en Targe placée à l'angle d’un palais, quatre par des meneaux formant une croix. Le pla- (Palais des Pazzi à Florence.) fond de ces corridors était orné de peintures.

Le premier étage contenait de nombreux appartements, parmi lesquels une salle large de soixante-douze pieds et d’un tiers plus longue, percée de six portes. Le second étage, destiné a servir d habitation au pape, contenait, outic de nombreux cubicula, un oratoire, et un cœnaculum d ete, salle gigantesque éclairée par six fenêtres, dont quatre donnaient sur la façade, deux sur la place de l’église. Le troisième étage était moins riche. Toutes les pièces d un même étage étaient de plain-pied.

Partout une installation des plus confortables : chaque chambre à coucher avait une cheminée ou les autres accessoires nécessaires. Celle du pape se distinguait par ses parois garnies de sapin. Des pierres polies servaient de paxement, des peintures et des dorures ornaient les plafonds, sauf a l étage supérieur.

Les cuisinés se trouvaient, non point dans le palais, mais dans un édifice spécial, à trois étages, construit à côté de la citerne du jardin et communiquant avec chacun des étages du portique.

Ce jardin fut l’objet de soins assidus : il s’étendait jusqu aux remparts de Pienza et offrait exactement la même superficie que le palais lui-même. Des tra-

vaux de terrassement considérables en firent un véritable jardin suspendu, dans les fondations duquel on établit des écuries pour cent chevaux. Telle était la régularité de ce magnifique ensemble que, de la porte d’honneur, le regard pouvait plonger, à travers la porte qui lui faisait face, jusqu’aux confins du jardin.

Une des gloires du quinzième siècle, ce sont ses grands établissements hospitaliers. L’hospice du Saint-Esprit à Rome, construit, aménagé et décoré avec une rare magnificence par le pape Sixte IV‘, l’hospice de Fabriano1 2, le « Spedale degli Innocenti » (hospice des Enfants trouvés), construit par Brunellesco à Florence3 4, et surtout le grand Hôpital et le Lazaret de Milan, peuvent affronter la comparaison avec les établissements similaires les plus grandioses des temps modernes. Rien ne se saurait imaginer de plus léger ni de plus riche que ces constructions, dans lesquelles les architectes semblent s’être proposé pour but principal de prodiguer l’air et la lumière. Deux étages de salles seulement — le rez-de-chaussée et le premier, — de vastes promenoirs, aux arcades ouvertes, dont le modèle le plus parfait eût été la loge des « Innocenti » de Brunellesco, sans les modifications introduites par son interprète, des cours intérieures, des jardins, puis, pour voiler l’horreur de ces asiles de la douleur, une profusion d’ornements à se croire dans un palais.

Le culte des livres était assez développé dès lors pour donner naissance a des édifices spéciaux destinés a servir de bibliothèques. Cosme de Médicis fit construire en iq33 la bibliothèque de San Giorgio Maggiore à Venise, et un peu plus tard la bibliothèque de Saint-Marc à Florence, toutes deux élevées sur les plans de Michelozzo; la dernière, qui est restée intacte, se compose d’une longue salle, divisée en trois nefs par deux rangées de* colonnes supportant des arcs. La lumière y pénètre par les bas côtés.

Matteo Nuti construisit à Césène, en 1462, pour Malatesta Novello, une belle bibliothèque, qui existe encore avec son arrangement primitif : c’est une salle partagée par des colonnes en trois nefs de hauteur égale*. Les bibliothèques, on le voit par ces deux exemples, étaient, aux yeux des quattrocentistes, des églises en miniature. Il en fut ainsi encore de la fameuse Libreria construite par les Piccolomini îi côté du dôme de Sienne.

A Rome enfin, Sixte IV installa, dans la partie du palais apostolique qui sert aujourd’hui de garde-meuble (la « Floreria apostolica »), une bibliothèque qui obtint une notoriété européenne. Voici comment ce pape magnifique enten-

1. Publié par Letarouilly : Édifices de Rome moderne, pl. 260 (?) et suiv.

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