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LES PALAIS

En résumé, peu de mouvement et peu de couleur, un art tout en nuances, une symphonie pastorale, tel est le palais florentin.

Sur la façade des palais aussi bien que sur celle des églises, on évite les saillies. Plus de tourelles à encorbellements, sauf peut-être au palais d’Urbin. Les pignons à redans, appelés à une si grande vogue dans la Renaissance allemande et flamande, sont inconnus aux Italiens du quinzième siècle. Les balcons eux-mêmes n’apparaissent que dans l’Italie du Nord : à Bologne, sur le « Palazzo dell’Arte degli Stracciaiuoli », attribué à Francesco Francia; à Ferrare, au centre du palais Roverella et à l’angle du palais des Diamants; à Venise, sur les palais Corner-Spinelli et Vendramin-Calergi; à Brescia, sur la Prison.

Si pendant cette première période le palais offre à l’extérieur la configuration d’un cube gigantesque, avec le moins de saillie possible, sans alternances de pleins et de reliefs, sans colonnes, sans niches, le plus souvent même sans balcons, sans frontons, sans tourelles, sans pignons, il sacrifie à l’élégance dans le cortile (Y atrium des anciens), entouré de portiques à colonnes, au-dessus desquels s’élèvent des galeries, d’ordinaire ouvertes et richement décorées, avec une loge à l’étage supérieur1. Ce contraste frappe plus que partout ailleurs au palais de Saint-Marc ou palais de Venise à Rome (construit dans la seconde moitié du quinzième siècle) : les portiques du cortile, imités du Colisée, y respirent déjà l’élégance de l’architecture classique, tandis qu’à l’extérieur des mâchecoulis régnent tout le long de la taçade. Au palais des Médicis, le cortile était orné de huit médaillons sculptés par Donatello, et de festons en sgraffite, retrouvés de nos jours seulement sous le badigeon, peut-être aussi de bustes en stuc.

Quant aux appartements, tous de plain-pied, ils avaient soit des .poutrelles apparentes (palais de Saint-Marc à Rome), soit des soffites peints ou dorés, des lambris en bois de cyprès, qui alternaient avec des parois recouvertes de tapisseries.

Ce que nous savons des habitudes de la Renaissance nous autorise à affirmer que d’un bout à l’autre des palais régnaient non seulement le luxe, mais encore un confort et une propreté exemplaires. Cette époque avait une santé trop robuste, elle acceptait trop courageusement l’existence telle qu’elle était, pour connaître les étranges pudeurs du siècle de Louis XIV et ce besoin d’abstraction qui donnèrent à la vie de nos ancêtres le tour le plus conventionnel, le plus pédant et le plus faux qui se soit jamais vu.

Les Italiens du quinzième siècle paraissent avoir été plus frileux que leur descendants du dix-neuvième siècle : du moins ils mettaient en évidence dans

1. Aujourd’hui encore, « dans la belle saison, les Florentins, qui font leurs délices de ces belles cours, ont l’habitude de les couvrir de bannes, pour se garantir des trop grandes chaleurs : aussi rien n’est plus frais et plus agréable que leur aspect, qui étonne tous les étrangers». (Grandjean de Montigny et Faniin, Architecture toscane; i8l5, p. 17.)

E. Mùnlz. — I. Italie. Le» Primitifs.

leurs appartements toutes les ressources du chauffage, aujourd’hui si négligées dans la Péninsule. Une cheminée monumentale devint l’ornement obligé et souvent l’ornement principal de toutes les salles de réception : celles du palais d’Urbin, avec leurs frises d’enfants dansants, leurs arabesques, leurs grotesques, peuvent passer pour le modèle du genre.

Il est à croire qu’un attirail très varié de landiers, de pincettes, de tisonniers, de pelles, probablement aussi de chaufferettes, de braseros, en fer forgé ou en bronze, complétait cette partie si importante de l’installation domestique.

Un des plus curieux parmi ces ustensiles, c’était ie soufflet à vapeur parfois en forme de tête humaine — imaginé ou du moins décrit pour la première fois par Filarete. M. Courajod a été assez heureux pour retrouver, au musée Correr à Venise, un buste de nègre, travaillé par le procédé du repoussé et de tout point conforme à la description de Filarete, peut-être même exécuté par cet artiste '.

La plupart des palais de la Première Renaissance étant situés à l’intérieur de villes, les architectes, préoccupés avant tout de leur assurer un aspect monumental, fondirent dans la masse même de l’édifice les communs, qui ne purent se développer librement que dans les maisons de campagne.

Je ne saurais donner une idée plus claire ni plus complète des palais tels que les rêvait le Mécène du quinzième siècle, qu’en analysant la description du palais de Pienza (voy. la gravure de la page 98), rédigée par son fondateur, le pape Pie II.

La façade, tournée au nord, contenait une porte haute et magnifique; le côté qui regarde l’orient avait deux portes, disposées de manière à sauvegarder les droits de la symétrie, l’une murée, l’autre ouverte pour l’usage quotidien. Il en fut de même du côté occidental. La façade postérieure, tournée vers le midi et le Mont Amiata, fut ornée de trois étages de portiques (de loges) : le plus bas, servant de promenoir, de plain-pied avec le jardin; le second, au plafond décoré de peintures, formant une galerie où l’on pouvait se tenir même en hiver; le troisième étage ayant la même destination que le second, quoique le plafond fût moins richement orné.

La grande préoccupation du fondateur fut d’isoler son palais de toutes parts et de lui assurer un éclairage aussi abondant que possible, au moyen de fenêtres, donnant non seulement sur l’extérieur, mais aussi sur la cour. Il fit percer le rez- de-ch aussée de fenêtres carrées, garnies de barreaux de fer. Au-dessus s’étendaient deux étages comprenant chacun vingt-trois fenêtres, assez larges pour que trois hommes pussent s’y tenir de front. Unattique couronnait le tout.

Les targes placées aux angles du palais et entre les fenêtres, de distance en distance, étaient enrichies d’or, d’argent et de couleurs. Elles avaient pour pendant

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