LES VILLAS ET LES JARDINS
dait la distribution et la décoration d’un sanctuaire de l’étude : Une salit; publique, ornée du portrait du pape et des portraits de docteurs, la salle grecque, et en troisième lieu une salle renfermant les manuscrits ornés d’or et couverts en soie. La première salle contenait 9 rayons â gauche et 7 à droite; la salle grecque, 8 rayons; la salle secrète, 6 rayons; la salle pontificale, 12 rayons, non compris les armoires proprement dites, les « capsæ », renfermant les Régestes*. L’admirable fresque de Melozzo da Forli, et ce que l’on sait des fresques de Ghirlandajo, grâce au fragment retrouvé par M. Schmarsow, nous disent avec quel luxe Sixte IV avait fait décorer sa création favorite. Les casiers étaient artistement sculptés, les boiseries et les portes ornées de mar-x queteries; l’or recouvrait les rosaces, l’anneau et le heurtoir exécutés par maître André de Milan pour la porte principale. Des vitraux de couleur complétaient cet ensemble éblouissant.
En matière d’hommages à rendre à la nature et de plaisirs champêtres, aucun raffinement n’était inconnu à la société du quinzième siècle, aucune dépense ne l’effrayait. Elle imagina tout ensemble le Pavillon monumental, destiné à prendre place à f extrémité d’un jardin, tel que le Belvédère du Vatican, construit sous le pape Innocent VIII, la Villa, sur laquelle nous reviendrons tout à l’heure, et le Rendez-vous de chasse (à peu près ce que devait être, au siècle suivant, la maison dite de François Ier à Moret), dont le modèle le plus intéressant fut le petit château de la Magliana, près de Rome, commencé par le même Innocent VIII, décoré par ses successeurs Jules II et Léon X.
Parlons d’abord du jardin. Dès lors on le considérait comme l’ornement obligé de tout palais digne de ce nom 1 2. Le Vatican avait le sien, enrichi sous le pape
Nicolas V (f iqSô) de toutes sortes de plantes et de fruits, arrosé d’eaux vives
amenées des collines voisines par des conduits souterrains. Celui du palais de Pienza, établi par le pape Pie II (voy. page q35), égalait en étendue le palais
même; celui des Médicis, ou jardin de Saint-Marc, était surtout remarquable
par les statues antiques qui l’ornaient : il servit de musée, un demi-siècle durant, à la jeunesse artiste de Florence; celui- de la ville de Careggi contenait une collection botanique d’une grande richesse; quant aux Orti Oricellari, ou jardin des Ruccellai, également à Florence, ils n’acquirent leur célébrité qu’au siècle suivant : nous aurons l’occasion d’en reparler. Des grottes, des jets d’eau, des statues, des serres, des volières, alternaient d’ordinaire avec les platesbandes et les allées. La villa de Poggio Reale, près de Naples (voy. page 1 19), contenait des jardins d’agrément en même temps que des jardins de rapport,
1. Voy. Albertini, Opusculum de Mirabilibus urbis Romœ, édit. Schmarsow, p. 34. Heilbronn, Henninger, 1886. — E. Müntz et P. Fabre, la Bibliothèque du Vatican au quinzième siècle, p. 142. Paris, Thorin, 1887. — Les Arts à la Cour des Papes, t. III, p. 1 19-120. — Sur l'installation de la bibliothèque d’Urbin, voy. Schmarsow, Melo^o da Forli, p. 81 et suiv.
2. Voy. Burckhardt, Geschichte der Renaissance, p. 2.3? et suiv.
des parterres de fleurs, des volières, un potager, un verger, un parc, voire des pâturages pour les bestiaux. Un des compagnons du roi Charles VIII pendant l’expédition de 1494-1490, son poète officiel André de la Vigne, nous a laissé de cette merveille, dans le Vergier d'honneur, une description aussi baroque comme poésie que curieuse comme renseignements b
Dès le quinzième siècle, surtout à Florence, il n’est pas de citoyen riche qui ne se croie tenu d’entretenir une ou plusieurs maisons de campagne. Les villas des Médicis situées au milieu de collines riantes, Careggi, la Petraja, Poggio a Cajano, Cafaggiuolo, sont devenues aussi célèbres par l’élégance de leur aménagement que par le séjour d’une foule d’hommes illustres. Malheureusement, les générations suivantes les bouleversèrent de fond en comble, et il faudrait nous livrer à un travail de restitution offrant bien des chances d’incertitude pour donner une idée de leur arrangement primitif. A Careggi, bâti et décoré par Cosme l’Ancien, le jeune Galéas-Marie Sforza louait, dès 1469, « il degno edificio de la casa », le nombre et la magnificence des salles, des chambres, des cuisines, le soin avec lequel étaient entretenus les jardins.
Pour terminer cette rapide esquisse de l’histoire de l’architecture pendant les trois premiers quarts du quinzième siècle, en d’autres termes avant l’avènement de Bramante, il nous resterait à étudier ce que Burckhardt a si bien appelé les décors temporaires, les arcs de triomphe improvisés, les scènes théâtrales, les feux d’artifice, les salles de banquets et les salles de fêtes. Mais ces créations éphémères ont été trop bien analysées par l’éminent historien d’art pour qu’il ne nous suffise pas de renvoyer à ses deux ouvrages classiques, le Cicerone et Y Histoire de la Renaissance en Italie.
1. Reproduite dans la Renaissance au temps de Charles VIII, p. 4.35.
Chérubin attribué à Andrea délia Robbia.
(Eglise de l’Assomption à Castello, près de Florence.)
Balustrade du temple des Malatesta. (Eglise Saint-François à Rimini.)