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LES NOVATEURS. — DONATELLO, SES PRÉCURSEURS ET SES ELEVES

orce a été à l’histoire d’admettre, pour l’architecture comme pour la peinture italienne du quinzième siècle, un certain nombre de groupes, d’écoles : pour la sculpture, cette division peut paraître superflue, tant les Toscans ont d’avance et de supériorité sur tous les autres sculpteurs italiens *. A Naples, à Rome, à Pérouse, à Bologne, à Ferrare, à Rimini, à Mantoue, à Venise, à Padoue, partout où vous trouvez un monument de premier ordre, vous pouvez être sûr qu’il a pour auteur un Toscan : tombeaux de papes, statues équestres du Gattamelata et du Colleone, portes de San Pctronio à Bologne, décoration du temple des Malatesta, oratoire de Saint-Bernardin à Pérouse, etc. A peine de loin en loin quelque sculpteur indigène réussit-il à percer.

Si l’on me demande pourquoi la sculpture florentine, aussi bien d’ailleurs que

I. Relevons, à ce sujet, un exemple d’hérédité — comme on dit aujourd’hui — assez curieux. C’est dans les pays de carrières que naissent, au quinzième siècle, la plupart des sculpteurs toscans célèbres : Fiesole donne le jour à la dynastie des Ferrucci (Mino n’est pas

l’architecture, prit une si grande avance sur la peinture, je répondrai sans hésiter que c’est à cause de l’abondance des modèles antiques, ces modèles dont la peinture était sevrée. J’ajouterai que l’esprit florentin, plus porté à l’observation qu’au mysticisme, et à l’expression des passions violentes plutôt qu’à celle de la rêverie, devait finir par exceller dans un art où l’exactitude anatomique, d’une part, la recherche du mouvement, de l’autre, l’emportent sur toute autre qualité. Il y avait dans cette race encore plus de science et d’esprit critique que d’imagination ou de sensibilité. Les autorités, en commandant cette masse de statues monumentales pour la façade du dôme, pour le campanile, pour l’oratoire d’Or San Michèle, et de même les Médicis, en donnant place dans leurs palais ou leurs villas à des bronzes tels que la Judith et le David de Donatello, YEnfant au dauphin de Verrocchio, ne pouvaient que ravoriser l’essor de la statuaire.

Mais si l’on insiste pour savoir à quelles causes cette école doit le concours de tant d’artistes supérieurs, force me sera de me retrancher derrière les lois mystérieuses de la naissance des grands hommes, derrière cette apparition soudaine, impossible à prévoir, d’un Donatello, d’un Ghiberti, d’un délia Robbia, d’un Verrocchio, d’un Michel-Ange : ce dernier étant bien l’enfant du miracle que l’École florentine, vieillie et usée, n’osait plus attendre. L’éducation et l’entraînement peuvent favoriser le développement des maîtres, ils sont impuissants à les susciter. Voilà le sens dans lequel doivent être interprétées et coordonnées les observations qui suivent. Pour achever de montrer quelle était en pareille matière l’impuissance de l’éducation, je citerai ce fait caractéristique : après Donatello, la sculpture florentine décline jusqu’à ce que Verrocchio vienne lui imprimer un nouvel essor.

Il importe de ne pas s’exagérer l’importance de ces sculpteurs qu’on a qualifiés de Précurseurs de Donatello ', à savoir Piero di Giovanni Tedesco et Niccolô di Piero d’Arezzo : ces deux artistes, qui sont loin d’avoir brillé au premier rang, ont surtout pu exercer de l’influence sur le génie naissant de Donatello en

originaire de Fiesole, mais de Poppi); Majano, aux deux irères Benedetto et Giuliano; Settignano, à Desiderio et à Luca Fancelli (c’est à Settignano également que se passa l’enfance de Michel-Ange); Pietrasanta, aux Ricomanni. Non seulement tous ces maîtres débutèrent comme tailleurs de pierres, ils comptaient encore presque tous des ancêtres ayant exercé la même profession. Il y a quelques années, lors d’une excursion à Majano, je fis la connaissance d'un représentant d’une vieille famille d’artistes, les Fancelli (voy. p. 470). J’appris à cette occasion qu’un de ses parents avait sculpté une partie des ornements du château de Vincigliata, si intelligemment restauré par les soins de son propriétaire, M. Temple Leader. Ce n’était qu’un simple tailfeur de pierres, gagnant 4 ou 5 francs par jour, mais qui, sans études spéciales, était devenu très habile dans le maniement du ciseau. Supposez-le dans une atmosphère et soumis à un entraînement tels que ceux du quinzième siècle, il eût fait figure à côté des Mino ou des Desiderio.

1. Semper,od/i! Vorlaufer Donatellos. Leipzig, Scemann, 1870. — Les Précurseurs de ht Renaissance, édités par la librairie Rouam, p, 52-04.

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