LF.S REPRÉSENTANTS DU STYLE DE TRANSITION. — GHIBERTI : LES PORTES DU
BAPTISTÈRE. LES STATUES d’or SAN MICHELE. — LA CHASSE DE SAINT
ZANOBI. — LES ROSSELLINO. — DESIDERIO DE SETTIGNANO. — MINO DE FIESOLE. — LES DF.LLA ROBBIA.
a révolution opérée par Brunellesco et Donatello avait été trop brusque, elle avait trouvé l’Italie trop peu préparée, pour que des esprits plus modérés ne s’appliquassent pas à ménager une transition entre le passé et le présent. C’est la tâche à laquelle se dévouèrent, pour la sculpture, Ghiberti et Luca délia Robbia.
Lorenzo Ghiberti naquit à Florence en i.VB*. Son père, Cionedi ser Bonaccorso, étant mort de bonne heure, ce fut le second mari de sa mere, 1 oriè\re Bartolo ou Bartoluccio di Michèle, qui le remplaça auprès de 1 entant. Une tendre affection unissait le beau-père et le beau-fils; celui-ci était même tellement habitué â considérer Bartolo comme son \ é r i ta b Le porc, qu il signait « Lorenzo di Bartolo » ; il comptait plus de soixante ans, lorsque cette soi te de confusion faillit lui jouer un tort mauvais tour. Ses ennemis, pour 1 empocher
i. Bibl. : Charles Perkins, Ghiberti et son École. Paris, Rouam. u» >* •• -H. I rev a public
dans un fascicule à part la biographie de Ghiberti par N asari et les Commentaires de Ghiberti . Sanimlung ausgewahlter Biographie" Vasaris. Berlin, Hertz, 1886. — K mut mut Kùnstlcr de Dohme (article de M. Rosenberg).
d’ètre élu à une des magistratures de la République, l’accusèrent d’être le dis naturel de Bartolo, tare qui le rendait impropre à exercer une fonction publique. Il fallut que Ghiberti, alors au comble de la gloire, se résignât à faire faire une enquête approfondie. Il en résulta qu’il était bien le fils de Cione, et que sa naissance était sans tache. A partir de ce moment, au lieu de Lorenzo di Bartolo, il prit le nom de Lorenzo di Cione.
Ghiberti, mieux inspiré que ses contemporains, a pris soin de nous conserver par écrit le souvenir des principaux événements de sa carrière.
« Dans ma jeunesse, en
1400, dit-il, voulant fuir la peste et les désordres civils, je quittai Florence avec un peintre excellent qui avait été appelé à Rimini par le seigneur Malatesta, pour décorer à fresque une salle que celui-ci avait fait construire, tâche dont nous nous acquittâmes ensemble de notre mieux. » Cependant , dès
1401, l’artiste revint brus- $
quement à Florence, à la suite de lettres lui annonçant que la Seigneurie et la confrérie des marchands de cette ville avaient repris le vieux projet d’orner le Baptistère d une nouvelle porte en bronze, et que, dans ce but, ils venaient d’ouvrir un concours entre les maîtres italiens les plus réputés. L’épreuve devait consister dans la traduction en bas-relief d’un sujet indiqué, de la grandeur des compartiments de la porte d’André de Pise, alors placée en face de la cathédrale, c est-à-dire à l’endroit qu’occupe aujourd’hui la seconde porte de Ghiberti.
A peine arrivé, Ghiberti se présenta devant les juges, et, après une courte attente, il eut la joie d’ètre autorisé à entrer en lice avec son compatriote Filippo Brünellesco, les deux Siennois Giacomo délia Quercia et Francesco Valdantbrini, les deux Arétins Niccolô di Luca Spinelli et Niccolô di Piero Lamberti, et un maître de Colle in Val d’Eisa, Simone, surnommé dei Bronzi. Une année entière était accordée aux concurrents pour exécuter, aux frais de l’État, un bas-relief en bronze représentant le Sacrifice d' Abraham.
Au jour fixé, les juges, au nombre de trente-quatre, procédèrent à l’examen
GHIRERTI.
des sept bas-reliefs. Ils en écartèrent cinq, et ne gardèrent que ceux de Brunellesco et de Ghiberti. On sait avec quel désintéressement ou quelle fierté Brunellesco se retira, laissant le champ libre à son rival La postérité ne peut qu’approuver cette sage détermination. La composition de Ghiberti, aujourd’hui conservée au Musée national de Florence, l’emporte à tous égards, par la distinction et la suavité qu’il a mises dans ses figures, notamment dans le torse d’Isaac, tendant la poitrine au fer paternel — d’une science achevée comme étude du nu, — par l’animation de la scène, par le fini de l’exécution.
Mais cédons un instant la parole à l’auteur même de ce premier chef-d’œuvre, et laissons-lui raconter les péripéties de ce concours épique :
« Nous étions six à faire ledit essai, lequel était en grande partie une démonstration de l’art statuaire. La palme me fut concédée par tous les experts et par tous ceux qui avaient pris part à la compétition. Tout le monde reconnut mon succès, trouvant, après mûre délibération et examen des modèles par les hommes instruits, que j’avais surpassé les autres. Parmi les juges, il y avait des peintres et des sculpteurs en or, argent et marbre, qui, selon la volonté des membres du conseil, devaient exprimer leur opinion par écrit. Les trente-quatre juges, en comptant ceux de la ville et des pays voisins, les consuls, les ouvriers et toute la compagnie des marchands qui administrent l’église de Saint-Jean, me donnèrent la palme, en signant cette déclaration de leur nom. Il tut décidé que je ferais les portes de bronze pour ladite église, ce que j’ai fait de mon mieux, et ce fut mon premier travail*. »
Le contrat officiel pour la première porte tut signé le 23 novembre iqo3. Il portait que Ghiberti commencerait son travail dès le Tr décembre suivant, et qu’il le continuerait sans interruption, les jours de fête exceptés, jusqu’à partait
Le Sacrifice d’Abraham. Bas-reliel de (ihiberii. (Musée national de Florence.)