I. Perkins, les Sculpteurs italiens, 1. I, p. i
tore, celle à laquelle le mot de Michel-Ange et l’admiration de la postérité ont valu le surnom de « Porta del Paradiso ». La fonte ne commença qu’en 1440, et le tout ne fut terminé qu’en 1462, après vingt-sept années de travail. Aucun artiste, on le voit, n’était plus lent, plus méticuleux que Ghiberti. L’ouvrage, quoique plus compliqué que le premier, coûta moins (14594 florins et une fraction, contre 16 204). Ici encore, l’artiste nous apprend dans quelles circonstances le travail lui fut confié et quel but il poursuivit : « Les portes, dit-il, me
furent confiées avec toute liberté de faire ce qui me semblerait préférable pour arriver au résultat le plus parfait. Je commençai le travail par des tableaux de la grandeur d’une coudée et un tiers, dont les sujets, pris dans l’Ancien Testament, comportaient de nombreux personnages ; je tâchai d’imiter la nature autant que possible, et d’enrichir mes compositions en variant les formes. Dans quelques-uns des bas-reliefs, j’introduisis à peu près cent figures, plus ou moins dans d’autres; toujours je travaillai avec diligence et enthousiasme. J’avais dix sujets à traiter : dans ces sujets, j’ai représenté tous les édifices, tels que dans leurs proportions ils paraissaient à la vue, et avec une telle vérité d’apparence, qu’en s’éloignant d’eux ils nous paraissent détachés sur le tond. Ils ont très peu de relief, et comme dans la nature, les figures les plus rapprochées de la vue paraissent plus grandes que celles qui sont éloignées. J’ai exécuté tout l’ouvrage dans les mêmes mesures. »
Les sujets représentés sur la deuxième porte sont : I. La Création de l'homme, la Création de la femme, la Tentation d'Ève, Y Expulsion du Paradis; — IL h' Histoire de Caïn et d'Abel; — III. V Histoire de Noé ; — IV. L'Histoire d' Abraham;
— V. L 'Histoire d'Isaac et de Jacob ; — VI. L 'Histoire de Joseph ; — VIL Moïse et les Tables de la loi; — VIII. Josué et la Prise de Jéricho; — IX. David et Goliath;
— X. Salomon et la reine de Saba.
Il est difficile d’exprimer avec des paroles ce que l’artiste a mis d’élégance, de noblesse, de sentiment, dans ces compositions, ce qu’il y a semé de figures délicieuses, d’épisodes enchanteurs, de frais paysages, d’édifices majestueux. C’est que, dans l’intervalle entre la première porte et la seconde, Ghiberti avait
Portrait de Bartoluccio.
(Deuxième porte du Baptistère.)
GHIliKRTI.
appris, et par l’exemple de ses émules et par sa propre initiative, combien de trésors cachaient les ruines antiques; de la recherche du caractère et de la mesure il passa dès lors à celle de la beauté. Il ne faut pas hésiter un instant à faire honneur à ces études de l’évolution d’un si noble génie : l’influence de l’antiquité ne se traduit pas seulement par une foule d’imitations incontestables : elle éclate surtout dans le choix des types et l’arrangement du costume1.
La seconde porte du Baptistère mérite une étude particulière au point de vue de l’ordonnance. Le plus souvent, Ghiberti s’v voit condamné, par la multiplicité des scènes, à disperser ses figures, et surtout à substituer à un bel effet d’ensemble une foule d’épisodes distincts les uns des autres. Cependant, lorsque le sujet le comporte, comme dans la Reine de Saba devant Salomon, il sait grouper les personnages avec un art consommé et pondérer les masses avec une entente merveilleuse de l’effet décoratif.
Les bordures des différents compartiments sont à elles seules tout un monde. « Autour de ces basreliefs, dit Ghiberti, j’ai placé vingtquatre statuettes dans la corniche, et vingt- quatre bustes entre les deux frises (plus exactement, vingt statuettes dans des niches et quatre figures allégoriques couchées, semblables à des divinités fluviales). De tous mes travaux, déclare-t-il, celui-ci est le plus remarquable et, en l’exécutant pour le mener à bonne fin, j’ai déployé tout mon savoir. Pour la Irise extérieure, laquelle est entre les montants et les gonds, j’ai fait un ornement convenable de feuillages, d’oiseaux et d’animaux. Il y a aussi une corniche en bronze, et sur les montants un ornement en relief très plat d’un beau travail. Tout dans cet ornement est de bronze fin. »
Parmi les bustes, qui se détachent sur un médaillon, comme les « imagines
I . Ghiberti ne sut pas non plus se dérober entièrement a 1 influence de Donatello. Regardez, sur la deuxième porte, le Prophète debout, à gauche de l 'Ivresse de Noè, avec ses bras nus musculeux, sa draperie si librement arrangée; c’est une imitation du « Zuccone ». sauf que chez lui le bras gauche est levé, tandis que chez le modèle il retombe (grave p. 538). Dans une autre statue, un Prophète barbu, qui pose le doigt contre ses lèvres, 1 imitation n est pas moins sensible.
Portrait de Ghiberti.
(Deuxième porte du Baptistère.)
Ii. Munlz. — 1. Italie. Les Primitifs.
clypeatæ » des anciens, il faut citer en première ligne le portrait de Ghiberti et celui de son beau-père Bartoluccio, qui l’avait assisté avec tant de dévouement. Quant aux statuettes, elles offrent toute l’importance des statues véritables, tant l’artiste y a condensé de grâce, de poésie, de séduction. A vrai dire, je les aime sous cette forme réduite, qui permet à l’orfèvre de génie de déployer tous ses avantages, mieux que dans les dimension? monumentales des statues d’Or San Michèle. Ghiberti a prodigué dans ces figurines, dont plus d’une rappelle les
bronzes ou les terres cuites les plus exquises de l’antiquité, tout ce qu’il avait d’imagination et de science. Ici, comme dans Samson tenant une colonne, il nous a donné un superbe morceau de nu; là, il a représenté des Prophètes, l’un méditant, l’autre implorant l’ Éternel, ou encore regardant avec amour la banderole sur laquelle se déroulent les paroles divines, ou enfin prêchant la contrition. Les statuettes de femmes surtout, l’une recueillie et rêveuse, comme une figurine de Tanagra, une autre, Judith, brandissant le glaive, une troisième agitant un tambourin pour célébrer la victoire des Hébreux, sont d’une liberté et d’une élégance inimitables.
Ghiberti a tenu à résumer tout ce qu’il avait de talent et de science dans ces deux portes, qui sont l’œuvre maîtresse de sa vie. L’encadrement qu’il a composé pour elles, ainsi que pour la porte d’André de Pise, est une merveille de décoration. Les ornements sculptés sur le linteau consistent en pampres de vignes et en oiseaux (fragment gravé p. 899); ceux des montants, en branches de figuier, de pin, de chêne, autour desquelles s’enroulent des banderoles. Un vase placé dans le bas sert de point de départ à ces rameaux, au milieu desquels s’agite tout un monde de quadrupèdes ou de bipèdes, un hibou qui fascine un oiseau placé au-dessous de lui, un écureuil qui croque une noix, etc., etc. On ne saurait trop recommander ces chefs-d’œuvre aux décorateurs modernes. — Il est juste d’associer dans nos éloges le nom de Victor Ghiberti à celui de son père : il a eu une part considérable à ce travail.
Statuette de Prophète.
(Deuxième porte du Baptistère
Pour cette seconde période encore, les travaux étrangers à la porte sont en petit nombre.
Je citerai d’abord les deux bas-reliefs en bronze exécutés pour la cuve baptismale de Sienne (commandés en 1417, ils furent commencés en 1424 seulement et terminés en 1427). L’un d’eux représente le Baptême du Christ, l’autre Saint