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ANTONIO ROSSELLINO

Citons en outre le buste de Niccolô Palmier i (1468, Musée national de Florence), le tombeau de Roverella dans l’église S. Giorgio de Ferrare (terminé en 147b), en collaboration avec Ambrogio de Milan, la chaire de Prato, en collaboration avec Mino de Fiesole, la fontaine de la villa de Castello, etc.

Résumons-nous. Antonio Rossellino manque de lermeté dans ses compositions, de netteté dans ses contours; il ignore ce sentiment de la ligne et de la tournure que son frère Bernardo devait à ses études architecturales. Ses sculptures ne se sauvent que par la délicatesse de l’expression, notamment ses Vierges, par leur modelé souple et suave.

C’en est assez pour assurer à ce maître un rang distingué dans la phalange des statuaires de la Première Renaissance.

Le plus fin et le plus spirituel des sculpteurs florentins de la seconde génération, Desiderio, avait pour patrie ce village de Settignano, dont les carrières fournissent aujourd’hui encore la belle pierre bleutée employée dans les constructions florentines et forment en même temps une armée de tailleurs de pierre, pour ne pas dire de statuaires. Né en 1428, il mourut en 1464, âgé de trente-six ans seulement; mais quelque courte qu’ait été sa carrière, elle compte plusieurs pages qui sauvent son nom de l’oubli.

La biographie de Desiderio semble avoir tenu dans son œuvre : nous savons seulement qu’il eut pour maître Donatello et qu’il sculpta sous sa direction le soubassement, aujourd’hui perdu, de la statue de David, avec des harpies et des rinceaux d’une grâce achevée.

Le chef-d’œuvre de Desiderio, le tombeau de Caria Marsuppini, chancelier de la République florentine (f iqbo)1, se dresse en face de celui de Bernardo Rossellino,• dans l’église de Santa Croce. Il est difficile d’imaginer un contraste plus frappant. Autant l’un est grave, élevé, classique, autant l’autre est prime-sautier, vif et irrégulier. La statue du défunt, aux contours un peu confus, aux propor-

Madone d’ Antonio Rossellino. (Musée national de Florence.)

1 Vov. p. 424 la description de la partie ornementale du tombeau.

Portrait de Desiderio (D’après la gravure publiée par Vasari.)

rions un peu trapues, ne saurait passer pour heureuse; mais quelle fierté dans les deux génies nus tenant un écusson; qu’ils sont mutins, spirituels, et véritablement gamins ! Je ne leur reprocherai que leur modelé un peu trop sommaire et leur ventre ballonné. Si l’ordonnance architecturale n’offre pas la sûreté magistrale de celle du tombeau de Bruni, que d’esprit dans ce riche sarcophage à rinceaux (copié par Verrocchio dans la sacristie de Saint-Laurent), quelle vie et quel mouvement dans les moindres figures! On reconnaît partout l’élève de Donatello, moins universel, mais plus châtié et parfois plus fin, avec je ne sais quelle morbidesse de plus.

Dans l’église Saint -Laurent de Florence, Desiderio exécuta un tabernacle d’une élégance achevée1, qu’il orna entre autres d’une statuette de l’Enfant Jésus, dont l’attitude gauche, les mouvements embarrassés, les gestes comme inconscients, respirent un tel parfum de naïveté

et de fraîcheur qu’il est impossible de n’en être point touché. (Une statuette en marbre offrant de grandes analogies avec celle du tabernacle de Saint- Laurent est entrée au Louvre par le legs du baron Davillier.)

On attribue encore à ce charmant artiste un tabernacle de la Via Cavour à Florence, représentant la Vierge à mi-corps avec T Enfant Jésus. La composition est traitée dans ce genre de bas-relief si mince, remis en honneur par Donatello, le « stiacciato » ; nul procédé ne permet de mieux faire saisir toute la délicatesse du modelé.

Le seul buste authentique de Desiderio, celui de Marietta Stroçf, orne aujourd’hui le Musée de Berlin. On retrouve dans cet ouvrage et la souplesse de modelé propre à l’artiste, et cette grâce native, ce sourire exquis, parfois un peu maladif, cette morbidesse, qui sont les marques de son style2.

Avec Desiderio disparaissait l’artiste le mieux doué parmi tous ceux qui suivirent la manière de Donatello.

Génie tenant un écusson, par Desiderio.

(Tombeau de Marsuppini.)

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