I. Italie. Les Primitifs
Statue funéraire de Leonardo Bruni, par B. Rossellino. (Église Santa Croce a Florence.)
forme de frise, se compose de génies tenant une corne d’abondance, de licornes, de candélabres et d’une tête de mort, mélange d’emblèmes païens et d’emblèmes chrétiens. Sur les côtés se développent des bas-reliefs, copiés de camées antiques. Au-dessus, le sarcophage, d’une structure savante, reproduction textuelle de l’urne de porphyre autrefois placée devant le Panthéon. Les deux anges accoudés aux extrémités du tombeau manquent un peu de liberté; par contre, ceux qui sont sculptés plus haut sont d’un mouvement exagéré, avec des effets de raccourci et un recroquevillage de draperies disgracieux, tout comme dans les fameux Anges de Verrocchio, entrés au Louvre avec la
collection Thiers (voy. page 5oi). La partie la plus belle de ce riche mausolée est le médaillon contenant les figures de la Vierge et de l’Enfant; celle-là gracieuse et touchante, celui-ci frais et coquet.
Jusqu’à ces dernières années 011 a attribué à Antonio le monument funéraire de Marie d’Aragon, dans l’église de Monte Oliveto à Naples. Tout récemment M. Bode a soutenu, avec beaucoup de vraisemblance, que ce mausolée, qui offre les plus frappantes analogies avec celui du cardinal de Portugal, a été exécuté sous la direction du maître par Benedetto da Majano.
Une autre chapelle de la même église, celle des Piccolomini, doit à Rossellino son fameux bas-relief,
Y Annonciation aux bergers , avec un chœur d’anges qui a été reproduit à l’infini, notamment par les délia Robbia et leur Ecole (voy. page 358).
Le Saint Sébastien d’Antonio, à la Collégiale d’Empoli (1457), est somme toute une des plus belles statues nues du siècle : d’un faire souple, libre et sûr, la tète rejetée en arrière, les bras liés derrière le dos, la poitrine légèrement en avant, le poids du corps portant sur la jambe gauche (la jambe droite est d’un modelé plus faible), la figure rend admirablement la langueur qui envahit les membres dans le sommeil ou à l’approche de la mort : le Saint Sébastien d’Empoli sert, je ne crains pas de l’affirmer, de précurseur à Y Esclave dormant du Louvre, un des chefs-d’œuvre de Michel-Ange.
Une autre statue, celle de Saint Jean-Baptiste jeune ( 1 477), au Musée national de Florence, se fait remarquer par son attitude embarrassée, prétentieuse, guindée. On y sent combien la tradition de la grande statuaire avait décliné depuis Donatello.
Le triomphe d’Antonio, ce sont les médaillons avec la Vierge et l’Enfant, auxquels il ajoute comme tond (bas-relief du Musée national de Florence)
Y Adoration des Bergers. Les traits de la Vierge respirent une douceur et une sérénité infinies.