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MINO DE FIESOLE

Mino de Fiesole' est né à Poppi, dans le Casentin, en 14.30 ou 14.31 ; il est mort, âgé de cinquante-trois ans environ, en 14(84. Son existence s’est partagée entre la Toscane et Rome; elle n’offre guère de particularités remarquables; c’est la carrière laborieuse d’un de ces vaillants maîtres du quinzième siècle, plus près, par la modicité de leurs goûts, de l’artisan que de l’artiste. Aussi bien est-il probable que Mino s’éleva du rôle de simple tailleur de pierre à celui de statuaire.

Vasari fait de Mino l’élève de Desiderio. Mais cette assertion est sujette à caution, Desiderio n’ayant que trois années de plus que son prétendu élève.

Mino se rendit fort jeune à Rome, où nous le trouvons dès 1404 : ainsi à l’âge de vingt- quatre ans environ. Il y retourna sous le règne du pape Pie II, vers 1463, puis sous celui du pape Paul II, dont il sculpta le tombeau, en collaboration avec Giovanni Dalmata.

L’œuvre de Mino est des plus considérables. A Florence il a sculpté les tombeaux de la Badia, de nombreux bas-reliefs et bustes; à Fiesole, le tombeau de l 'Évêque Salutati, avec le bas-reliel représentant la Vierge, et le buste de l’évêque (vers 1462) (gravé page 5o5); à Prato, la chaire, en collaboration avec Antonio Rossellino, ouvrage peu heureux, achevé en 1473 (gravé page 418); àVolterra, un ciboire (1471); à Rome enfin, les nombreux bas-reliefs de Sainte-Marie Majeure (un fragment gravé page 553), le tombeau de Paul II à Saint-Pierre, le tabernacle de Sainte- Marie du Transtevère, etc. De ce côté-ci des Alpes, une Madone et un petit

et une sûreté de facture que l’on ne rencontre dans aucun des ouvrages authentiques de Desiderio, et qui s’expliquent bien davantage chez un artiste nourri de la moelle de 1 antiquité, comme l’était Donatello.

I. Bibl. : L. Courajod, Un bas-relief de Mino da Fiesole. extr. du Musée archéologique. Paris, Leroux, 1876. — Semper : Hervorragende Bildhauer-Architekten der Renaissance. Dresde. Gilbers, 1880, in-fol.

Saint Jean-Baptiste au Musée du Louvre, une Madone au Cabinet des Médailles, la Foi et la Charité dans la collection de M. Dreyfus, le buste de Diotisalvi di Nerone dans la même collection, le buste de Niccolô Stro^gi au Musée de Berlin, et divers autres ouvrages secondaires perpétuent son nom1.

Examinons en détail quelques-uns de ces ouvrages. Le monument de Y Evêque Salutati, élevé dans la cathédrale de Fiesole (p. 426, 5o5, 53q), nous montre une vigueur et une harmonie extraordinaires. Rien de plus simple, de plus fini et de plus énergique que le petit saint Jean prosterné devant l’Enfant lésus et la Vierge adorant ce dernier, que le mendiant assis aux pieds d’un des

saints. Il y a là une émotion, une chaleur et en même temps une plénitude de formes que l’on ne retrouve pas souvent dans l’oeuvre de Mino.

Le fameux mausolée du Comte Hugues, à la Badia de Florence (1481 ; la frise gravée ci-dessus, p. io5) forme un contraste complet avec celui de Salutati. On y remarque d’abord des réminiscences nombreuses du tombeau de Marsuppini, notamment dans les anges, qui sont toutefois plus froids et plus vides. La Charité est assez guindée; l’arrangement des draperies rappelle les statues antiques, et l’on pense si Mino a eu le temps de les regarder à Rome! Quant aux anges sculptés aux côtés du cartouche qui porte l’inscription, leur mouvement est absolument exagéré et sans rapport avec leur rôle. C’est l’affectation de la vie et l’affectation de mouvement, plutôt que la vie et le mouvement eux-mêmes.

Les ouvrages les mieux appropriés au talent de Mino sont ceux du genre tempéré, les tabernacles, les armoires aux saintes huiles, avec leurs anges si purs, si suaves, se prosternant devant la Vierge ou supportant des candélabres. Les Vierges sculptées à mi-corps révèlent également des qualités : elles brillent d’une grâce et d’une délicatesse rares. L’Enfant par contre est généralement lourd et disgracieux.

Peu d’artistes ont donné au marbre autant de fini que Mino ; le travail de la mise au point, le polissage, témoignent des soins les plus assidus. Ce fini, cette rare perfection technique, sied bien à ces figures un peu impersonnelles, comme détachées des choses de la terre. Leur sourire mélancolique et l’extrême pureté de sentiments n’iraient point sans les raffinements de la main-d’œuvre; il faut que chez ces madones, si éthérées, rien ne trahisse la lassitude, l’inexpérience ou l’effort, réminiscences de notre malheureuse condition terrestre.

Les qualités de Mino ne doivent pas nous faire oublier ses défauts, sa grâce

Portrait de Mino.

(D’après la gravure publiée par Vasari.)

1. Ü11 trouvera la liste ccmplète de ses productions dans la monographie que lui a consacrée M. Courajod.

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