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PAOLO ROMAND

dans la sacristie. Les piédestaux de ces deux statues offrent, si je ne me trompe, la solution d’un problème qui a fort embarrassé les historiens modernes. Vasari raconte que, Paolo ayant reçu une commande du pape Pie II, un certain Mino del Reame, jaloux de l’artiste romain, lui offrit de parier mille ducats qu’il ferait une statue de Saint Paul meilleure que la sienne :

il espérait que Paolo , homme modeste et doux, soucieux avant tout de son repos, n’accepterait pas le défi. Mais Paolo releva le gant et triompha, au jugement de tous les connaisseurs. Cette statue de Saint Paul, ajoute Vasari, est identique à celle qui orne aujourd’hui le pont Saint-Ange. — Or, si les deux statues de la sacristie de Saint-Pierre sont bien de la même main, il n’en est nullement ainsi des piédestaux : sur la

statue de Saint Paul, les anges vêtus qui supportent les armoiries de Pie II se distinguent par un style fin et cadencé, se rapprochant de celui de certains Florentins, tels que Mino de Fiesole; sur la statue de Saint Pierre, au contraire, ces anges, transformés en génies nus et inspirés de l’antique, trahissent une

main plus rude et une facture plus large. Ne serait-ce pas sur (.es figures accessoires qu’aurait porté le défi de Mino del Reame? Je dois ajouter que les deux statues réunissent une telle masse de defauts, que j ai hésité longtemps a les attribuer à Paolo : l’une d’elles lève la tête par le mouvement le plus disgracieux, les draperies sont collantes à l’excès, d’un style mesquin et giossiei, tandis que le Saint Paul placé sur le pont Saint-Ange a de la noblesse, sinon de la gi andeui .

L’Espérance, par Giovanni Dalmata.

(Grottes de Saint-Pierre de Rome.)

E. Miinlz. — 1. Italie Les Primitifs.

Ce n’est pas la seule fois du reste que Paolo semble avoir accepté de prendre part à une de ces joutes artistiques : à l’église San Giaeomo degli Spagnuoli, située près de la place Navone, la frise qui surmonte une des portes extérieures nous montre deux anges habillés qui voltigent en tenant un écusson : sur l’un est écrit Opus Pauli, sous l’autre Opus Mini 1 .

Le sculpteur romain s’essaya dans les sujets profanes aussi bien que dans les sujets religieux. Un poète contemporain célèbre son Cupidon en marbre, portant l’arc, le carquois et une torche. Il est question, d’autre part, de deux bustes de Jeunes Filles que Paolo offrit, en 1461, à Pie II.

Les registres comptables de la cour pontificale nous permettent de revendiquer en faveur de Paolo Romano la statue de Saijit André (iq63), placée sous un élégant édicule près du Ponte Molle (gravée page 97) : c’est à lui que les documents en font honneur, et non à Varrone et à Niccolô de Florence (confondu à tort par M. Milanesi avec Niccolô Baroncelli), dont Vasari avait mis les noms en avant. L’œuvre est correcte et pure, mais froide.

Sous le pape Paul II, Paolo Romano sculpta le tombeau du cardinal Scarampi, à San Lorenzo in Damaso, et l’autel de Sainte-Agnès hors les Murs2.

Rien 11e saurait montrer plus clairement que l’exemple de Paolo à quoi aboutissait l’imitation de l’antique là où le génie faisait défaut.

Vasari attribue une fois à Niccolô délia Guardia et à Pietro Paolo de Todi, élèves de Paolo Romano, une autre fois à Pasquino da Montepulciano et à Bernardo Ciuffagni, le tombeau du pape Pie II à Saut’ Andrea délia Valle Niccolô di Guardiagrele, célèbre sculpteur et orfèvre des Abruzzes4, travaillait effectivement à Rome, en iq5i, époque à laquelle il cisela pour le Latran une croix processionnelle. Pasquino da Montepulciano (Jp 14S4) fut, on l’a vu, un des collaborateurs de Filarete. Quant à Pietro Paolo de Todi, j’ignore si quelque lien le rattache soit à Pietro Paolo degli Antonii, de Rome, soit à Pietro Paolo Cortese (f iqôS), qui tous deux jouissaient d’une certaine réputation vers cette époque.

A partir du pontificat de Paul II, les sculpteurs de la haute Italie commencent à tenir tète, dans la Ville éternelle, aux sculpteurs toscans. Le maître préféré par ce pape, peut-être en raison de la perfection technique qu’il savait donner à ses fontes, fut Bellano ou Vellano de Padoue, qui exécuta pour lui son

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