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Les Arts à la cour des Papes, t. I, P

ISAIA DA PISA.

GIOVANNI DALMATA.

Pour prix de ses éloges Porcellio reçut deux statuettes qui témoignent chez l’artiste pisan d’un certain dérèglement d’esprit : Néron et Poppée assis chacun sur un cheval.

Et mihi quadrupèdes quos dédit ille duos In quibus insident, hinc Poppea Cesaris uxor.

Inde ferox animis turgidus ora Nero,

On ignore l’époque de la naissance et celle de la mort d’Isaïe de Pise. Des découvertes récentes nous ont seulement appris qu’il appartenait, comme ses compatriotes du treizième siècle, à une dynastie de sculpteurs : son père, Pippo ou Filippo, travaillait en iq3i à des marbres destinés au palais du Vatican; quant à son fils, il ne fut autre que le célèbre statuaire et médailleur Gian Cristoforo Romano1.

Mino de Fiesole, dont l’existence se partagea entre les bords de l’Arno et ceux du Tibre, peut passer pour le mieux partagé des sculpteurs toscans fixés à Rome. Aussi bien son style élégant, châtié, un peu élégiaque, répondait-il merveilleusement à l’esprit de la cour pontificale. Mino a sculpté à Rome des bustes, — le plus ancien, celui de Nicolas Stro%fi, remonte à iqSq, — des ciboires, des tabernacles et des retables, pour les basiliques de Sainte-Marie Majeure, de Sainte-Marie du Transtevère, etc. Favorisé par le pape Pie II, qui l’employa aux travaux de la loge pontificale de Saint-Pierre, par le cardinal d’Estouteville, qui lui confia le vaste retable de Sainte-Marie Majeure, il eut en outre l’honneur de sculpter, avec Jean Dalmate, le mausolée du Pape Paul IL

Ce Giovanni Dalmata, un nom à ajouter à ceux des artistes dalmates que nous avons mentionnés ci-dessus (page i 74), n’est guère connu que par sa coopération au mausolée que je viens de mentionner, monument important, dont la majeure partie se trouve aujourd’hui reléguée dans les cryptes du Vatican, et dont deux fragments sont venus échouer au Musée du Louvre2. Il a signé le bas-relief de Y Espérance (gravé page 677), sage précaution sans laquelle son nom ne serait point parvenu jusqu’à nous. On reconnaît également sa main dans la Création cTÈve, la Résurrection , dans les Évangélistes saint Mathieu et saint Marc, dans les figures de Dieu le Père et du Pape.

M. de Tschudi attribue en outre à Jean Dalmate les tombeaux du cardinal Roverella (f 147b), à Saint-Clément, et du cardinal Eroli (Jf 1479)’ tlans ^es grottes du Vatican, ainsi que différentes sculptures des églises romaines. Le même auteur oppose aux qualités et aux défauts de Mino le naturalisme de Giovanni Dalmata, l’animation de ses figures, ses plis boursouflés ou cassés.

il. De Fabriczy : Courrier de l'Art; 1888, p. llS-lI". — Venturi : Achivio storico dell' Arte,

1. Courajod, Deux fragments des constructions de Pie II il Saint Pierre de Rome, aujourd hui au Musée du Louvre. Paris, Champion, 1882.

Dans la série, si courte, des artistes romains du quinzième siècle, la première place revient au sculpteur Paolo Romano1, comme pour le siècle suivant elle revient au peintre Giulio Romano. (Ne dirait-on pas que les contemporains, en donnant à ces maîtres pour surnom le nom de Romano, ont voulu marquer que c’était chose extraordinaire qu’un artiste de marque né à Rome!)

Il faut absolument distinguer, de Paolo di Mariano di Tuccio Taccone, le « Paulus Romanus » qui a sculpté les tombeaux de B. Caraffa (1417), dans l’église des chevaliers de Malte, et du cardinal Stefaneschi, à Sainte-Marie du Transtevère (i3()7). Notre Paolo Romano avait un autre sosie encore, un

certain Paluzzo, sculpteur comme lui, massier pontifical comme lui, et qui, en possession de cette charge dès 1417, vivait encore en 1470. N’était cette dernière circonstance, je serais disposé à attribuer à ce Paluzzo les tombeaux de Sainte-Marie du Transtevère et de Sainte-Marie du Prieuré de Malte, qui sont, on vient de le voir, l’œuvre de « magister Paulus ». Mais dans ce cas on serait obligé d’admettre que Paluzzo est devenu centenaire.

Paolo di Mariano di Tuccio Taccone, plus connu sous le nom de Paolo Romano , est de tous les sculpteurs de la Première Renaissance celui peut-être qui dans ses statues s’est le plus inspiré des modèles romains. Chez ses personnages la toge, étroite plutôt qu’ample, se développe en plis réguliers et parallèles. La recherche de la correction, la raideur des attitudes, la maigreur des draperies et quelque chose d’impersonnel, d’abstrait et d’archaïque, tels sont les traits distinctifs de sa manière. Chez lui ni ambitions téméraires ni ardeurs généreuses, mais de la circonspection et de la science : ce n’était point assez pour faire revivre, à l’instar des Florentins, les chefs-d’œuvre de la statuaire des anciens, unique préoccupation du brave sculpteur romain.

Mariano, le père de Paolo, sculpteur comme lui, avait pour patrie Sezze, près de Velletri. On ignore la date de la naissance de Paolo : on sait seulement que dès iq5 1 il travaillait à Rome pour le compte du Pape. Sauf un séjour à Naples, où nous le trouvons établi en 1468, occupé à l’arc de triomphe, il semble avoir concentré toute son activité sur la Ville éternelle. Il y mourut en 1470.

L’ouvrage le plus célèbre de Paolo Romano, ce sont les deux statues de Saint Pierre, et de Saint Paul (commencées en 1461), autrefois placées sur les marches qui conduisent à la basilique de Saint-Pierre, aujourd’hui reléguées

Les Arts à la cour des Papes, t. I. — Bertolotti : Repertorium fiir Kunstwissenschaft, 1881, p. 426 et suiv., et Archivio... délia citth c provincia di Roma, t. IV, p. 291-317.

Portrait de Paolo Romano.

D’après la gravure publiée par Yasari.)

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