LES SCULPTEURS DE NAPLES
buste, conservé de nos jours encore au palais de Saint-Marc, et sa statue également en bronze, exposée jusqu’à la Révolution sur une des places de Pérouse.
On manque de détails sur les travaux d’un autre sculpteur, que nous aurons en outre à présenter au lecteur comme médailleur : Cristoforo di Geremia, l’auteur de l’admirable médaille d’Alphonse de Naples. Nous savons seulement qu’en 146.8 il répara la statue équestre de Marc Aurèle, alors exposée près du Latran, et qu’il reçut pour ce travail une somme de 3oo florins. Nul doute que des documents d’archives ne viennent restituer à ce maître une série d’ouvrages jusqu’ici anonymes et lui donner une place qui, si nous en jugeons par le mérite exceptionnel de ses médailles, sera des plus honorables.
La cohésion qui distingue le groupe des sculpteurs fixés à Rome fait défaut à leurs émules de Naples : ici Lombards, Florentins, Ombriens, Napolitains, travaillèrent côte à côte sans confondre leurs efforts ni élaborer un idéal commun. Comme pour entretenir la diversité des manières, les Florentins expédiaient sans cesse à Naples des monuments exécutés de toutes pièces sur les bords de l’Arno, et par conséquent empreints du plus pur style toscan. De cette anarchie viennent peut-être la liberté et la magnificence qui distinguent les mausolées, encore à moitié gothiques, de Ladislas, de Jeanne II et du sénéchal Caracciolo (voy. page 107), avec leur réalisme, la rudesse de leurs figures, mais aussi leur grande allure.
L’histoire de la sculpture dans le royaume de Naples est encore à écrire. On a lu plus haut (pages 166-120) les' noms des principaux sculpteurs qui illustrèrent les règnes de Ladislas, de sa sœur Jeanne II, d’Alphonse V d’Aragon, de Ferdinand et d’Alphonse IL
En dehors des mausolées élevés par Andrea di Nofrio de Florence et par l’énigmatique Andrea di Ciccione, le monument de sculpture le plus important dont s’enorgueillisse la ville de Naples est l’arc de triomphe du Château Neuf, commencé vers iq55 et terminé quelque dix années plus tard (voy. page 1 12). La diversité des mains explique la diversité des manières, ce mélange de réalisme et de classicisme, ces guerriers trapus et rudes, alternant avec des ornements d’une rare délicatesse, des divinités fluviales, des dauphins, des sirènes, des hippocampes, des « putti » qui tiennent des festons, des griffons affrontés, comme sur le temple d’Antonin et Faustine. Souhaitons que cette page importante fixe enfin l’attention d’un critique capable de discerner les différents maîtres qui ont concouru à son exécution et de Frire le départ entre les parties sèches ou pauvres et d’autres véritablement libres, fières et inspirées.
Guglielmo lo Monaco, né en Ombrie, fixé à Naples (1402-1460), semble avoir tenu de l’ingénieur plutôt que de 1 artiste (voy. page 1 14)- Les poites de bronze dont il orna le Château Neuf1 constituent peut-etre des récits ties
1. Gravés dans P Expédition do Charles VIII en Italie, par M. François Delaborde (Paris, Didot, 1888, p. 600. 601), et ci-dessus, p. 117.
exacts de la Guerre des Barons, mais l’artiste n’a pas su les élever au niveau de la grande sculpture d’histoire.
Nous ferons connaissance dans le second volume avec d’autres sculpteurs occupés dans le royaume de Naples, Silvestro Ariscola d’Aquila, Andrea dell’ Aquila, Francesco Laurana, etc.
De Naples, nous pouvons remonter presque d’une traite à Venise, en suivant l’itinéraire que nous avons adopté pour la première partie de ce travail : dans les Marches, la Romagne, l’Emilie, ou la sculpture n’a pas produit de monuments hors ligne, ou elle n’y a compté pour principaux représentants que des Florentins; de loin en loin un Lombard, presque jamais un maître indigène de quelque valeur. Réduite, dans la ville d'Urbin, à faire de la décoration, la sculpture rencontre, au temple des Malatesta à Rimini, un théâtre plus digne d’elle ; mais ce sont des élèves de Donatello uniquement — Agostino di Duccio, Simone Ferrucci et Bernardo Ciuffagni — qui se vouent à la décoration de ce sanctuaire. C’est un Florentin également, Niccolô Baroncelli, qui préside aux destinées de la sculpture à Ferrare. Parme, Modène, peut-être aussi Faenza, ont reçu des visites plus ou moins courtes de Donatello.
A Bologne, il nous faut foire halte un instant : l’histoire de la sculpture y est marquée par l’arrivée de deux étrangers qui tous deux y font époque : Jacopo délia Quercia, auquel nous venons de consacrer une notice développée, et Niccolô dcBari, surnommé Niccolô dell’ Area (-J- 1494), dont nous nous occuperons dans notre second volume. Sans fondre en un tout harmonieux les efforts des nombreux sculpteurs de talent, Toscans ou autres, qui avaient cherché fortune dans la capitale de l’Emilie, l’atmosphère de Bologne donna du moins à leurs productions un certain caractère de réalisme, que l’on ne saurait méconnaître. Prenons les mausolées : les souvenirs personnels, les accents intimes, y tiennent plus de place que dans n’importe quelle autre ville. A côté de bas-reliefs équestres, d’une hère tournure, tels que celui d’Annibal Bentioglio (iqÔB), par Niccolô dell’ Area, à S. Giacomo Maggiore, nous rencontrons une longue série de mausolées de professeurs, tous traités dans une donnée essentiellement vivante et pittoresque : d’ordinaire le « magister » y est représenté en chaire, ayant autour de lui ses élèves attentifs à sa parole et empressés a suivre ses explications sur les livres placés devant eux ou à les transcrire sur leurs cahiers. Constatons à ce sujet que le mausolée du professeur Nicolas Fava, dans la même église, ne saurait être de délia Quercia, comme on l’a prétendu; celui-ci, en effet, était mort le 20 octobre 14.38, près d’un an avant Fava, qui mourut le 14 août 14.39.
Les sculpteurs florentins, négligés par les Bolonais, prirent une brillante revanche à Ferrare; on s’y croirait dans un des faubourgs de Florence. Dès 1427, Cristoforo et son fils Antonio di Cristoforo sculptaient une statue destinée à la