‹ Histoire de l'art pendant la RenaissanceChapitre 252 sur 337 · LES SCULPTEURS DE FERRARE · texte numérisé non relu

LES SCULPTEURS DE FERRARE

loge de la cathédrale. En 1443, le même Antonio assisté de Niccolô di Giovanni Baroncelli y entreprit la fonte de la statue équestre du marquis Nicolas d Este : Antonio ht le cavalier et Niccolô le cheval. Mis en place en 140 1, cet ouvrage fut transporté en 1472 près de l’entrée principale du château de Ferrare; il fut détruit en 1496. Ces deux maîtres avaient pour collaborateurs Baccio de Netti et Meo di Cecco (Meo del Caprina?). En 1401,

Baroncelli commença la statue de Borso, qu’il représenta assis entre quatre génies ailés tenant l’écu d’Este; la statue, en bronze doré, avait pour piédestal une grosse colonne de marbre.

Installé en iqSq sur une place de Ferrare, cet ouvrage partagea le sort de la statue équestre du marquis Nicolas et périt en 1796.

Une gravure ancienne publiée par M. Heiss nous en fait connaître l’arrangement général. Baroncelli étant mort au mois d’octobre 1453, avant la mise en place, son fils Giovanni, son gendre Domenico di Paris, de Padoue, Meo di Cecco, Niccolô de Florence,

Giovanni de France et deux autres terminèrent la statue.

Mieux partagées, les statues en bronze du maître autel de la cathédrale ( 1 453— 146O), le Christ entre la Vierge et Saint Jean, Saint Georges et Saint Maurelius', permettent d’apprécier aujourd’hui encore le mérite de Baroncelli, de son fils et de son gendre : leurs personnages sont correctement drapés, mais manquent de souffle. On rencontre encore à Ferrare les sculpteurs Domenico, Luca di Giacomo, Paolo di Luca, Sandro di Bartolo, tous de Florence,

Parmi les ouvrages des artistes indigènes, accordons une mention au Calvaire en terre cuite polychrome, le Mortorio, comme disent les Italiens, modelé en 1 q58 par Lodovico Castellani pour la cathédrale.

1. Antonelli, Lettera... sopra le statue di bron\o esistenti nella cattedrale di Ferrara. Bologne, 184.4. — Heiss, les Mèdailleurs de la Renaissance ; Niccolô, p. 7-9, avec gravures.

Bas-relief équestre d’Annibal Bentivoglio (1458), par Niccolô dell’ Area.

(Église S. Giacomo Maggiore à Bologne.)

A Venise, le style gothique resplendissait encore de vigueur et de grâce, lorsque la Renaissance vint y mêler un élément de trouble et de décadence irrémédiable, la Renaissance réduite, devant cette civilisation si artificielle et si intolérante, à s’introduire subrepticement, au lieu de s’imposer par un coup d’éclat, comme celui qu’avait frappé Donatello à Padoue. Puis, lorsqu’il leur fut impossible de se soustraire à l’empire des idées nouvelles, les Vénitiens essayèrent de voler de leurs propres ailes, sans subir aveuglément, à l’instar des Padouans et des Véronais, le joug florentin : ils prirent de préférence pour modèles, et en cela ils suivirent une inspiration heureuse, les sculptures grecques, à commencer par les Chevaux de bron~e placés sur la basilique de Saint-Marc; d’autre part, et en cela ils commirent une grave erreur, la richesse et plus encore la complication leur parurent préférables à la simplicité ainsi qu’à la logique implacable des Florentins.

Il arrive sans cesse que des ouvrages qui devraient rentrer dans le cadre de notre travail en tant que chronologie, nous échappent par leur style, étranger à toute notion de Renaissance. Cette exclusion est doublement regrettable en ce qui touche les charmants bas-reliefs sculptés, au début du quinzième siècle, sur les chapiteaux du palais ducal. Rien de plus frais ni de plus fin que ces scènes encore tout enveloppées de la poésie mystique du moyen âge, quoique les souvenirs de l’antiquité commencent à se faire jour dans le choix des sujets : la Chasteté de Scipion , la Justice de Trajan, la Libéralité de N mua Pompilius envers les Eglises , s’y développent à côté de Y Adoration des Mages; les portraits de Cicéron, de Pythagore, de Priscien, d 'Aristote, d ’Enclide, de Ptolémée, à côté des représentants des différentes races, telles que les concevait cette époque'.

Le style de transition s’incarne dans la famille Bon ou Buon : Giovanni et ses fils Bartolommeo et Pantaleone (voy. page 480).

Le principal ouvrage des Bon est la « Porta délia Carta » (ainsi appelée parce que l’on y affichait les décrets publics) ou « Porta dorata », au Palais ducal. Commencé en iq38, ce monument fameux semble n’avoir été terminé qu’après 1463. Encore aux trois quarts gothique (fenêtre ogivale à sept lobes, colonnettes torses, clochetons), rien n’y manque de ce qui caractérise les traditions dans lesquelles Bon avait été élevé. On remarque surtout, non sans un sentiment de regret, le disgracieux baldaquin au sommet duquel l’artiste a placé une statue de Venise ou de la Justice, qui l’écrase complètement. Quatre statues de Vertus, debout dans des niches, des génies nus tenant un écusson, d’autres génies grimpant le long du feuillage qui garnit le baldaquin, un Saint Marc à mi-corps dans un médaillon soutenu par deux Victoire volant (imitation de l’antiquité), enfin la statue de Venise, trônant dans le haut, le glaive dans une main, la balance dans l’autre, entre deux lions, telles sont les figures qui forment la décoration riche, mais nullement exubérante, de la « Porta délia

]. Voy. les Annales archéologiques de Didron, t. XVII, p. 84-8.5, 20.5.

Page 1