I. Vasari, t. III, p
« Libreria » du dôme de Sienne, peintes au début du seizième siècle. « Il y a des personnes, déclare à ce sujet L.-B. Alberti, qui emploient l’or immodérément dans les tableaux, pensant que ce métal apporte au sujet une certaine noblesse1. »
On essayait de donner plus de richesse au moyen de couleurs particulièrement précieuses : Vasari raconte que les fresques de Pisanello, à Saint-Jean-de- Latran, se distinguaient par la profusion d’un « azzuro oltramarino », d’un bleu d’outremer, que le pape Martin V lui avait donné. En général, les contrats réglaient l’emploi de ces substances, dont la consommation formait une cause permanente de difficultés entre les Mécènes et les peintres.
A la dorure, certains peintres, tels que Crivelli’, ajoutent des ornements en relief, en stuc, principalement destinés à donner plus d’importance aux accessoires, aux clefs que tient saint Pierre, aux joyaux qui garnissent la couronne de la Vierge. Cet usage, de tout point contraire au principe de la peinture, qui ne doit demander ses ressources qu’à la seule ornementation plane, est évidemment une réminiscence du moyen âge : les trecentistes se plaisaient en effet à détacher, au moyen de saillies qui formaient de véritables bas-reliefs, les nimbes de leurs saints2 3.
Cette recherche de l’éclat, comme d’ailleurs aussi la recherche de costumes d’une coupe particulièrement piquante, remonte, je crois pouvoir l’affirmer, à la lin du quatorzième siècle : certains épigones de l’Ecole de Giotto avaient tenté à ce moment un dernier effort, en essayant de frapper la foule soit par l’abus du vermillon, du bleu d’outremer, de l’or rembruni et autres raffinements empruntés à la miniature, soit par le luxe d’accoutrements exotiques. Où placer le berceau de cette réforme ? A Florence, avec Lorenzo Monaco, à Sienne, dans l’Ombrie, dans la haute Italie, chez les peintres ou chez les miniaturistes, chez le Starnina ou Antonio Veneziano (voy. page 5g o)? Sans me prononcer, je constaterai qu’au début de la Renaissance un Ombrien et un Lombard, Gentile da Fabriano et Vittore Pisanello, sacrifièrent simultanément à ces tendances, en y mêlant je ne sais quel amour mystique pour le monde végétal; un peu plus tard Fra Angelico en fit le fonds même de sa peinture".
Le coloris des Primitifs est donc d’ordinaire, non seulement harmonieux et chaud, mais encore vibrant. Ils aiment les belles couleurs voyantes, les étoffes qui brillent au soleil. Seuls quelques raffinés, tels qu’Uccello et Piero délia Francesca, se plaisent dans des gammes plus ternes, en attendant que les progrès du clair-obscur leur permettent de se contenter de bistre ou de bitume,