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LE PORTRAIT ET LE PAYSAGE

les paysages des Primitifs en ont-ils moins d’exactitude, moins de poésie?

Esprits ouverts, les Primitifs s’attaquaient d’ailleurs à tout ce qui se laissait peindre. Aux paysages ils joignirent les « fabriques ». Ces villes et ces constructions idéales abondent dans les compositions, notamment de Mantegna, de Benozzo Gozzoli, de Ghirlandajo, de Botticelli et de Filippino Lippi, dans les tableaux à scènes légendaires de la Pinacothèque de Pérouse, dans la Remise des clefs du Pérugin, à la chapelle Sixtine. Chez Mantegna, les villes couronnent d’ordinaire les flancs d’une montagne; chez Benozzo Gozzoli, elles s’étendent en plaine. Dans la série, si importante et si peu étudiée jusqu’ici, des marqueteries en bois, les « tarsie in legno «, se développe également un monde d’édifices plus ou moins imaginaires.

Pendant toute cette période les peintres ne cessèrent de demander à l’architecture et à l’ornementation architectonique — en s’inspirant principalement de l’antiquité — le moyen de soutenir et d’enrichir leurs compositions. Rien en effet ne pouvait davantage relever celles-ci, leur donner plus de tenue. Prenons au hasard parmi les productions des différentes Écoles : le Vénitien Crivelli, dans sa Pietà, à la Pinacothèque du Vatican, place devant les personnages une balustrade en marbre, ornée d’oves et de palmettes; sur cette balustrade, il installe, d’un côté un chandelier doré, au pied armé de griffes, de l’autre un vase servant aux parfums; tout autour, des tètes de chérubins dorés s’enlevant sur un fond bleu. Au milieu du tableau, et retombant sur la balustrade, une large bande de brocart rouge broché d’or, à grandes franges. Le même peintre, Adèle en cela à la tradition vénitienne, pousse la passion du luxe jusqu’à incruster de pierres précieuses la croix du Christ.

C’est qu’il est des artistes qui rêvent leurs héros pauvres et rudes, et qui placent l’idée religieuse, l’ascétisme, au-dessus des vaines pompes de ce monde. D’autres au contraire ne peuvent séparer de la dignité du maintien et de la noblesse des sentiments cette richesse que l’Église a toujours condamnée et toujours recherchée. A leurs yeux, ceux qui sont appelés à exercer le pouvoir dans l’autre monde doivent déjà en porter les insignes ici-bas; à leurs yeux, la Vierge est une reine qui doit se parer des plus beaux atours. Ou bien encore ils se plaisent à embellir la vie par tous les raffinements du luxe. Un des principaux résultats de la révolution opérée par Masaccio fut de substituer la noblesse des traits, la grande tournure, l’arrangement harmonieux de la draperie, à la pompe extérieure, à la richesse de l’ornementation.

Si les fonds dorés disparaissent, l’or continue à être d’un usage courant, non seulement dans les ornements, mais encore dans les lumières. Le pape Sixte I\ fit un mérite à Cosimo Rosselli de l’avoir prodigué dans ses fresques de la chapelle Sixtine1. Pinturicchio même en abusa dans ses fresques de la

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