ANDREA DEL CASTAGNO
le cloître de Santa-Maria Novella, près des fresques d’Uccello, notamment la Naissance d’Esaii et de Jacob et la Bénédiction de Jacob. Dello se rendit surtout célèbre par ses peintures sur meubles, sur coffres de mariage, etc.; mais aucune de ces productions ne nous est parvenue.
Andrea ou Andreino del Castagno, l’émule de Paolo Uccello, était né en 1390 dans les environs de Florence; il avait pour père un pauvre ouvrier des champs et se vit réduit dans sa jeunesse à garder les troupeaux : on devine ce qu’il lui fallut d’énergie pour percer. Il ne possédait pas malheureusement assez d’empire sur lui-même pour dépouiller entièrement le vieil homme et la rudesse de sa peinture ne cessa de rappeler sa condition première; aussi avons-nous dû le ranger, avec Uccello, parmi les champions les plus acharnés du réalisme florentin, dans l’acception la plus défavorable de ce terme (pages Sqo-dqi).
ues mots d’abord pour compléter la biographie de ce maître. Fidèle à ses instincts, il accepta, après le retour des Médicis, de pourtraire leurs ennemis, les Albizzi, les Peruzzi, etc., sur le palais du Podestat, sous forme d’effigies ignominieuses, d’où son surnom d’ « Andrea degli Impiccati », (voy. page 3 04). Sa prédilection pour les scènes triviales ne l’empêchait pas d’exceller dans la peinture religieuse : il eut l’honneur en 1404 d’être appelé à Rome par le pape Nicolas Y pour prendre part a la décoration des Stances du Vatican.
Longtemps une sombre légende a pesé sur la mémoire d Andrea. I rompe par on sait quelle similitude de noms, Vasari raconte, avec force détails, qu’Andrea, après avoir appris de Domenico Veneziano le secret de la peinture à l’huile, poussé par l’envie, guetta au coin d une rue son malheureux camarade et le tua traîtreusement. Le coupable, ajoute Vasari, n avoua son crime que sur son lit de mort. Or, en compulsant les registres des décès de la \ille de Florence, M. Milanesi a trouvé qu’Andrea mourut en 1407 Domenico en 1461 seulement, c’est-à-dire que le prétendu bourreau précéda dans la tombe de quatre années la prétendue victime.
L’hospice de Santa-Maria Nuova à Florence conserve en magasin une Crucijixion peinte à fresque par Andrea, page superbe comme vie et comme expression. Au centre le Christ en croix, sur les côtés la à ierge, saint Jean et deux saints vêtus de blanc. Le réalisme se fait surtout joui dans la figuie de la Vierge, représentée solis les traits d une vieille femme, comme chez Donatello et Mantegna.
Dans 1 .\ Sainte Cène peinte à fresque au couvent de Sant Apollonia a 1 loience,
Portrait d’Andrea del Çaslagno.
(D’après la gravure publiée par Vasari.)
le chef-d’œuvre du maître, la tendance au style — un style relatif — s’accentue davantage : les têtes ont un air de gravité sauvage et, la sobriété de l’encadrement architectural aidant, l’ordonnance est à la lois très nette et très saisissante.
A Santa Croce, un bout de fresque, avec Saint Jean-Baptiste et Saint François d' Assise, tous deux debout, révèle la prédilection du maître pour les types ascétiques : dans ces physionomies rudes, sans noblesse aucune, il n’a vu, prenant exemple sur Donatello, qu’une occasion de peindre des corps décharnés, sur lesquels les muscles seuls trahissent un reste de vigueur.
Une Pietà, appartenant au Musée de Berlin, se distingue par sa facture serrée, son style, écrit dans le genre de celui de Cosimo Tura, et la laideur de ses types.
Andrea del Castagno s’est attaqué avec la même ardeur, on devrait dire avec la même brutalité, aux sujets profanes : il a peint tour à tour le condottiere Nicolas de Tolentino à cheval (dôme de Florence), les trois grands poètes toscans Dante, Pétrarque et Boccace, des hommes d’Etat tels que Niccolô Acciajuolo, Farinato degli Uberti et Pippo Spano, la Sibylle de Cumes, Esther et Thomyris (ancienne villa Pandolfino à Legnaja; aujourd’hui au Musée national de Florence), puis des Saintes Cènes, des Crucifixions, se faisant remarquer sans cesse par son style dur et fier, qui tient du dessinateur plutôt que du peintre. Nous avons déjà apprécié en passant la statue équestre de Nicolas de Tolentino (page 3q 1 ) ; arrêtons-nous un instant devant les fresques de la villa Pandolfini : ces évocations — on n’ose dire ces portraits — , quoique lourdes et trapues, s’imposent par l’ampleur des draperies non moins que par je ne sais quel air de conviction, « par une attitude résolue et une puissante allure qui en font des héros1 ». Pippo Spano, les jambes écartées comme pour mieux asseoir l’équilibre de son corps, tenant d’une main la poignée et de l’autre la pointe de son glaive, rend, non sans élévation, le courage calme et sûr de lui-même, le sentiment de la force immanente2. — Rapprochons de ces figures graves et un peu impersonnelles le très vigoureux portrait d’homme imberbe, vu de trois quarts (palais Pitti).
Andrea del Castagno mourut en I-P7, de la peste, à ce que l’on croit.
De Domenico di Bartolommeo Veneziano, le collaborateur et la prétendue victime d’Andrea del Castagno, et l’un des principaux propagateurs de la peinture à l’huile (s’il fitut en croire Vasari), nous ne savons presque rien que les dates de son séjour à Pérouse (iq.38), de sa collaboration avec Andrea dans la