PAOLO UCCELLO
moins qu’on 11e reconnaisse, avec MM. Crowe et Cavalcaselle, clans la dureté de ses lignes et la sobriété de son coloris les tendances d’un sculpteur manqué. Ses figures, par surcroît, au lieu de se relier les unes aux autres, sont simplement juxtaposées, comme s’il s’agissait d’autant de statues distinctes. Le camaïeu, voilà son procédé favori. Il l’employa notamment dans ses fameuses fresques mono-
Une Bataille (fragment), par Paolo Uccello. (Musée des Offices a Florence.)
chromes du cloître de Sainte-Marie Nouvelle, à Florence, exécutées, ce semble, entre 1446 et 1448. Nous avons fait connaître (pages 33q, 34i) la mieux conservée d’entre elles, le Déluge, avec sa recherche véritablement baroque de la couleur locale. Les autres, la Création de l’homme, le Péché originel, l’Ivresse de Noé, etc., ne sont plus que des ruines, alors toutefois qu’elles n ont pas disparu sous des peintures plus recentes.
Il existe cependant d’Uccello quelques compositions polychromes, mais elles offrent un ton tellement criard, qu’on est tenté de les prendre pour de véritables gageures. De ce nombre sont les quatre Batailles conservées autrefois dans la
villa des Bartolini, à Gualfonda, et aujourd’hui réparties entre le Musée des Offices, le Louvre et la Galerie nationale de Londres (la quatrième est perdue). Qui ne s’est arrêté devant ces compositions bizarres, incohérentes et inextricables, avec leurs chevaux multicolores, presque fantastiques, à l’encolure puissante, aux mouvements exagérés, se cabrant ou ruant tout d’une pièce, comme s’ils étaient de bois, sans souci aucun de la noblesse, du rythme ni même de la clarté. C’est le triomphe du réalisme dans ce qu’il a de plus odieux; pour comble, la perspective y est fort défectueuse, par exemple dans ce soldat étendu sur le sol (tableau de Londres).
Uccello, qui s’appliquait à l’étude des animaux avec une ardeur digne d’un meilleur sort (voy. page 3qo), a créé un modèle de cavalier et de cheval plus satisfaisant dans sa statue équestre (peinte A fresque) du condottiere John Hawkood (Giovanni Acuto), à la cathédrale de Florence (vers iq36). Le personnage et la monture ne manquent ni de caractère, ni d’une certaine tournure monumentale : il est vrai que l’administration, qui ne se gênait pas avec le pauvre Uccello, l’avait obligé à recommencer la peinture. L’ornementation du piédestal nous offre, comme de raison, une série de motifs empruntés à l’antiquité (voy. page 264).
Uccello s’est également essayé dans le portrait. Le Louvre possède un tableau, en longueur, représentant en buste Giotto, Brunellesco, Donatello, Giovanni Manetti et Uccello lui-même. Ces figures, impassibles et presque hébétées, ne présentent d’intérêt qu’au point de vue de l’iconographie. Le tableau est d’ailleurs perdu de retouches.
L’événement capital de la vie de Paolo Uccello fut son voyage à Padoue. Il peignit dans cette ville, en camaïeu vert, dans le palais des Vitaliani, à un florin pièce, un certain nombre de Géants qui, plus tard, raconte-t-on, firent l’admiration de Mantegna. C’est qu’en effet le séjour du peintre florentin devait exercer l’influence la plus décisive sur le style des peintres padouans et de Mantegna en particulier. On s’en aperçoit chez ce dernier à l’exagération de la perspective; «ainsi que son maître, il tient trop à montrer à quel point il possède cet art : la spontanéité de la composition en souffre parfois.
En 1468, Uccello, déjà fort âgé, fut appelé à Urbin pour y peindre un tableau d’autel. Ce fut probablement le dernier encouragement qu’il reçut. Il mourut en 147.3, plus riche d’années (il était presque octogénaire) que de biens; sa passion pour la perspective lui avait fait négliger les travaux lucratifs, et d’autre part les irrégularités et les duretés de ses compositions avaient rebuté plus d’un amateur.
Dello, à la fois sculpteur et peintre, mérite une mention à côté de son ami Uccello. Né en 1404 à Florence, cet artiste mourut vers 1463, en Espagne, où il avait fait une fortune brillante (il y avait entre autres été créé chevalier). On lui attribue, dans sa ville natale, des épisodes de la Genèse , peints dans